LES VEUVES (Critique)

Après une carrière marqués par des films puissants comme Hunger et Shame (avec Michael Fassbender) et couronné par l’Oscar du meilleur film pour 12 Year a slave le réalisateur britannique Steve McQueen s’attaque au film de genre , le polar en l’occurrence avec son producteur de 12 Year a slave le légendaire  Arnon Milchan qui produisit entre autres le monumental Heat de Michael Mann (et ce n’est pas un hasard). Les Veuves,  inspiré d’une série TV britannique Widows adaptée par l’auteur de Gone Girl  Gillian Flynn, se déroule à Chicago,  métropole associée au crime et à la corruption des années 30 à nos jours où elle reste une des villes les plus violentes des états-unis et suit le destin de Veronica Rawlings (Viola Davis) qui se retrouve veuve après que son mari Harry (Liam Neeson) un braqueur et ses trois complices aient trouvé la mort de lors de leur dernier coup.  Problème Harry  et sa bande ont  volé Jamal Manning (Brian Tyree Henry) un criminel qui a décidé de se lancer en politique face Jack Mulligan (Colin Farrell) héritier d’une vieille dynastie de Chicago , le butin détruit, ce dernier somme Veronica de le rembourser. Désemparée cette dernière va rassembler les autres veuves du gang afin d’exécuter un braquage pour rembourser les dettes de leurs défunts époux.

Avec cette chronique criminelle au casting abondant qui suit le destin d’une dizaine de protagonistes, on ressent que  Steve McQueen  tente de se mettre sur les traces d’un Michael Mann  et de traiter sous ce prisme de grands thèmes sociétaux et politiques (le féminisme , la condition afro-américaine, la corruption et le dévoiement de la politique) tout en livrant une étude intimiste de ses personnages issus d’horizons très différents.  Mais paradoxalement dans Les Veuves McQueen réussit tous les éléments qui relèvent du genre pur et échoue dans  tout ce qui relève d’ambitions sociales, politiques ou dramatiques.  Dans son ADN Les Veuves   est l’héritier du cinéma des années 90  entre les néo-noir comme Kiss of Death ou Ransom et les thrillers à concept féministes comme Double Jeu ou La Jurée, les rebondissements feuilletonesques du scénario et certains personnages – en particulier  celui d’Alice  femme objet (et battue) qui s’émancipe – portent la marque de l’auteure de Gone Girl. Dés une scène d’ouverture choc de braquage Steve McQueen se montre parfaitement à l’aise dans l’exercice ,  les scènes d’action, de suspense  ou de poursuites sont aussi efficaces que si elles étaient menées par un vieux routier et donne au film avec son directeur de la photographie attitré Sean Bobbitt , un cachet à la fois élégant et sophistiqué, qui était une des marques de ces thrillers des 90’s  mais aussi viscéral et . En revanche dés que l’auteur de Shame tente d’injecter du naturalisme dans les échanges ou de s’attaquer à des questions brûlantes comme le racisme , la place des femmes il se montre maladroit et démonstratif jusqu’à en être caricatural.

Il y a ainsi au coeur  du film une nette démarcation entre ce qui relève de l’un ou de l’autre, entre un solide thriller et un drame raté, démarcation qu’on retrouve même dans le jeu des comédiens suivant qu’ils sont dans un ou l’autre des domaines. Ainsi Liam Neeson est tout à la fois excellent mais livre dans une scène clé une des pires performances de sa carrière. Viola Davis pierre centrale de l’édifice, apporte une présence et une autorité à son personnage qui fonctionne parfaitement dans la partie film de casse mais manque de nuances dans des scènes dramatiques surjouées pleines de morve et de larmes jusqu’à la caricature. D’autres séquences qui veulent capturer des moments intenses à l’image d’une rencontre entre Michelle Rodriguez et un architecte qui vient aussi de perdre son épouse sont plus embarrassantes que poignantes.  Colin Farrell et le vénérable  Robert Duvall se noient littéralement  dans une  scène de confrontation digne des razzies awards assortie d’un message anti-Trump aussi  subtil qu’un éléphant. McQueen introduit dans un  flash-back une séquence en mode « Black Lives Matter pour les Nuls » qui intervient de toute façon trop tard dans la narration pour être efficace. 

En revanche les acteurs qui interviennent  dans la partie policière sont tous très bon   Daniel Kaluuya (Black Panther, Get Out) dans le rôle du cruel homme de main de  Jamal semble parfaitement savoir dans quel type de film il se trouve , l’interprète de ce dernier Brian Tyree Henry (Hotel Artemis) est aussi excellent avec une apparente bonhomie qui masque la dangerosité du personnage.  Cynthia Erivo, vedette de Broadway qui a fait ses débuts au cinéma dans Sale Temps à l’hotel El Royale se montre est à l’aise dans cet archétype du film de casse -la mère de famille qui bosse dur pour sa famille et remplace au dernier moment un membre de l’équipe.  Dans cet ensemble une seule actrice réussit à s’imposer et être convaincante dans tous les aspects du film, l’australienne Elizabeth Debicki (Agents très spéciaux – Code UNCLE , Gardiens de la galaxie 2) est éblouissante dans le rôle d’Alice, femme-objet dominée par sa mère Jacki Weaver (Hapiness therapy) et son mari violent (Jon Bernthal encore une fois dense même dans une apparition) qui s’émancipe pour devenir une femme forte qui reprend les rênes de son existence , Alice porte vraiment l’empreinte de l’auteure de Gone girl, elle bénéficie d’ailleurs des meilleurs dialogues du film. Sa relation sentimentale (tarifée) avec David (Lukas Haas) est sans doute  le seul élément non policier qui fonctionne dans le film.

Conclusion : Efficace et réussi quand il assume ses cotés pulp neo-noir façon années 90  (sans  doute hérités de l’adaptation de Gillian Flynn)  Les Veuves est maladroit dans ses aspects dramatiques surjoués, voire ridicule quand il se veut « politique et important ».

Ma Note : B-

Les veuves (Widows) de Steve McQueen (sortie le 28/11/2018)

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