MORTAL ENGINES (Critique)

Si Peter Jackson est absent des écrans depuis quatre ans et l’achèvement de la trilogie du Hobbit, il pilote néanmoins cette adaptation du premier volet d’une série de romans pour la jeunesse de Philip Reeve dont il signe l’adaptation aux cotés de ses collaboratrices Fran Walsh (son épouse et co-scénariste depuis Les Feebles en 1989) et Philippa Boyens qui les a rejoints depuis Le seigneur des anneaux: La communauté de l’anneau dont il confie la réalisation à Christian Rivers collaborateur de longue date puisque il participa au storyboards de Braindead devenant réalisateur de seconde équipe sur les deux derniers volets du Hobbit. Amoureux du genre et de cette période, (il sort aussi cette année un documentaire sur la première guerre mondiale They Shall Not Grow Old) on comprend ce qui a attiré Jackson dans cette histoire qui mélange fiction post-apocalyptique et steampunk, ce sous-genre de la fantasy qui incorpore une technologie et une esthétique inspirée de celle de la Révolution industrielle du début de la fin du XIXé / début du XXe siècle.

L’action de Mortal Engines se situe dans un futur post-apocalyptique, une narration à la Mad Max 2 nous apprend qu’après la fin de notre civilisation suite à la « guerre de soixante secondes » frontières et nations ont disparues, remplacées par des cités-états mobiles. Le film entre tout de suite dans le vif du sujet avec une séquence spectaculaire qui impose son univers, son esthétique et ses enjeux et qui voit la ville de Londres, devenue une forteresse roulante dominée par le dôme de la cathédrale de Saint-Paul, « traquer » un village autrichien, mobile lui aussi,qu’il finit par avaler dans ses entrailles pour piller ses ressources dans un processus appelé «darwinisme municipal» au terme d’une poursuite à la Fury Road (elle se fait comme le film de Miller sous la musique tonitruante de Junkie XL). Cette première séquence avec le gigantisme de ses échelles et l’attention minutieuse portée aux moindres détails qui fourmillent dans la conception de ces cités roulantes porte la marque de son producteur-scénariste (et de Weta sa compagnie d’effets spéciaux), le rythme soutenu de l’action et la multiplicité de moments annexes font aussi penser à l’auteur du Hobbit et de King Kong. C’est par ce biais que notre héroïne, Hester Shaw (la jeune Hera Hilmar) pénètre dans la cité où elle reconnait dans Thaddeus Valentine (Hugo « Agent Smith » Weaving) un scientifique considéré comme le bienfaiteur de la ville, le meurtrier de sa mère. Elle tente en vain de l’assassiner mais cette tentative se solde par l’expulsion d’Hester et de Tom Natsworthy (Robert Sheehan) un jeune historien employé du musée où il travaille aux cotés de la fille de Valentine, qui se trouvent lancés dans une aventure où ils vont croiser la hors-la-loi ultra-cool Anna Fang (Jihae), être traqués par Shrike (Stephen Lang) une créature mi-homme, mi-machine et rejoindre la Ligue Anti-Traction pour empêcher Valentine de percer la muraille gigantesque qui protègent les cités asiatiques de la prédation des villes occidentales à l’aide d’une arme secrète récupérée dans les ruines de l’ancien monde.

Si Mortal Engines est un film original il emprunte beaucoup (trop) aux piliers de la pop culture pour apparaître vraiment neuf : on y retrouve un wasteland post-apocalyptique peuplé de survivants parfois cannibales à la Mad Max, un cyborg déterminé et inarrêtable dans sa traque de la jeune femme comme dans Terminator (incarné par Stephen « Avatar« Lang), les cités prédatrices rappellent Le Château ambulant de Miyazaki (et même un peu de Matrix Reloaded). Mais c’est évidemment Star Wars que Boyens, Walsh et Jackson ont le plus pillé : Tom est un orphelin rêveur, passionné par le passé qui rêve de devenir pilote, entraîné par une rebelle farouche dans une lutte face à un état maléfique doté d’une arme de destruction massive qu’il faut détruire. Il va croiser son Han Solo en la personne de Anna Fang une mercenaire sarcastique avec une prime sur sa tête et le film se clôt sur des combats aérien inspirés de ceux de la guerre mondiale et de La Menace Fantôme (et encore nous ne révélons ni le cadre ni la nature de l’emprunt le plus grossier). A mesure qu’il déroule son intrigue, qui abandonne en chemin le concept de villes roulantes qui s’affrontent, le film de Christian Rivers apparaît comme une énième relecture du classique de George Lucas sous un vernis steampunk. Sans doute Mortal Engines dépeint un univers plus adapté à une vaste série HBO qu’à sa concentration dans les deux heures réglementaires d’un blockbuster. En conséquence, le récit, sacrifiant l’ambition d’explorer une mythologie aux sensations d’un film pop-corn a du mal à respirer. Le rythme est soutenu et les enjeux importants mais le scénario aligne les péripéties de façon mécanique sans parvenir à nous investir dans le sort de ses personnages. Beaucoup d’entre eux – y compris des personnages majeurs remplissent simplement leur fonction pour ensuite disparaitre. Mortal Engines souffre de beaucoup des stigmates du genre Young Adult, un trop plein de personnages incarnés par de jeunes interprètes au physique gracieux, même l’héroïne défigurée dans le roman arbore une cicatrice qui n’altère finalement que très peu son charme à la manière de la tache de naissance d’Artemis dans Ready Player One mais qui manquent du charisme nécessaire pour leur insuffler assez de personnalité pour faire oublier leur caractère stéréotypé. Hester, même ravagée physiquement et psychologiquement, alors qu’elle est initialement obsédée par la vengeance, se comporte très rapidement de manière raisonnable, convertie trop rapidement à l’attitude résolument optimiste de son partenaire de voyage. La comédienne-chanteuse coréenne Jihae n’a certainement pas la gamme d’émotions nécessaires dans son jeu pour rendre intéressante sa rebelle badass. Hugo Weaving semble peu investi dans un méchant qui manque des qualités grandioses et démentes que l’on recherche normalement dans un bad guy de science-fiction.

Le film ne manque pourtant pas de qualités, le script offre un commentaire ironique sur notre époque à travers le dispositif du musée où elle est baptisée l’ »âge de l’écran » et quelques gags réussis (les « dieux américains » exposées au musée, le joke sur la conservation des aliments). La sous-intrigue avec le zombie-cyborg Shrike dont la menace initiale imposante est progressivement transformée en quelque chose de plus nuancé à mesure que sa relation avec Hester est clarifiée, -même si elle semble peu connectée au reste du récit- est bien exécutée et sa conclusion poétique. Le personnage, animé par Stephen Lang dont l’interprétation évoque celle de Boris Karloff dans les Frankenstein, est à la fois touchant et menaçant. Christian Rivers fait un travail technique plus que compétent, même si il est est un peu impersonnel (l’influence de Peter Jackson est forte) sa mise en scène est extrêmement dynamique et ses scènes d’actions généreuses assurent le spectacle, chaque dollar du budget semble avoir trouvé son chemin à l’écran. Comme la trilogie de l’anneau, le film tire parti des somptueux paysages neo-zelandais. Le travail de Dan Hennah (Thor Ragnarok, la trilogie Hobbit) est somptueux, le monde de Mortal Engines est conçu avec une attention aux détails impressionnante dans presque toutes les scènes, même dans des lieux que nous visitons brièvement. Son style évoque celui des films de Terry Gilliam époque Baron Münchhausen ou Bandits Bandits même si sa traduction à l’écran pâti de l’aspect aseptisé que confère à ce monde post-apocalyptique l’utilisation excessive de CGI, excès qui avait handicapé à nos yeux la trilogie du Hobbit. 

Conclusion :  Si Mortal Engines reste un substitut parfaitement honorable pour pallier à l’absence de film Star Wars cet hiver, malgré ses bonnes intentions, quelques beaux moments et son design gargantuesque il va sans doute rejoindre le cimetière des franchises avortées.

Ma Note : C+

Mortal Engines de Christian Rivers (sortie le 28/11/2018)

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