AVENGERS ENDGAME (Critique)

Il y a un an la conclusion funèbre de Avengers Infinity War voyait la moitié de la vie dans l’univers et un grand nombre de personnages dont Black Panther et Spider-man disparaître en poussière après que le titan fou Thanos ait utilisé le pouvoir du gant de l’Infini. Aujourd’hui Endgame (tourné simultanément avec le film précédent) se doit non seulement d’offrir une suite satisfaisante après ce cliffhanger dévastateur mais aussi de refermer un chapitre qui couvre la première décennie du studio alors que les contrats de ses piliers se terminent. Ironiquement le triomphe du film précédent et son contenu, Infinity War était une vague quasi constante d’action qu’il parait vain de vouloir dupliquer, mettent encore plus de pression sur les frères Joe et Anthony Russo et leurs scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely. Pour résoudre cette équation ils recentrent ce dernier volet sur les relations entre les personnages plutôt que sur l’action et combinent littéralement trois films en un pour lui donner l’ampleur qu’il mérite. Cette structure justifie la durée exceptionnelle du film , trois heures qui ne se ressentent vraiment jamais tant le rythme est constant malgré la densité des intrigues. Après un coda sombre et désespéré à Infinity War en forme de fausse piste qui donne lieu à une nouvelle confrontation particulièrement acrimonieuse entre un Tony Stark, émacié par son long séjour dans l’espace un Robert Downey Jr. (transformé par les mêmes effets numériques qui avaient donné le corps pré-transformation de Captain America) particulièrement convaincant et Steve Rogers ( Chris Evans) – l’intrigue de leur brouille et le contexte de leur éventuelle réconciliation est une des grandes réussites de ce cycle de films – ce premier acte explore le monde cinq ans après le snap nous faisant découvrir les destins contrastés des héros survivants en mode : que sont ils devenus ? Il y a des échos de la brillante série The Leftovers dans des scènes où certains héros luttent contre une profonde dépression dans ce monde vidé de la moitié de population qui les renvoie à leur pire échec. D’autres se sont adaptés à cette nouvelle donne certains prenant même un nouveau départ parfois inattendu.

Mais bientôt une solution potentielle permettant d’inverser les effets du claquement de doigt de Thanos se présente avec la réapparition de Scott Lang / Ant-man (Paul Rudd) qui ouvre un deuxième acte où Captain America doit convaincre ses membres de reformer l’équipe pour tenter de modifier le cours du temps. Dans cette deuxième partie enlevée et ludique Markus et McFeely adoptent un dispositif narratif propre aux comics (ironiquement inaugurés par DC comics et Justice League) qui consiste à les séparer en petits groupes chacun devant s’emparer des pierres d’Infinité à des moments cruciaux de la chronologie du MCU. Les équipes doivent réussir ce « casse temporel » , comme dans Retour vers le futur 2, sans se faire remarquer par leur moi passé. En revisitant ces moments du MCU en mode « greatest hits » Markus et McFeely en profitent pour ajouter un tissu connectif qui fait le lien à posteriori entre Avengers , Captain America Winter Soldier et Avengers Age of Ultron tout en déroulant une série d’ apparitions surprises. C’est aussi l’occasion d’offrir à des personnages secondaires des moments émouvants contribuant à la conclusion du parcours de nos héros. Les tribulations temporelles des Avengers finissent par attirer l’attention de Thanos ouvrant la voie au dernier mouvement du film : une bataille massive mais assez classique qui ne se distingue pas par son originalité – on y retrouve des échos de la conclusion d’Infinity War – mais par le nombre de ses participants concrétisant à l’écran des images qui n’existaient jusqu’alors que dans les doubles-pages les plus denses de George Perez. Si l’action est parfois trop rapide pour être pleinement appréciée (on regrette l’absence de Spiro Razatos) ce final en forme de tour d’honneur enchaîne les moments les plus épiques offrant aux fans des films et des comics des moments de plaisir pur (fans proclamés de la série Guerres Secrètes les frères Russo s’offrent même la reconstitution d’une de ses scènes les plus célèbres qui implique Hulk). Les détracteurs les plus acharnés de Marvel Studios qui ne cessent de dénoncer le fan-service dont abuserait le studio , un concept que j’ai toujours trouvé inepte tant il est subjectif, seront ravis : cette séquence (et dans une certaine mesure tout le film) relève d’un fan-service parfaitement assumé et exécuté.

Aussi bon qu’il soit Avengers Endgame ne constitue pour autant une réussite du niveau d’Infinity War qui apparaît par contraste plus cohérent. En dépit sa multitude de personnages le film tendait uniquement vers sa propre conclusion là où Endgame doit remplir une fonction qui dépasse la simple conclusion de cette saga des pierres d’Infinité. En dépit de ses enjeux ce dernier apparaît plus claustrophobe que son prédécesseur, le champ de bataille final est assez anonyme et il lui manque un lien avec le monde extérieur, celui des civils du Marvel universe qu’avait su maintenir Josh Whedon dans ses deux Avengers pour nous en faire ressentir le péril. Thanos (Joss Brolin) qui était quasiment le protagoniste d’Infinity War avait, en triomphant, conclu son arche narrative et retrouve ici un rôle plus classique de grand vilain même si le personnage est toujours aussi charismatique . De même Thor un Chris Hemsworth visiblement enthousiaste était le membre des Avengers qui avait l’arche narrative la plus intéressante dans le précédent volet, si son cheminement dans Endgame reste dans la même thématique des conséquences du deuil sur un héros immortel il est desservi par l’humour du film que les Russos poussent à nos yeux trop loin, sapant l’effet dramatique . Même si certains aspects picaresques me rappelle le traitement du scénariste Jason Aaron dans les comics, l’apparence du Dieu du Tonnerre dans la confrontation finale évoque même le War Thor des comics récents. Captain America resté en retrait dans Infinity War retrouve une place centrale dans Endgame qui apparaît clairement comme la conclusion de l’histoire entamée avec The First Avenger, scénarisée de bout en bout par Markus et McFeely qui lui réservent les moments les plus iconiques et apporte une conclusion touchante, pleinement satisfaisante autant pour les fans des films que des comics. Le personnage de Bruce Banner/ Hulk connait lui aussi une évolution inattendue qui respecte l’essence des comics qui l’ont inspiré. La gestion de Captain Marvel (Brie Larson) dont on pouvait craindre après son film qu’elle devienne une deus ex-machina est habile, les Russos lui donne des moments épiques à la hauteur de ses immenses pouvoirs cosmiques sans déséquilibrer leur film ni préjuger des développements que pourront lui donner les responsables de sa propre franchise. Pour ce qui sera sans doute sa dernière apparition dans son rôle signature Robert Downey Jr. est encore pleinement investi.

Avengers Endgame si il met un terme à sa première grande saga, ne constitue pas pour autant un bouleversement sismique de l’univers Marvel, à l’image des crossovers events dont il s’inspire il rebat les cartes du statu-quo de ses personnages ouvrant la perspective de nouvelles dynamiques qui seront développées dans les futures phases à l’écran ou sur la plateforme Disney+. J’ai particulièrement apprécié que beaucoup de ces orientations soient directement inspirées d’arches narratives récentes des comics montrant que le lien entre le MCU et les comics est toujours aussi fort.

Conclusion : On pourra toujours en pointer les défauts mais les frères Russos et leurs scénaristes sont parvenus en dépit d’attentes forcément démesurées à apporter une conclusion satisfaisante à l’une des entreprises les plus marquantes de l’ère moderne du blockbuster. Avengers Endgame est un tour d’honneur qui récompense les fans et synthétise toutes les qualités et les défauts du MCU sans jamais renier ses origines de papier. Excelsior!

Ma Note : B+

Un commentaire

  1. Conclusion satisfaisante en effet, que vous avez parfaitement analysée dans vos propos. Même gâtée par un humour souvent inapproprié et des maladresses narratives ou choix d’écriture discutables, la dimension tragique de ce diptyque est intacte, eu égard aux prestation des héros historiques, de la passionnante Nebula, et du puissant Thanos dont l’ambition folle inspiré toujours autant de crainte que de respect.

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