HELLRAISER II HELLBOUND (Critique)

Hellraiser (1987), premier film de Clive Barker adapté de sa propre nouvelle de 1986, The Hellbound Heart (Le Cœur Prisonnier en français), fut à sa sortie une petite révolution dans le fantastique des 80’s marqués par les slashers au souffle lourd et par un Freddy Krueger de moins en moins effrayant au fil des suites des Griffes de la Nuit. Avec sa fusion de gothiques banlieusard et ses démons tortionnaires invoqués depuis un enfer sado-masochiste, le film avait introduit quelque chose de plus dérangeant dans la ration de l’amateur de fantastique avec son horreur incestueuse et sexuelle. Une suite pourrait-elle raviver cette originalité sans la compromettre? Hellraiser 2 : les écorchés est le meilleur type de suite, celle qui permet aux personnages survivants de continuer leur voyage tandis que les nouveaux protagonistes revivent en quelque sorte l’intrigue de l’original avec des résultats différents.

Le vrai méchant du film est le Dr. Philip Channard (Kenneth Cranham), un neurochirurgien qui dirige l’hôpital psychiatrique privé où Kirsty (Ashley Laurence) est institutionnalisée après les événements du premier film. Alors que tout le monde pense que son histoire est folle, Channard occultiste amateur, est en fait familier avec la Lament Configuration (le Rubik’s Cube qui sert de clé à l’Enfer dans la mythologie Hellraiser) dont il cherche à percer les secrets. Dans une scène traumatisante (raccourcie par la censure qu’on peut voir sur les éditions intégrales) il remet un scalpel à un patient psychotique, convaincu qu’il est recouvert d’asticots, qu’il l’utilise pour se mutiler jusqu’au sang, Julia (Clare Higgins) renaît alors à la manière de amant Frank (Sean Chapman) dans le premier volet écorchée (d’où le titre français) car manquant de sang pour la reconstituer entièrement. Les scènes de séduction entre Channard et une Julia écorchée vive rappellent par leur grotesque surréaliste L’Abominable Dr Phibes (1971) de Robert Fuest. autre sommet du fantastique britannique. De la même manière dont elle avait nourri son beau-frère / amant , Channard lui offre quelques uns de ses infortunés patients. Mais la nouvelle équipe créative (le scénariste Peter Atkins et le réalisateur Tony Randel qui ont succédé à Clive Barker, qui, pris par la réalisation de Cabal n’a que le titre de producteur est assez intelligente pour éviter la redite et en montre juste assez sans s’y attarder. On retrouve dans cette première partie les traces de la volonté initiale de Barker de faire de Julia la principale antagoniste de la série, mais la popularité inattendue du démoniaque « Cenobite » Pinhead (Doug Bradley), dont on apprend qu’il fut jadis un soldat britannique consumé par les plaisirs de la mystérieuse boite (prélude à un arc rédempteur dans le prochain film) mit fin à ces plans. Pendant ce temps, Kirsty a une vision de son père, Larry, piégé en enfer la suppliant de le secourir. Kyle (William Hope, le lieutenant Gorman d’Aliens) assistant de Channard est la seule à la croire. Avec l’aide de Tiffany (Imogen Boorman) une jeune patiente devenue muette après la mort brutale de sa mère et internée par le médecin diabolique pour exploiter son don pour les puzzles, ils parviennent à conjurer Pinhead qui la laisse pénétrer dans l’au-delà : un enfer stylisé, avec ses couloirs tordus sans fin. Andy Robinson l’interprète de Larry Cotton n’ayant pas signé pour cette suite, son absence ouvre la voie à un twist : ce n’est pas son père mais le diabolique Frank qui l’appelait.

Ainsi à mi-parcours, la suite prend une direction nouvelle, plaçant tous ses personnages dans cet enfer dont les jeux de perspectives, ressemblent aux dessins d’Escher qui ornent les murs de l’hôpital de Channard. Cette correspondance n’est pas une coïncidence: cette dimension infernale au centre duquel trône le Leviathan une incarnation du diable qui revêt une forme géométrique d’où émane une lumière noire, devient son propre asile, libérant chez lui et les autres méchants Julia et Frank, la partie pulsionnelle de leur psyché, qui ne connaît ni interdits, ni réalité, régie par la seule satisfaction immédiate et inconditionnelle de leurs besoins. Cet enfer offre une thérapie radicale à Kirsty et à Tiffany, qui doivent à la fois se confronter aux traumatismes de leurs passés et les surmonter. Channard est finalement transformé, lors d’une scène glorieusement choquante en un tout nouveau Cenobite – incarnation de l’orgueil médical, dotée d’une panoplie d’outils chirurgicaux et déterminée à découper ceux qui se dressent sur son chemin comme l’ancienne génération de Cenobites qui retrouvent leurs formes originelles (Chatterer se révèle être un jeune enfant qui n’aurait jamais du jouer avec le Rubik’s Cube infernal!). Si Hellraiser est un peu Cronenbergien, sa suite le surpasse dans le body-horror, avec ce méchant qui combine la chair et le métal de la manière la plus déconcertante, et qui attaque Kirsty et Tiffany avec ce qui ressemble à des pénis munis de lames de rasoir. Le « nouveau Channard » est un monstre tragique, convaincu de ses propres pouvoirs divins, manipulé et incapable de réaliser son statut de marionnette, à la fois métaphorique et littéral (il est suspendu à un tentacule phallique), de ses propres pulsions. Ken Cranham, un acteur shakespearien, joue le Channard humain avec beaucoup de retenue – mais une fois que son personnage a pris sa forme démoniaque, il se déchaîne dans une performance expressionniste et opératique. Dans l’excellent documentaire de deux heures consacré au film que vous trouverez dans le disque bonus du coffret, il évoque son amitié d’alors avec Gary Oldman qui aurait voulu jouer dans un film d’horreur, le comédien pensant que son casting a poussé Oldman a jouer plus tard dans le Dracula de Coppola.

Hellraiser 2 : les écorchés fonctionne de fait comme deux mini-films distincts réunis. Le premier est une tentative de continuer l’histoire de Hellraiser qui prolonge le récit en en reprenant les motifs. Le deuxième film arrive et brise les règles de la cosmologie de l’original, cesse de suivre les règles narratives classiques pour basculer dans le bizarre. Et c’est dans ce deuxième mini-film qu’ Hellraiser 2 : les écorchés finit par se montrer à la hauteur, digne successeur d’Hellraiser. En se libérant brutalement de toute linéarité le film de Tony Randel parvient à créer une vision de l’enfer aussi originale que la représentation des démons et de la souffrance qui ont fait de Hellraiser une surprise.

Ma note : B+

Un commentaire

  1. Voilà une critique fouillée pour un film qui vaut en effet au moins autant que le précédent Hellraiser (et autrement plus intéressant que sa suite déclinante). Dans mon article, j’avais noté également un rapprochement avec « l’antre de la folie », film auquel Randell fut primitivement associé avant d’echoir dans l’escarcelle de John Carpenter. Les visions infernales ici mises en scène dévoile l’envers d’un enfer insaisissable et horriblement douloureux, le tout porté par les symphonies démoniaques de Christopher Young. Un opus majeur du cinéma d’horreur.

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