PROMISING YOUNG WOMAN (Critique)

Promising Young Woman est le premier long métrage de l’actrice et scénariste britannique de 34 ans Emerald Fennell – showrunner de la seconde saison de la série Killing Eve, et interprète de Camilla Parker Bowles dans la série The Crown – est un mélange explosif de film de vengeance, de comédie romantique et de thriller à suspense qui tient public dans un état de tension permanente avec des retournements dramatiques inattendus. Le titre du film est certainement une référence ironique à l’affaire Brock Turner, nageur de l’Université de Stanford qui, en 2016, a été condamné à seulement six mois de prison pour avoir agressé sexuellement une femme inconsciente, après que sa carrière sportive «prometteuse» ait été mentionnée à plusieurs reprises lors de son procès. Quand nous rencontrons le personnage principal Cassie Thomas (Carey Mulligan) pour la première fois, elle est affalée sur la banquette d’une boîte de nuit louche, tandis que trois hommes au bar se relaient pour la moquer et la reluquer. Un des hommes (Adrian Brody) se propose de l’accompagner jusqu’à chez elle et presque aussitôt, dirige le chauffeur de VTC vers son appartement plutôt que le sien. Il voit une opportunité irrésistible d’un viol sans conséquences . Malgré son refus il se montre entreprenant quand soudain elle se redresse tel Dracula émergeant de son cercueil. Cassie est en fait complètement sobre et à la manière de Charles Bronson dans Death Wish elle feint l’ivresse pour attirer des prédateurs qui ne sont pas les violeurs lubriques caricaturaux du film de Michael Winner mais des hommes « bien sous tout rapport » qui sous prétexte de l’aider tentent de profiter de son état. On la retrouve le lendemain à l’aube, marche en plein jour une reprise de la chanson It’s Raining Men en fond sonore ,mâchant un beignet, avec une tache rouge sur sa chemise qui peut ou non être de la confiture. Elle rejoint sa maison, récupère un cahier sous son lit et griffonne le nom de homme qui s’ajoute ajoute à une très longue liste. Cassie qui vit toujours chez ses parents (Clancy Brown et Jennifer Coolidge) à l’approche de la trentaine est une barista apathique dans un café . Petit à petit, nous découvrons la raison de son apathie : un événement survenu à l’université a amené cette « jeune femme prometteuse » à abandonner de brillantes études de médecine et se lancer dans une croisade contre les «gentils garçons» qui profitent des femmes vulnérables.

Bientôt Ryan (Bo Burnham), un ancien camarade de fac, client de son café, réintègre sa vie. C’est un homme vraiment sympathique qui courtise Cassie de manière désarmante. Ryan fait et dit toujours la bonne chose, respectant les limites émotionnelles de Cassandra, parlant peu et écoutant beaucoup et lui offrant une zone sans jugement nécessaire. Il pourrait bien être cet homme bien insaisissable dont Cassandra doute qu’il existe dans le monde réel et lui offrir la possibilité de guérir. Promising Young Woman prend alors un virage léger avec une scène comique où Cassie présente Ryan à ses parents, une autre où ils chantent et dansent sur une chanson pop de Paris Hilton tout en faisant du shopping dans une pharmacie semble sortir d’une rom-com. Ce virage est délibéré pour endormir le spectateur dans un faux sentiment de sécurité car bientôt leur passé mutuel, d’abord le lien qui les unit va, en révélant de nouveaux détails sur la mort de sa meilleure amie, ouvrir à Cassie la porte pour retrouver ceux qui lui ont fait du tort à l’université et enfin exercer la vengeance qu’elle recherche depuis plusieurs années. Parmi eux une ancienne camarade (Allison Brie) ou la doyenne de la faculté (Connie Britton). Ces séquences sont menées adroitement, Fennel nous laisse croire que Cassie est capable d’infliger infliger le même genre de violence que celle qui lui a peut-être été infligée, jouant avec les limites de notre identification et de notre sympathie en castant face à elle plusieurs acteurs connus pour jouer par nature de «bons» personnages comme Adrian Brody , Allison Brie , Connie Britton ou Christopher Mintz-Plasse. Ses plans pourraient sembler caricaturaux dans les mains d’une actrice moins talentueuse mais l’engagement de Mulligan les rend plausibles.

On sait que Carey Mulligan dotée d’une grande palette de comédienne cependant, le rôle de Cassie ne ressemble à rien de ce qu’elle a fait auparavant et lui demande de jouer énormément de choses différentes : de la séduction à l’intimidation en passant par la comédie. Elle peut dégager une grande puissance, intimidant d’un simple coup d’œil et utilise sa délicatesse et sa douceur naturelles pour dissimuler sa rage. Elle résiste néanmoins à faire de Cassie un ange vengeur unidimensionnel et l’élève d’une incarnation du mouvement #MeToo vers un personnage crédible qu’elle construit à petites touches impressionnistes. C’est un témoignage de son talent que le spectateur s’identifie intimement à la vie intérieure torturée et tourmentée de Cassandra, un personnage très complexe, grâce à l’écriture de Fennell, mais surtout par le « star power » de Carey Mulligan, profondément émouvante et virtuose. Elle nous fait ressentir tout le poids de sa dépression et son obsession solitaire pour obtenir justice pour la mort de sa meilleure amie alors que tous ses proches veulent qu’elle passe à autre chose. L’actrice Margot Robbie est productrice du film et aurait sans doute très bien tenir ce rôle (après tout il y a une parenté entre cet univers coloré, ce personnage féminin vengeur aux tenues extravagantes et celui d’ Harley Quinn) mais l’interprétation de Mulligan est encore un cran au dessus du film lui même et l’élève au delà de ce qu’il aurait pu être sans son apport.

Pour lui permettre de briller , Emerald Fennell l’entourée d’un casting exemplaire, Bo Burnham un comédien de stand-up est formidable en boyfriend idéal, manifestation de l’argument « not all men » et promesse d’une vie plus heureuse pour Cassie. Sa saine énergie naturelle est parfaite pour incarner ce protagoniste de rom-com, son entente avec Mulligan est spectaculaire. Il filtre les dialogues acides de de Fennell au travers de sa personnalité attachante et maladroite, son humour combiné aux réactions de Mulligan rendent mémorables les moments les plus légers de Promising Young Woman. Mais Burnham sait introduire au bon moment des éclats d’ambiguïté dans son jeu. Une séquence avec Alfred Molina (Spider-man 2) en avocat spécialiste des cas de viols est l’un des moments forts du film. Alison Brie a également une grande scène – dans un restaurant – où Cassie la confronte à propos de sa complicité dans l’incident. Ainsi que Molly Shannon, en mère de victime. Clancy Brown le Kurgan d’Highlander loin des rôles inquiétants qu’il tient d’habitude est d’une justesse incroyable en père aimant mais désarmé et maladroit devant l’attitude de sa fille.

Promising Young Woman mêle des éléments de suspense et de tension, d’horreur, de comédie et même de romance – parfois plusieurs genres se mélange et impressionne par les choix audacieux qu’ Emerald Fennell pour ce premier long métrage comme réalisatrice et scénariste fait tout au long. Certains sont si peu conventionnels nous laissent sous le choc. Son scénario se démarque par la manière qu’il a d’entrelacer le développent de son intrigue et de sa protagoniste, l’un nourrissant l’autre  C’est à la fois une histoire de vengeance et une histoire douloureuse de passage à l’âge adulte. Avec Cassandra, Fennell a créé un personnage inoubliable, à la fois victime et bourreau,  survivante et agresseur, le tout enveloppé dans des dialogue tranchants  , une série de rebondissements sinueux  (certains légèrement plus prévisibles que d’autres en particulier dès que le ton sombre du film s’éclaircit)  et un dénouement saisissant, dévastateur émotionnellement  tout en livrant le plaisir cathartique qu’on attend d’un film de vengeance. Si il n’est pas aussi radical qu’il aurait pu l’être, il s’aligne parfaitement avec les thématiques du film et sa tonalité .  Sur le fond Promising Young Woman livre une critique de la masculinité toxique sous toutes ses formes, la culture du viol et une société patriarcale qui permet aux hommes accusés d’agression sexuelle de bénéficier du doute tandis que les accusatrices sont vilipendées. Si il ne dit ne dit rien de nouveau sur le sujet , il explore avec chaque personnage qu’elle croise dans sa quête de justice, tous les arguments avancés dans notre société pour justifier certains abus . Fennell épingle impitoyablement la dissonance cognitive masculine quand les hommes qui l’observent  et jugent qu’elle se met en danger en allant dans des lieux « mal fréquentés » sans  se rendre compte qu’ils parlent d’eux-mêmes  L’argument qui renvoi la parole de la victime contre celle de l’agresseur est ici tenue par la  doyenne de faculté qui est pourtant une femme. Le film parfois caricatural mais  jamais simpliste n’évite pas la question de la complicité des femmes dans cette culture toxique qu’incarnent les personnages de Connie Britton ou Alison Brie.  Fennell n’épargne pas non plus son héroïne, le film est aussi un examen du traumatisme et du chagrin et de comment même la  vengeance ne permet pas toujours d’en guérir.

Si Promising Young Woman explore les zones les plus sombres de l’âme humaine il le fait noyé dans des teintes rose fluo et bleu ciel. L’univers visuel établi par Fennell et son directeur de la photographie Benjamin Kracun contraste volontairement avec la noirceur de l’histoire, ils plongent Cassandra dans un environnement désarmant d’optimiste aux couleurs acidulées. La direction artistique de Michael Perry (It Follows, Under the Silver Lake) a l’aspect bubblegum des comédies romantiques des couleurs pastel du café où Cassie travaille, au maquillage, costumes aux couleurs cupcake et accessoires du personnage. La conception des costumes de Nancy Steiner mérite d’être saluée car c’est aussi parce que les différents looks que Cassie arbore tout au long du film sont si emblématiques que le personnage est mémorable. A l’exception de la tenue qu’elle arbore dans la séquence finales qui en fait une sorte d’Harley Quinn alors que le jour la garde-robe de Cassie est colorée, elle enfile principalement des vêtements noirs et / ou blancs lorsqu’elle tente d’attraper des prédateurs potentiels, un clin d’œil à son code moral strict, seuls ses ongles multicolores sont la trace de son « identité secrète ». Les éléments de genre de l’histoire ont d’ailleurs une sensibilité de comic-book là où le portrait psychologique est extrêmement réaliste. La bande originale de reprises pop déformées, combinée à la partition orchestrale d’Anthony Willis dont les cordes inquiétantes évoquent le score de Mica Levi pour Under the Skin de Jonathan Glazer, avec un morceau qui va devenir la signature du film une version ralentie et discordante au violoncelle de la chanson Toxic de Britney Spears est également un véritable point fort du film.

Conclusion : Thriller de vengeance pour l’ère MeToo, Promising Young Woman entre comédie noire et drame est une réussite dans le fond avec une attaque brillante contre un système toxique conçu par et pour les hommes et la forme stylée. Malgré tous les «messages» qu’il véhicule,  Promising Young Woman ne prêche jamais à son public et reste toujours divertissant. Dominé par une Carey Mulligan éblouissante qui élève encore son propos et dont la prestation marque le spectateur.

MA NOTE : A

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