
Die Hard with a Vengeance marquait le retour remarqué de John McTiernan, le réalisateur du premier volet, pour un troisième épisode qui redéfinit les codes de la saga. Dans un contexte où Joel Silver et Larry Gordon avaient perdu le contrôle de la franchise, Andy Vajna (cofondateur de Carolco) et sa société, Cinergi ont pris le relais en tant que producteur, remplaçant Silver en conflit avec Bruce Willis. Ecrit par Jonathan Hensleigh, son scénario est le fruit d’un processus d’adaptation singulier : Simon Says, initialement prévu pour Brandon Lee, a été retravaillé pour s’intégrer dans l’univers Die Hard après qu’un autre script intitulé Troubleshooter, qui voyait John McClane affronter des terroristes sur un bateau de croisière a été abandonné en raison de sa trop grande similarité avec Under Siege. Ce recyclage astucieux, fidèle à la tradition de la saga, aboutit à une intrigue à la fois haletante et inventive, qui joue habilement avec le concept des énigmes pour renouveler la formule. Le film ne cherche pas à masquer ses coïncidences ou ses facilités scénaristiques, mais les assume pleinement avec une énergie communicative qui maintient le spectateur en haleine du début à la fin.
Si la mise en scène de Piège de cristal était élégante et précise, celle de Die Hard with a Vengeance est plus brute, viscérale, et d’une physicalité remarquable. John McTiernan opte ici pour une caméra à l’épaule nerveuse qui plonge le spectateur au cœur de l’action, rendant chaque scène plus immersive et organique. Là où tant de blockbusters contemporains se reposent sur un montage frénétique et des images de synthèse, McTiernan compose des séquences d’action d’une lisibilité exemplaire malgré le chaos, filmées avec une maîtrise consommée qui leur confère une intensité unique. Chaque explosion, chaque poursuite et chaque fusillade possède un impact sensoriel immédiat, donnant au film un caractère tactile rarement atteint dans le cinéma d’action. La tension monte crescendo grâce à des choix de mise en scène précis : la manière dont la caméra épouse les mouvements chaotiques de McClane, la gestion impeccable de l’espace urbain et la virtuosité avec laquelle sont orchestrées les cascades font de chaque scène un véritable tour de force. Cette approche, loin d’être un simple gimmick, renforce l’impression de danger permanent et de réalisme brut qui caractérise le film.

Sur le plan des personnages, Bruce Willis parvient à renouveler son interprétation de John McClane sans le trahir. Plus cynique, plus fatigué et cabossé par la vie que dans le premier opus, il incarne ici un héros « hard-boiled » parfait, usé par ses épreuves mais toujours animé par une résilience quasi suicidaire. Là où Piège de cristal montrait un policier ordinaire confronté à une situation extraordinaire, ce troisième volet nous présente un McClane désabusé, alcoolique et au bord du gouffre, mais dont les instincts de survie restent aiguisés. Cette évolution donne plus de profondeur au personnage et enrichit son parcours au sein de la franchise. À ses côtés, Samuel L. Jackson brille dans le rôle de Zeus Carver, un commerçant de Harlem propulsé malgré lui dans l’action. L’alchimie entre Willis et Jackson est indéniable, et leur duo fonctionne à la perfection, transformant le film en un buddy movie explosif. Jackson, loin d’éclipser le héros, le met au contraire en valeur, apportant à leur relation une dynamique rythmée par des dialogues incisifs et une tension raciale sous-jacente intelligemment exploitée. Jeremy Irons, quant à lui, offre une performance mémorable en Simon Gruber, un méchant dont le détachement ironique et le charisme glacial rappellent immédiatement Hans Gruber, le personnage iconique joué par Alan Rickman dans le premier film. Son interprétation confère au film une menace constante et une sophistication rare.
Malgré ses nombreuses qualités, Die Hard with a Vengeance souffre d’un dernier acte moins inspiré. Initialement, une fin radicalement différente avait été tournée, dans laquelle McClane, licencié et ruiné, retrouvait Simon en Hongrie pour une vengeance froide et implacable. Cette conclusion audacieuse, jugée trop cruelle par le studio, a été remplacée par une confrontation plus conventionnelle, mais moins cohérente avec le reste du film. Ce changement, dicté par des projections test mitigées, nuit quelque peu à l’unité de l’ensemble et rompt avec la tension quasi en temps réel qui faisait la force des premiers volets. Néanmoins, ces défauts n’entachent pas l’efficacité globale du film, qui demeure un modèle du genre. Die Hard with a Vengeance réussit à conjuguer spectacle et intelligence narrative, en plaçant ses personnages au cœur d’une intrigue où chaque décision, chaque mouvement compte. Porté par des acteurs en état de grâce, une mise en scène magistrale et un scénario malin, il reste l’un des meilleurs épisodes de la franchise et un sommet du cinéma d’action des années 90.