ROBOCOP 2 (1990)

RoboCop est un succès massif pour la firme Orion, qui, malgré cette réussite, reste en difficulté financière et met rapidement en chantier une suite. Ed Neumeier et Michael Miner, scénaristes du premier film, proposent un pitch intitulé Corporate Wars. Dès les premières pages, RoboCop est détruit par des criminels lors d’une intervention et ranimé 25 ans plus tard dans une civilisation radicalement différente. De nouvelles villes autonomes, les Plex, accueillent une élite privilégiée, tandis que les Outplexers vivent dans des bidonvilles hors des murs de la cité. Le président des États-Unis (ou AmeriPlex) est un ancien comédien, et Ted Flicker, un « super-entrepreneur », manœuvre pour racheter le gouvernement et le transformer en une société privée. Découvert par les hommes de Flicker dans les ruines de l’OCP, désormais disparue, RoboCop est réparé et interfacé avec NeuroBrain, le système informatique central du Plex. Il est rapidement pris dans une lutte de pouvoir sanglante orchestrée par Flicker, incluant une campagne contre les Outplexers et la menace d’une bombe à neutrons brandie par un groupe terroriste. En permanence bricolé par un scientifique reclus, aidé par un hacker chinois, il est également courtisé par l’esprit désincarné de NeuroBrain, basé sur les impulsions cérébrales de la femme décédée du scientifique.

Le producteur Jon Davison rejette ce pitch qu’il juge incompréhensible et trop détaché des personnages du premier film. Déjà peu enthousiaste, Paul Verhoeven refuse de participer à cette suite sans ses scénaristes originaux. Davison, considérant que RoboCop est un véritable comic-book en prise de vue réelle, contacte alors le légendaire scénariste Frank Miller, auréolé du succès de The Dark Knight Returns. Enthousiaste à l’idée de s’imposer à Hollywood, Miller accepte l’offre.À la réalisation, Orion embauche Tim Hunter, jeune cinéaste prometteur dont le seul film notable est Le Fleuve de la Mort (River’s Edge, 1986), un drame indépendant avec Keanu Reeves. Hunter et Miller passent des semaines à définir l’apparence, le ton et le style du film, mais Orion intervient constamment : il faut réduire les dialogues et augmenter le rythme des scènes d’action. Le scénario de Miller est finalement jugé « infilmable » par les producteurs, qui font appel au vétéran Walon Green (La Horde Sauvage, Sorcerer) pour le « muscler ». C’en est trop pour Hunter, qui quitte le projet. Miller, bien que son script soit profondément remanié, reste impliqué au quotidien sur le tournage (il fera même une apparition dans le film en tant que Frank le chimiste).

Pour remplacer Hunter, Davison engage le vétéran Irvin Kershner (67 ans), encore auréolé du succès de L’Empire contre-attaque (1980). Mais Kershner manque de temps : dès son arrivée, le tournage est imminent, et il doit édulcorer le script de Miller.RoboCop 2 aurait pu être un digne successeur au film de Verhoeven : violent, satirique, bourré d’action, et soucieux d’explorer de nouvelles pistes pour le personnage. Kershner, dont ce sera le dernier film à sortir en salles, est un technicien solide, capable de s’adapter à divers genres. Il tente de suivre le ton du premier volet, mais conjuguer comédie, violence, métaphores, action et satire politique s’avère bien plus difficile qu’il n’y paraît. Si RoboCop 2 conserve une certaine méchanceté, Kershner abandonne en grande partie la satire de Verhoeven, malgré la présence des fameuses fausses publicités. Le problème principal ne vient pas tant des concepts abordés que de leur traitement, trop superficiel, conséquence probable des nombreuses réécritures. Ainsi, l’idée d’une possible réconciliation entre Murphy et sa femme aurait pu être une intrigue passionnante, illustrant les limites émotionnelles et physiques de son existence cybernétique. Pourtant, cette piste est rapidement abandonnée. Murphy, initialement hanté par la perte de son humanité et aspirant à une vie auprès de sa famille, finit par la rejeter brusquement pour se plonger dans son rôle de policier. Bien que Kershner et Weller parviennent à créer quelques moments poignants, ce revirement semble artificiel, probablement imposé par le studio pour renforcer l’aspect robotique du personnage.

Le film s’attaque à la culture du politiquement correct et se moque de l’habitude d’Hollywood de diluer des concepts forts pour plaire au public familial. Ainsi, RoboCop reçoit des centaines de directives visant à faire de lui un modèle pour enfants, anticipant les pressions croissantes des ligues parentales dans les années 90. Mais cette intrigue, prometteuse sur le papier, est expédiée en quelques minutes. RoboCop 2 finit par ressembler à un assemblage d’épisodes télévisés enchaînés pour former un long métrage (RoboCop contre Caïn, RoboCop contre OCP, RoboCop et sa femme, RoboCop vs RoboCop 2). L’action reste d’une violence extrême, sans être aussi inventive que dans le premier film. La critique des corporations est renforcée : le « Vieil Homme » (Dan O’Herlihy) de l’OCP, auparavant bienveillant, devient ici un antagoniste cynique. Une scène révèle une photo de lui serrant la main de Ronald Reagan, soulignant son avatar maléfique. La lutte de pouvoir entre la pègre et l’OCP rappelle celle entre Clarence Boddicker et Dick Jones dans le premier film, mais la complexité de cette nouvelle intrigue est vite évacuée.

Si Caïn (Tom Noonan) est moins marquant que Boddicker, son aura de gourou à la Charles Manson et l’étrangeté de Noonan en font un antagoniste intéressant. Son destin tragique, transformé en cyborg incontrôlable, culmine dans un affrontement final spectaculaire signé Phil Tippett. Ce duel en stop-motion, digne de Ray Harryhausen, est un hommage aux comic-books, notamment lorsqu’on voit RoboCop agrippé au dos d’un monstre mécanique. Malgré ses défauts, RoboCop 2 conserve une certaine audace. L’influence de Frank Miller apporte un ton plus pulp, visible notamment dans la scène où le cerveau, la colonne vertébrale et les yeux de Caïn flottent dans une cuve. Mais la production précipitée et l’obsession du studio pour l’action au détriment de la narration nuisent au film.

Conclusion :Si RoboCop 2 ne parvient pas à égaler son prédécesseur, il reste une suite honorable, respectant l’esprit mordant de la franchise. Moins subtile et plus inégale, elle conserve néanmoins une violence exubérante et quelques fulgurances visuelles mémorables. À côté de RoboCop 3, qui fera sombrer la saga dans le tout-public, cette première suite apparaît presque comme un Empire contre-attaque… en version déglinguée.

Ma Note : B+

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