THE YEAR OF THE DRAGON (1985)

Banni pendant quatre ans d’Hollywood après l’échec retentissant de sa fresque La Porte du Paradis (1980), qui avait conduit à la faillite du vénérable studio United ArtistsMichael Cimino (réalisateur de The Deer HunterThunderbolt and Lightfoot) se voit offrir par le mogul Dino De Laurentiis l’adaptation du roman policier L’Année du Dragon. Il accepte de réaliser le projet à condition de participer à l’écriture du scénario, confiée à Oliver Stone (scénariste de ScarfaceMidnight Express). À l’époque, Stone traîne une réputation controversée en raison de ses descriptions des minorités, de la violence et du sexisme de ses scripts. Ce thriller, qui met en scène le policier violent et raciste Stanley White (Mickey Rourke, The Wrestler9 1/2 Weeks) dans sa quête pour nettoyer Chinatown des triades, suscite un véritable tollé. Le film s’ouvre à New York, où le calme pittoresque de Chinatown est perturbé par l’assassinat du patron local des triades. Suite à sa mort, le quartier devient la cible d’une éruption de violence, apparemment orchestrée par des gangs de jeunes incontrôlés. En réalité, ces attaques sont le fruit d’une campagne soigneusement orchestrée par Joey Tai joué par John Lone (Le Dernier EmpereurThe Shadow), un jeune loup des triades désireux d’éliminer la vieille garde pour prendre le contrôle de Chinatown. Malheureusement pour Joey, il n’est pas le seul à vouloir briser les règles établies de sa communauté. Le capitaine Stanley White, le policier le plus décoré de New York, raciste et vétéran traumatisé du Vietnam, se lance dans une croisade contre les triades, ignorant les accords officieux entre la police et les dirigeants communautaires. Le conflit entre les deux hommes devient inévitable.

Les critiques qui ont accusé Cimino et Stone de racisme anti-asiatique se sont trompées. La représentation de la communauté chinoise dans le film n’est pas plus négative que celle d’autres communautés, comme la communauté italo-américaine, souvent dépeintes dans le cinéma policier. De plus, comme Cimino l’explique, il s’est immergé dans la culture asiatique et a cherché à montrer non seulement le côté obscur de cette communauté, mais aussi que les Chinois sont souvent les plus grandes victimes de leurs mafias, en raison de leur auto isolement. Ce dernier, qui a conféré tant de pouvoir aux organisations criminelles, est le résultat direct du racisme dont cette communauté a souffert, humiliée et privée de son rêve américain, n’ayant d’autre choix que de se tourner vers ses traditions, même les plus sombres.À la manière des polars des années 1970, notamment French Connection, le héros et le méchant sont présentés comme des contraires parfaits, leurs apparences reflétant leur opposition de caractère. Le « bon » flic, un raciste qui trompe sa femme, est prêt à se sacrifier ainsi qu’à sacrifier ses amis, sa famille et ses collègues dans sa guerre personnelle. Mickey Rourke livre l’une de ses meilleures performances, apportant une véritable fêlure à son personnage. Les scènes avec sa femme Connie sont particulièrement poignantes. En revanche, le bad-guy, incarné par John Lone, est beau, cultivé et charismatique, se souciant réellement de sa communauté tout en étant capable d’actes de compassion.

Avec ce film, Cimino conclut une trilogie sur les communautés aux États-Unis. Son précédent film, The Deer Hunter (1978), retraçait le destin de membres de la communauté polonaise, à laquelle White, vétéran du Vietnam, appartient également, bien qu’il ait américanisé son nom. Son racisme découle en partie de son expérience de la guerre, mais aussi de sa colère face à un idéal américain qu’il voit se désagréger, rongé par le communautarisme. Cet idéal semble le hanter, comme en témoigne une scène où il contemple un drapeau, se détachant d’une conversation en cours.On peut regretter que le scénario ait édulcoré le personnage de Stanley White à travers sa relation avec Tracy Tzu, une journaliste asiatique dont le père a réussi à s’intégrer dans l’American way of life. Au contact de Tracy, Stanley remet en question ses préjugés racistes pour des raisons qui restent un peu floues. Cependant, Michael Cimino, fort d’un budget aujourd’hui inimaginable pour un film policier, confère à son œuvre l’ampleur d’une fresque. Il y intègre des scènes de foule massives et d’immenses décors fourmillant de détails. Cimino est d’ailleurs fier d’avoir trompé Stanley Kubrick, natif de New York, qui n’a pas su distinguer les scènes de rues tournées en studio.

Le film est magnifiquement éclairé par Alex Thompson (LegendExcalibur), dont le travail contribue à l’atmosphère immersive du récit. À l’occasion d’une scène de négociations avec des rebelles producteurs de drogue, Cimino pose ses caméras au nord de la Thaïlande, à la frontière de la Birmanie, insufflant à l’œuvre l’esprit épique des films de David Lean. Le réalisateur partage le goût de la violence d’Oliver Stone et nous offre des gunfights sanglants, dont le plus fameux, un carnage dans un restaurant chinois, le place dans la lignée de Sam Peckinpah.L’Année du Dragon est un polar hard-boiled auquel Cimino donne l’ampleur d’une fresque.

En résumé, L’Année du Dragon est un polar hard-boiled auquel Cimino donne l’ampleur d’une fresque, qui malgré ses controverses, s’impose par sa réalisation épique et ses performances mémorables. Porté par Mickey Rourke à son meilleur, ce grand film a vieilli comme un bon vin.

Ma Note : A

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