
Avec Final Destination Bloodlines, la saga née au tournant des années 2000 retrouve une énergie qu’on pensait perdue. Ce nouvel épisode ne se contente pas de rejouer les codes : il les réinvente avec une jubilation contagieuse, livrant un ride horrifique ultra-efficace, malin, et capable de mêler comédie noire et carnage sanglant. Dès les premières minutes, on sent que le film connaît sa tradition et s’en amuse : les morts spectaculaires, d’une mécanique parfaite, s’enchaînent avec une inventivité qui force le respect, tout en jouant sur une tension jamais gratuite. Bref, un pur régal de gore jubilatoire et de maîtrise du spectaculaire. La genèse de Bloodlines remonte à plusieurs années : longtemps évoqué comme une rumeur, le projet a pris forme lorsque Jon Watts (réalisateurs des Spider-man du MCU) a souhaité relancer la franchise à l’heure où le public redécouvrait son goût pour l’horreur ludique (voir le succès de Happy Death Day ou Ready or Not). Le scénariste s’est appuyé sur l’idée d’explorer les ramifications familiales et générationnelles de la « malédiction » de la Mort. D’où ce titre, Bloodlines, qui inscrit le récit dans une lignée, un héritage maudit, mais aussi une tradition cinéphile.
Impossible de ne pas sentir l’ombre des gialli italiens de Dario Argento ou Mario Bava dans la précision quasi mathématique des mises à mort, ou encore l’influence des comédies noires des années 90 (on pense à Heathers). Plus directement, le film convoque l’ADN de la saga elle-même, tout en y ajoutant une énergie héritée du cinéma catastrophe des années 70 (The Towering Inferno), et une nervosité de montage rappelant le meilleur de James Wan (Saw, Insidious). Le mélange est audacieux, mais parfaitement assumé. Le réalisateur — qui signe ici son projet le plus ambitieux — choisit de filmer les « accidents » comme de véritables chorégraphies. Chaque plan est pensé comme un engrenage où la caméra anticipe le désastre avant même qu’il n’advienne, installant une tension délicieuse. On retrouve des inserts sur des détails insignifiants (une vis mal vissée, une tasse en équilibre, un câble qui chauffe) qui deviennent des promesses de carnage. Le plaisir vient de ce décalage entre l’attente et la surprise, un art parfaitement maîtrisé ici. Le rythme est impeccable : nerveux, mais jamais épuisant. Le montage alterne séquences de tension étirée et explosions gore fulgurantes, ménageant des respirations sans jamais relâcher complètement la pression. Cette oscillation maintient le spectateur en état d’alerte, tout en lui offrant un certain plaisir coupable : on attend la catastrophe, on croit la deviner, mais elle survient toujours par un autre biais.
L’esthétique du film est particulièrement soignée. Les décors urbains, souvent saturés de néons, contrastent avec des intérieurs domestiques faussement banals où le danger peut surgir à tout moment. Les costumes jouent sur une forme de réalisme contemporain, mais chaque détail – une couleur, un accessoire – vient discrètement signaler la destinée du personnage. La palette visuelle alterne tons froids et éclats sanguinolents, renforçant la double tonalité du film : l’horreur et le grotesque. Les jeunes comédiens parviennent à insuffler une fraîcheur bienvenue, loin des clichés de la « chair à canon ». Leur jeu apporte une vraie authenticité à des personnages qu’on pourrait croire interchangeables. Mais c’est surtout la prestation des vedettes confirmées qui impressionne : leur gravité donne de l’épaisseur à la farce macabre. On pense à Tony Todd malade au moment du tournage et décédé peu après (Candyman, Final Destination) dont la simple présence, toujours magnétique, agit comme un rappel du poids mythologique de la saga.
À une époque où l’horreur oscille entre l’ »elevated horror » (Ari Aster, Robert Eggers) et le pur divertissement gore, le film prouve qu’on peut concilier efficacité spectaculaire et intelligence ironique. Plus qu’un simple épisode de franchise, il se situe à la croisée des chemins : hommage à un concept culte, mais aussi relecture inventive qui redonne à la saga sa pertinence.
Conclusion : Au final, Final Destination Bloodlines réussit là où beaucoup de suites échouent : il retrouve l’essence d’un concept éprouvé tout en l’enrichissant. Ride horrifique ultra-efficace, il mélange comédie noire et carnage sanglant avec un savoir-faire réjouissant. Des kills à la mécanique implacable, du gore jubilatoire, une tension savamment orchestrée et un spectacle visuel assumé : tout est là pour faire de ce nouvel opus un incontournable du genre. Plus qu’un retour, c’est une réinvention qui rappelle qu’au cinéma, même la Mort peut avoir le sens du spectacle.