GOLDENEYE (1995) – 30e Anniversaire

La fin de la Guerre Froide marqua un tournant décisif pour la franchise James Bond. Après six ans d’absence, suite au succès mitigé de Permis de tuer (1989) et à des conflits juridiques interminables entre MGM et Eon Productions, l’agent 007 se trouvait à un carrefour. Comment un espion façonné par l’ère atomique pouvait il exister dans un monde sans l’Union Soviétique, son ennemi traditionnel ? Le rideau de fer étant tombé et les certitudes géopolitiques s’effondrant, Bond, figure de l’ordre ancien, semblait soudainement obsolète. La réponse à cette question arriva en 1995 avec GoldenEye, réalisé par Martin Campbell (La Légende de ZorroCasino Royale). Ce film ne se contenta pas de remettre au goût du jour une formule, il offrit une véritable réinvention, insufflant une nouvelle vie à James Bond dans l’ère moderne, avec un nouveau visage, une nouvelle attitude, et un sens du spectacle revigoré. GoldenEye a su être à la fois fidèle au mythe tout en étant audacieux dans ses choix, posant les bases de l’évolution du personnage au XXIe siècle.

Le développement de GoldenEye fut un parcours semé d’embûches, comparable à une mission de Bond. Après Permis de tuer, la franchise fut mise en pause pendant plusieurs années, en proie à des conflits de droits et à une incertitude quant à son avenir. Pendant ce temps, le monde changeait : le mur de Berlin s’effondrait, l’URSS disparaissait, emportant avec elle l’archétype du méchant soviétique. Les producteurs Michael G. Wilson et Barbara Broccoli comprirent qu’un virage était nécessaire. Il ne s’agissait plus de prolonger ce qui existait, mais de repenser Bond dans un monde en paix relative, où les menaces devenaient plus diffuses, technologiques, et intimes. Le scénario, signé Michael France (CliffhangerLes 4 Fantastiques) et retravaillé par Jeffrey Caine et Kevin Wade, résolvait brillamment cette équation : l’ennemi n’était plus extérieur , mais un ancien agent 00, Alec Trevelyan, devenu traître. Ce choix narratif, intelligent, interroge la légitimité même du héros. Est-il encore utile ? Moralement défendable ? Le titre lui-même, un clin d’œil aux origines, fait référence à la villa jamaïcaine de Ian Fleming, où l’auteur écrivit ses premiers romans, établissant un lien subtil entre passé et présent qui ancre le film dans une modernité assumée.

Le choix de Pierce Brosnan (Le Pic de DanteThomas Crown) pour incarner Bond fut la pièce maîtresse du puzzle. Ironiquement, Brosnan avait été pressenti pour le rôle dans Tuer n’est pas jouer (1987), mais ses obligations contractuelles envers la série Remington Steele l’en avaient empêché. Huit ans plus tard, son retour est salué comme une évidence. Il incarne l’élégance de Sean Connery, le flegme de Roger Moore, et la dureté de Timothy Dalton, tout en apportant une touche de modernité et de danger. La distribution de GoldenEye est un véritable coup de maître. Brosnan incarne un Bond à la fois suave et létal, un homme qui doute de sa propre utilité tout en accomplissant sa mission avec efficacité. En prime, le film bénéficie de seconds rôles mémorables, comme Sean Bean (RoninFlightplan), qui incarne Alec Trevelyan, l’ennemi le plus dangereux de Bond. Ce choix, qui remplace un mentor ambigu initialement proposé à Anthony Hopkins, privilégie une trahison plus intime et viscérale. Trevelyan devient le jumeau maléfique de Bond, créant un affrontement à la fois psychologique et physique, ajoutant une profondeur rare au film. Famke Janssen livre également une performance mémorable en incarnant Xenia Onatopp, une tueuse sadique dont la méthode d’assassinat singulière est devenue culte. Sa performance intense mêlant sensualité et brutalité a marqué un tournant dans l’image des James Bond Girls. L’arrivée de Judi Dench (Shakespeare in Love) dans le rôle de M constitue également un tournant, apportant une autorité glaciale et une intelligence mordante, incarnant une nouvelle génération de commandement, plus pragmatique et éthique.

Brosnan réinvente Bond avec une fluidité rare, alliant humour et brutalité, séduction et solitude. Sa performance, adoubée par la critique et le public, devient le socle de quatre films qui propulseront la franchise au sommet. GoldenEye navigue entre plusieurs influences, se nourrissant du style des grands films d’action des années 1990 — L’Arme fatale, Piège de cristal — tout en demeurant profondément ancré dans la tradition bondienne. Les scènes d’action, que ce soit la séquence d’ouverture au barrage ou la course poursuite en char dans les rues de Saint-Pétersbourg, rendent hommage aux meilleurs moments de la saga. Le film s’inspire également de l’âge d’or du thriller technologique, avec ses gadgets high-tech et ses intrigues liées à la guerre de l’information. La mise en scène de Martin Campbell est un modèle d’équilibre, alliant approche classique et moderne, sens du spectacle, et capacité à intensifier la tension sans sacrifier la clarté. La célèbre séquence du saut du barrage est un moment de cinéma pur, un hommage aux cascades de l’âge d’or. Campbell donne au film un look et un rythme qui le distinguent des opus précédents. Les décors, conçus par Peter Lamont (MoonrakerTitanic), sont grandioses et variés, allant des rues élégantes de Monte-Carlo aux décors hostiles de la base de Severnaya, en passant par les ruines de Saint-Pétersbourg. La palette de couleurs sombres et intenses renforce l’atmosphère post-soviétique. Les costumes, signés Lindy Hemming (Batman BeginsPaddington), allient classicisme et modernité, où les smokings côtoient les tenues tactiques, chaque personnage étant habillé pour incarner une idée — pouvoir, danger, ou secret. Cette esthétique réussit à rendre le film crédible tout en conservant son aura glamour. Le montage, réalisé par Terry Rawlings (Blade RunnerAlien), se révèle efficace avec un rythme haletant et des dialogues fluides, conférant au film une vraie densité narrative.

Le générique de GoldenEye, signé Danny Kleinman, est un véritable chef-d’œuvre visuel qui établit ton et atmosphère dès les premières minutes du film. Kleinman, qui prenait la suite du légendaire Maurice Binder et qui poursuivra ses travaux sur plusieurs films de la franchise James Bond, réussit à allier sensualité et modernité, créant une séquence d’ouverture qui fait écho à l’héritage iconique des génériques précédents tout en y ajoutant une touche contemporaine. La combinaison de motifs graphiques stylisés, de silhouettes dynamiques et de couleurs vibrantes évoque subtilement des thèmes de la guerre et de la technologie, tout en mettant en avant la figure féminine emblématique de Bond, incarnée ici par Tina Turner avec sa chanson puissante, « GoldenEye ». Ce générique, à la fois séduisant et intrigant, capture l’essence même de ce que le film représente : une fusion de l’ancien et du nouveau, un reflet des enjeux modernes dans un univers qui reste fidèle à ses racines. La direction artistique de Kleinman contribue indéniablement à l’identité de GoldenEye, le plaçant parmi les meilleurs génériques de la saga.

Seul bémol : la bande originale. Composée par Éric Serra (Le Grand Bleu, Léon), elle tranche avec le style orchestral de John Barry. Trop synthétique, trop distante, elle peine à accompagner les scènes d’action avec la puissance attendue. Certaines séquences ont même été réorchestrées pour réintégrer le thème classique de Bond. En revanche, la chanson du générique, interprétée par Tina Turner (Mad Max Beyond Thunderdome), est un bijou : puissante, dramatique, elle s’affirme comme l’un des points forts du film.

Conclusion : GoldenEye est bien plus qu’un simple retour de la franchise James Bond ; c’est une réinvention audacieuse qui a su s’adapter aux changements géopolitiques et culturels des années 1990. Avec une distribution exceptionnelle, une mise en scène maîtrisée, et une approche moderne qui respecte les traditions, GoldenEye est devenu un pilier de la série, annonçant une nouvelle ère pour l’agent 007 et consolidant son statut de personnage emblématique du cinéma.

Ma Note : A

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