LES OIES SAUVAGES (1978)

Les Oies Sauvages / The Wild Geese, sorti en1978, s’inscrit dans le paysage cinématographique des années1970, une époque où les récits de mercenaires connaissaient un regain d’intérêt. Réalisé par Andrew V. McLaglen, ce film de guerre, porté par un casting prestigieux – Richard BurtonRoger MooreRichard Harris et Hardy Krüger en tête – mêle action, camaraderie virile et questionnements moraux, tout en reflétant les tensions politiques de son temps.

L’idée de The Wild Geese naît de l’ambition du producteur Euan Lloyd de créer un film d’aventure à grand spectacle, dans la veine des classiques comme Les Canons de Navarone (1961) ou Quand les aigles attaquent (1968). Adapté d’un roman inédit de Daniel CarneyThe Thin White Line, le scénario de Reginald Rose (auteur de la pièce Douze hommes en colère) puise dans les récits réels de mercenaires européens opérant en Afrique, notamment ceux du colonel Mike Hoare, surnommé « Mad Mike », dont les exploits dans le Congo des années1960 inspirent directement le titre du film, référence au drapeau des « Oies sauvages ». Ce contexte historique, bien que romancé, ancre le récit dans une réalité trouble, celle des conflits postcoloniaux et des luttes de pouvoir en Afrique centrale. Le film s’inspire également des westerns, un genre cher à McLaglen, avec ses figures de héros désabusés et ses groupes soudés par la loyauté. Cette fusion d’influences – récits de guerre, westerns, et drames politiques – donne à The Wild Geese son identité unique, à la fois nostalgique et audacieuse, qui capte l’esprit d’une époque en quête d’héroïsme viril tout en esquissant une critique des manipulations politiques. Andrew V. McLaglen, fils de l’acteur Victor McLaglen, est un cinéaste forgé dans l’ombre des grands réalisateurs hollywoodiens comme John Ford, dont il revendique l’influence. Connu pour des westerns solides comme Chisum (1970) et Les Cordes de la potence (1973), McLaglen apporte à The Wild Geese une approche directe et sans fioritures, privilégiant l’action et la camaraderie. Passant des vastes plaines de l’Ouest américain aux jungles africaines, tout en conservant son talent pour orchestrer des scènes d’action à grande échelle. Contrairement à ses westerns, où les héros affrontent des antagonistes clairement définis, The Wild Geese introduit une ambiguïté morale : les mercenaires, bien que charismatiques, servent des intérêts douteux, un thème que McLaglen explore avec moins de subtilité que Ford, mais avec une efficacité narrative indéniable. Ce film reste l’un de ses travaux les plus mémorables, car il combine son savoir-faire pour l’action avec une ambition internationale, portée par un casting stellaire.

Richard Burton, dans le rôle du colonel Allen Faulkner, est le cœur battant du film. À53 ans, l’acteur gallois, célèbre pour ses performances shakespeariennes dans Cléopâtre (1963) et La Nuit de l’iguane (1964), apporte une gravité usée mais magnétique au personnage de ce mercenaire vieillissant. Burton incarne Faulkner avec une autorité naturelle, mêlée d’une lassitude qui reflète ses propres combats personnels contre l’alcoolisme et une carrière en dents de scie. Sa présence à l’écran, avec sa voix rocailleuse et son regard perçant, confère au film une profondeur émotionnelle inattendue. Faulkner n’est pas un héros traditionnel : il est pragmatique, parfois cynique, mais fidèle à ses hommes, et Burton excelle à transmettre cette complexité. Sa capacité à passer d’un leader stoïque à un homme hanté par ses choix moraux fait de son interprétation l’un des piliers du film, éclipsant parfois ses partenaires pourtant talentueux. Roger Moore, alors en pleine gloire comme James Bond (L’Espion qui m’aimait,1977), apporte une touche de charme désinvolte au pilote Shaun Fynn, prouvant qu’il peut s’éloigner du flegme de007 pour incarner un mercenaire plus brut et sérieux. Richard Harris, dans le rôle de Rafer Janders (L’Homme nommé Cheval,1970), livre une performance émouvante, notamment dans les scènes avec son jeune fils. Hardy Krüger, incarne un mercenaire afrikaner dont l’évolution morale est l’un des arcs narratifs les plus intéressants, bien que sous-exploité. Les seconds rôles, comme Jack Watson en sergent-major bourru ou Kenneth Griffith en médecin gay stéréotypé mais attachant, ajoutent une richesse au groupe. Winston Ntshona, dans le rôle du président Limbani, apporte une dignité essentielle au récit, même si son personnage reste en retrait. Ce casting éclectique, mêlant stars britanniques et acteurs sud-africains, confère au film une texture internationale qui renforce son authenticité.

Bien que marquée par les contraintes de son époque, The Wild Geese se distingue par son ambition visuelle. Tourné en Afrique du Sud pendant l’apartheid – une décision controversée qui a suscité des protestations –, le film utilise des paysages naturels pour créer une atmosphère immersive. Les vastes plaines et les jungles denses deviennent presque des personnages à part entière, renforçant le sentiment d’isolement des mercenaires. McLaglen, habitué à filmer des espaces ouverts, compose des plans larges qui capturent l’ampleur des scènes d’action, notamment l’assaut sur les baraquements ennemis et l’explosion spectaculaire d’un pont. Le générique d’ouverture est conçu par Maurice Binder (connu pour les James Bond). La mise en scène, manque de raffinement et privilégie l’efficacité et le rythme, avec un montage qui maintient la tension sans jamais perdre le spectateur. Les choix artistiques, bien qu’ancrés dans une esthétique des années1970, confèrent au film un charme rétro qui séduit encore aujourd’hui. Le montage, supervisé par McLaglen et son équipe, est l’un des points forts du film. Divisé en trois actes clairs – la préparation, l’entraînement et la mission –, The Wild Geese maintient un rythme soutenu sur ses 2h14. Le premier acte prend le temps de présenter les personnages, leurs motivations et leurs failles, une approche qui rappelle les films de guerre classiques. Le montage des scènes d’action, notamment l’attaque de l’aéroport et la fuite finale vers l’avion, est nerveux sans être chaotique, permettant au spectateur de suivre chaque moment clé. Cependant, on peut reprocher à McLaglen d’avoir sacrifié des moments de développement psychologique, comme la transformation du personnage de Hardy Krüger, au profit de l’action. Malgré cela, le montage parvient à équilibrer les scènes intimistes – comme les échanges entre Burton et Harris – avec des séquences explosives, créant une dynamique qui rend le film captivant de bout en bout. The Wild Geese a marqué le cinéma d’action des années1970, ouvrant la voie à des films comme L’Enfer des mercenaires (1980) ou, plus tard, The Expendables (2010). Sa popularité au Royaume-Uni, où il fut l’un des plus gros succès de1978, témoigne de son attrait pour un public avide d’aventures viriles. Aux États-Unis, malgré une distribution chaotique due à la faillite d’Allied Artists, le film a trouvé son public via la télévision et le câble.

Conclusion, Les Oies Sauvages reste un film emblématique des années1970, alliant action et réflexions sur la moralité des mercenaires. Son héritage perdure à travers les décennies, inspirant des œuvres ultérieures et séduisant un public toujours avide d’aventures viriles. La performance de Richard Burton et la direction de Andrew V. McLaglen contribuent à faire de ce film une référence incontournable dans le genre des récits de mercenaires.

Ma Note : B+

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