FOUNDATION – La meilleure série de SF que vous ne regardez pas !!!

Dès son premier épisode, Foundation impose une ambition visuelle et narrative remarquable, portée par la réalisation spectaculaire de Rupert Sanders (Ghost in the Shell, Snow White and the Huntsman), reconnu pour sa précision esthétique. L’ouverture se distingue par une esthétique grandiose : des plans larges et impressionnants, des panoramas lunaires et interstellaires, des structures architecturales marquantes et des intérieurs d’empires galactiques ornés comme des palais baroques. Chaque image reflète l’échelle colossale de cet univers futuriste, saturé d’effets numériques et de détails minutieux. Apple TV+ a investi dans une production à la hauteur de cette vision, avec une direction artistique rigoureuse et soignée. L’univers installé est vaste, immersif et foisonnant : vaisseaux spatiaux, empires multi planétaires, télépathes, dynasties de clones, androïdes antiques, tesseracts manipulant l’espace-temps, contrebandiers et armadas destructrices s’entrelacent dans une narration inventive. Chaque décor suggère l’étendue d’une civilisation riche et cohérente, une mosaïque de science-fiction dense et captivante. Narrativement, Foundation s’inscrit dans le registre du grand récit épique, mêlant dynasties, trahisons, prophéties, batailles et empires en déclin dans une veine qui évoque Game of Thrones ou Dune.

Adapter Foundation d’Isaac Asimov relevait du fantasme hollywoodien depuis plus d’un demi-siècle. Plusieurs studios s’y étaient essayés sans succès, conscients des obstacles : absence de protagoniste fixe, structure temporelle éclatée, dialogues conceptuels. Le matériel d’origine s’étend sur des millénaires et se nourrit davantage de théories sociologiques que de dramaturgie classique. David S. Goyer scénariste et producteur réputé pour son travail sur The Dark Knight ou Batman Begins, fut celui qui accepta de s’y confronter frontalement (ironiquement initialement c’est Jonathan Nolan autre architecte de The Dark Knight qui développa cette adaptation pour HBO) aux cotés de Josh Friedman (Terminator : Les Chroniques de Sarah Connor, Avatar : La Voie de l’eau). Son pari : transformer la réflexion spéculative d’Asimov en une narration incarnée, émotionnelle, visuelle.Le créateur explique avoir présenté le projet à Apple avec une phrase simple : « C’est une partie d’échecs de mille ans entre Hari Seldon et l’Empire. ».Cette idée d’un duel intellectuel et politique à travers les siècles sert de colonne vertébrale à la série. Contrairement aux adaptations avortées précédentes, Goyer s’appuie sur la structure sérielle pour embrasser le temps long : Foundation n’est pas un film, mais une fresque pensée pour durer, une œuvre dont chaque saison peut se dérouler plusieurs siècles après la précédente. Apple TV+ y a vu le potentiel d’une saga fondatrice de son catalogue science-fiction. La série a ainsi bénéficié d’un financement conséquent et d’une liberté artistique rare.

Dès les premières images, Foundation revendique une singularité esthétique. La série adopte une approche architecturale du monde futuriste : les lignes sont nettes, les volumes massifs, les textures tangibles. Les effets numériques servent le réalisme, jamais l’inverse. La production, menée sur plusieurs continents, privilégie les tournages en décors naturels. L’équipe a filmé dans des lieux réels — falaises islandaises, architectures brutalistes, étendues désertiques — pour ancrer la fiction dans une matérialité palpable. Goyer refuse les environnements entièrement virtuels : la caméra doit ressentir le vent, la lumière et la gravité des lieux. Le résultat est saisissant : chaque planète possède une identité propre, de l’imposante Trantor, capitale impériale labyrinthique, jusqu’à Terminus, colonie lointaine où s’échafaude la renaissance de la civilisation. Les costumes, accessoires et typographies participent à cette cohérence. Les intérieurs impériaux évoquent la rigueur de Kubrick, tandis que les séquences spatiales rappellent l’élégance contemplative de Villeneuve dans Dune. L’ensemble atteint une belle homogénéité.

La réussite de Foundation repose sur la vision de David S. Goyer, artisan discret mais central du projet. Conscient des attentes démesurées entourant l’héritage d’Asimov, le créateur choisit de ne pas tenter une fidélité littérale. Son approche privilégie la transposition thématique : préserver l’esprit plutôt que la lettre. L’idée fondatrice de la psychohistoire — cette science fictive capable de prédire l’avenir collectif de l’humanité — demeure au cœur du récit. Mais Goyer y injecte des enjeux émotionnels et politiques qui font défaut aux textes originaux, plus conceptuels. Hari Seldon, savant visionnaire, n’est plus seulement le symbole de la raison mathématique ; il devient un personnage de chair, hanté par le doute, confronté à l’ampleur morale de ses prédictions. Le showrunner ajoute également des lignes narratives inédites : la présence d’un androïde millénaire, la dynastie des clones impériaux, ou la montée en puissance de figures féminines fortes comme Gaal Dornick et Salvor Hardin. Ces ajouts ne trahissent pas Asimov ; ils offrent au contraire un ancrage dramatique et une tension continue à une œuvre originellement abstraite. Malgré la complexité de l’intrigue, Goyer parvient à équilibrer réflexion et spectacle. Chaque épisode s’inscrit dans une logique de crescendo, menant à des « season finales » massifs et spectaculaires qui redéfinissent à chaque fois la structure du récit. Cette capacité à rebattre les cartes tout en conservant une cohérence globale constitue l’une des signatures les plus impressionnantes de la série.

L’un des apports les plus remarqués de Foundation à la mythologie d’Asimov est le concept du triumvirat impérial, absent des romans. Ce système de pouvoir repose sur trois clones de l’Empereur originel — Brother Dawn, Brother Day et Brother Dusk — incarnant respectivement la jeunesse, la maturité et la vieillesse du même homme. Cette structure politique et symbolique confère à la série une dimension théâtrale fascinante : le pouvoir devient un cycle biologique. Les trois clones cohabitent, se surveillent et se jugent mutuellement, créant un équilibre instable entre mémoire et renouvellement. Le spectateur observe ainsi une monarchie figée dans sa propre perfection génétique, condamnée à la stagnation. Sur le plan dramaturgique, cette idée permet de maintenir des personnages constants malgré les sauts temporels : les visages changent peu, mais les consciences se métamorphosent. Chaque Empereur hérite du souvenir de ses prédécesseurs tout en revendiquant une singularité. Ce dispositif crée une tension presque métaphysique : comment évoluer lorsqu’on est une copie ? Portée par les interprétations complémentaires de Lee Pace, Terrence Mann et Cassian Bilton, cette triade devient la clé de voûte du récit. L’équilibre entre autorité, mélancolie et insouciance qu’ils incarnent offre à la série l’une de ses explorations les plus subtiles du pouvoir.

L’un des éléments les plus remarquables de Foundation réside dans sa structure temporelle. Chaque saison s’étend sur plusieurs siècles ; les événements ne s’enchaînent pas, ils se succèdent à travers les âges. Ce choix permet une liberté narrative totale. Là où la plupart des séries s’enferment dans la continuité, Foundation renverse la logique : le temps devient un personnage à part entière. Les civilisations montent, chutent, renaissent ; les héros deviennent légendes, puis mythes. Cette dilatation du récit favorise une réflexion sur la permanence des idées et la fragilité des institutions. Elle confère aussi à la série une dimension accessible : chaque nouvelle saison peut se découvrir presque indépendamment, les repères se reconstituant progressivement autour des invariants — l’Empire et le plan de Seldon. Le triumvirat impérial agit comme une ancre, un miroir où le spectateur reconnaît des visages familiers, malgré le passage des siècles. Ce procédé rappelle la structure cyclique des mythes : tout change, mais tout revient. Dans cet entrelacs de temporalités, la série parvient à maintenir une tension dramatique continue. Chaque saut temporel n’efface pas le passé ; il en prolonge les conséquences. À chaque conclusion, Foundation renaît de ses cendres — fidèle à son propre thème : la perpétuelle reconstruction. Dans la troisième saison qui vient de s’achever, cette dynamique atteint une nouvelle intensité avec l’introduction de The Mule, un être télépathe d’une puissance terrifiante, dont la seule volonté menace à la fois la Fondation et l’Empire. Figure d’usurpateur messianique, The Mule représente la négation même du plan de Seldon : un événement imprévisible, irrationnel, que la psychohistoire ne peut anticiper. Il incarne le chaos pur, le point aveugle d’une science prétendant tout maîtriser (rappelant en cela la figure du Joker dans The Dark Knight) . Le temps n’est plus seulement un cadre : il devient le moteur de la transformation des idées et des pouvoirs. À chaque saut temporel, le monde se réinvente, les alliances se recomposent, les idéaux se corrompent. La série trouve ainsi dans la confrontation entre la logique du plan de Seldon et l’imprévisibilité de The Mule une tension narrative d’une puissance rare — celle du destin affronté à l’anomalie, de la raison face au miracle.

Le succès artistique de Foundation doit beaucoup à la précision de son casting, des comédiens confirmés, d’autres moins connus mais qui livre ici un peu dans l’anonymat on peut le déplorer un travail formidable. Jared Harris (Chernobyl, Mad Men) dans le rôle de Hari Seldon, déploie une gravité qui transcende la figure du savant. Son jeu, toujours contenu, confère au personnage une humanité rare : un homme conscient d’avoir raison, mais peut-être trop tôt. Face à lui, Lee Pace (Halt and Catch Fire, Le Hobbit : La Désolation de Smaug) incarne Brother Day avec une intensité impériale. L’acteur explore toutes les nuances de l’autorité : charisme, colère, orgueil et fragilité. Sa présence physique, alliée à une diction mesurée, donne au personnage une dimension opératique et tragique. Terrence Mann (Sense8) en Brother Dusk impose une noblesse crépusculaire, tandis que Cassian Bilton (Brother Dawn) offre la vulnérabilité et la curiosité de la jeunesse. Ensemble, ils forment un chœur dissonant mais harmonieux, miroir de l’immuabilité du pouvoir. Laura Birn (Purity, Balade entre les tombes), enfin, marque durablement les esprits dans le rôle d’Eto Demerzel, androïde et conseillère de l’Empire. Derrière une apparente servilité, l’actrice déploie une palette d’émotions d’une subtilité bouleversante : loyauté, culpabilité, désir de liberté. Lou Llobell (Gaal Dornick) et Leah Harvey (Salvor Hardin) apportent, de leur côté, la jeunesse et la candeur nécessaires à l’identification du spectateur. Ces deux héroïnes incarnent la résistance, la foi en la connaissance et le questionnement moral au cœur du plan de Seldon. À ce noyau central s’ajoute, dans la dernière saison, Pilou Asbæk, interprétant The Mule avec une intensité magnétique. L’acteur danois, déjà remarqué pour ses rôles ambigus et puissants (Game of Thrones, Ghost in the Shell), insuffle au personnage une présence hypnotique et menaçante. Son regard fixe, sa diction lente et son autorité instinctive font de The Mule un antagoniste singulier : un être à la fois tragique et terrifiant, conscient de son pouvoir mais prisonnier de son propre destin. Cet d’ensemble constitue un modèle d’équilibre : chaque interprétation nourrit le thème central de la série — la tension entre fatalité et libre arbitre.

La série déploie une conception artistique d’une grande ampleur qui fait que Foundation se distingue par la cohérence de sa direction visuelle : chaque planète, chaque culture, chaque institution possède un langage propre. Les costumes, signés Kurt and Bart (Ghost in the Shell, Deadpool 2), se situent à la frontière entre classicisme et futurisme. Les tenues impériales, d’inspiration byzantine, contrastent avec la sobriété fonctionnelle des colonies périphériques. Les tissus, les ornements, les symboles inscrivent visuellement la hiérarchie sociale et la décadence du pouvoir. Les effets spéciaux rivalisent avec le cinéma : flottes spatiales monumentales, hologrammes « de sable », explosions stellaires et manipulations gravitationnelles . La photographie, initiée par le chef opérateur Rob Hardy (Ex Machina, Mission Impossible – Fallout), privilégie la lumière naturelle et les contrastes géométriques. Les teintes froides de Trantor s’opposent aux ocres de Terminus, accentuant la dualité entre Empire et rébellion. Chaque cadre exprime un rapport au temps, à la structure, à la civilisation. La bande originale de Bear McCreary (Battlestar Galactica, Godzilla II : Roi des Monstres) mélange de percussions organiques et de nappes synthétiques pour épouser les arcs émotionnels. Le thème principal, ample et solennel, est sans doute un des meilleurs main-theme tout médias confondus de la décennie.

Foundation s’inscrit dans une longue lignée de récits de science-fiction politique et métaphysique. On y retrouve les obsessions de Dune : la décadence des empires, la manipulation génétique, la religion d’État et la lutte entre foi et raison. L’influence de Game of Thrones se lit quant à elle dans la gestion des dynasties, des trahisons et des luttes de pouvoir, mais aussi dans cette fascination pour les cycles du pouvoir et les héritages maudits. David Goyer revendique également l’influence de la philosophie des Lumières mais aussi avec les réflexions contemporaines sur l’intelligence artificielle et le déterminisme : Foundation interroge la croyance en la rationalité comme outil de salut collectif. En filigrane, la série explore les paradoxes de la connaissance : peut-on sauver l’humanité en lui retirant le choix ? La dernière saison approfondit cette dimension en introduisant The Mule, figure d’antagoniste quasi messianique qui bouleverse les équilibres établis. Son apparition réoriente la série vers une méditation sur le chaos et l’imprévisible. Là où la psychohistoire de Seldon prétend calculer l’avenir des civilisations, The Mule incarne l’événement pur, l’accident statistique, la faille dans la logique. Le spectacle, pourtant omniprésent, n’écrase jamais la dimension philosophique. Les batailles spatiales ne servent qu’à mieux révéler la petitesse des ambitions humaines face au temps. L’effondrement de l’Empire n’est pas un simple décor : c’est une métaphore de l’entropie, de la disparition inévitable de toute construction humaine. Le mélange des genres — space opera, drame politique, réflexion métaphysique — donne à Foundation une identité singulière entre philosophie et feuilleton space-opera pulp.

FOUNDATION – Créée par David S. Goyer et Josh Friedman
Avec Jared Harris, Lee Pace, Lou Llobell, Leah Harvey, Laura Birn, Terrence Mann, Cassian Bilton
Production : Skydance Television / Apple TV+
Diffusion : Apple TV+

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