PASSAGER 57 (1992)

Sorti en 1992 sous la direction de Kevin Hooks, Passenger 57 est un film profondément ancré dans son époque. Un thriller d’action sec et nerveux, porté par un Wesley Snipes alors en pleine montée en puissance. Le film arrive à un moment charnière du genre, lorsque les écrans étaient encore dominés par des héros charismatiques, volontiers monolithiques, et des antagonistes plus grands que nature. À l’origine, le projet repose sur un scénario de Stewart Raffill, pensé pour une star du calibre de Clint Eastwood. L’histoire devait suivre un homme se rendant en Espagne pour enterrer son fils, avant de se retrouver pris au piège d’un détournement d’avion orchestré par un terroriste iranien. Le contexte géopolitique, jugé trop délicat, conduit à une réécriture complète. Le film devient alors un thriller plus conventionnel, recentré sur un héros afro-américain : John Cutter, incarné par Snipes. Ce virage reflète à la fois une prudence stratégique de Warner Bros. et une volonté claire de s’aligner sur les sensibilités culturelles du début des années 90, tout en capitalisant sur la popularité croissante de Snipes, déjà identifié comme une figure montante du cinéma d’action.

Passenger 57 s’inscrit sans ambiguïté dans le sillage de Die Hard (1988), matrice du film d’action moderne. Même principe de base : un héros isolé, une crise à désamorcer, un espace confiné transformé en champ de bataille. Mais là où le film de McTiernan brillait par la finesse de son écriture et son sens de l’humour, Passenger 57 choisit la voie de l’efficacité brute. L’intrigue est simple, presque dépouillée. Les dialogues vont droit au but, souvent réduits à des punchlines — la célèbre « Always bet on black » en tête — et le film assume pleinement son statut de divertissement pur. Ici, l’action prime sur la nuance psychologique. On sent l’héritage direct des films d’action des années 80, de Commando à Rambo, dans le montage nerveux, la violence très physique des affrontements et la glorification assumée du héros quasi invincible. Le film s’inscrit aussi, à sa manière, dans une forme de néo-blaxploitation dont Snipes sera l’un des visages les plus marquants, de New Jack City à Blade.

Pour Kevin Hooks, Passenger 57 représente un tournant. Après un parcours solide à la télévision (St. Elsewhere, V), il trouve ici un terrain d’expression plus spectaculaire. Sans chercher à bousculer les codes, il signe ce qui restera son film le plus emblématique : une œuvre efficace, sans prétention, parfaitement représentative de l’énergie du cinéma d’action des années 90. Hooks glisse çà et là quelques touches sociales, notamment à travers une ironie légère sur le racisme, comme dans la scène où Cutter se heurte au scepticisme de policiers locaux. Mais ces éléments restent en arrière-plan. L’objectif est ailleurs : maintenir la tension, accélérer le rythme, ne jamais laisser retomber la pression. Visuellement, la mise en scène joue habilement sur les contrastes. À l’intérieur de l’avion, Hooks privilégie les cadrages serrés et une lumière étouffante, accentuant la sensation de claustrophobie. Une fois au sol, le cadre s’ouvre, notamment lors de la séquence de la fête foraine, qui agit comme une respiration bienvenue. Cette alternance évite la monotonie et maintient une dynamique constante. La réalisation reste classique, mais maîtrisée, s’appuyant sur des codes éprouvés : découpage rapide, angles efficaces et usage appuyé des ombres pour renforcer la présence menaçante de Charles Rane.

En 1992, Wesley Snipes est clairement sur une trajectoire ascendante, après New Jack City et White Men Can’t Jump. Passenger 57 consolide son image de héros d’action : rapide, sûr de lui, mais traversé par une gravité intérieure. En John Cutter, expert en sécurité aérienne marqué par la mort de sa femme, Snipes trouve un équilibre convaincant entre stoïcisme et énergie brute. Il impressionne par son engagement physique, réalisant lui-même une grande partie de ses cascades. Derrière les punchlines et l’assurance, il laisse affleurer une vulnérabilité discrète qui empêche le personnage de sombrer dans le cliché pur. Face à lui, Bruce Payne compose un méchant mémorable. Charles Rane, alias « The Rane of Terror », avec son accent britannique, son sourire glacé et son élégance vénéneuse, s’inscrit clairement dans la lignée d’un Hans Gruber. Son jeu, parfois excessif, participe pleinement au charme légèrement rétro du film. Autour de ce duel central, Alex Datcher apporte une énergie bienvenue en hôtesse de l’air courageuse, tandis que Tom Sizemore campe un allié solide mais peu développé. Elizabeth Hurley, dans un rôle secondaire, ajoute une touche de glamour passagère. Malgré tout, ce sont bien Snipes et Payne qui portent le film à bout de bras : leur affrontement, verbal comme physique, constitue son véritable moteur dramatique.

Techniquement, Passenger 57 fait preuve d’une efficacité remarquable. La photographie de Mark Irwin (The Fly, Scream) offre une image typique du cinéma d’action des années 90 : couleurs saturées, chaleur des extérieurs, froideur marquée dans les scènes de tension. Rien de novateur, mais une exécution solide et cohérente. Le montage, signé Richard Nord (The Fugitive), joue un rôle clé. Avec ses 84 minutes à peine, le film ne s’autorise aucun temps mort. Les scènes s’enchaînent avec fluidité, l’alternance entre ciel et terre est parfaitement gérée, et le rythme reste constant. Seule la conclusion paraît un peu expédiée, laissant un léger goût d’inachevé. Mais cette brièveté correspond aussi à l’ADN du projet : aller droit au but, sans détour inutile.

Conclusion : sans jamais chercher à réinventer le film d’action, Passenger 57 capte parfaitement l’esprit des années 90. Rapide, tendu, porté par le charisme brut de Wesley Snipes et une mise en scène fonctionnelle mais efficace, le film de Kevin Hooks est un divertissement sans complexe. Une série B solide, emblématique d’une époque où l’énergie primait sur la subtilité, devenue avec le temps une petite œuvre culte du genre. Malgré ses limites, Passenger 57 reste un plaisir coupable assumé — un film qui invite à ne pas trop réfléchir et à toujours parier sur le noir, comme le recommande son héros.

Ma note : B-

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