
Après le succès de X2, un troisième volet dirigé par Bryan Singer semblait inévitable. Mais le réalisateur est débauché par Warner Bros., qui lui offre l’opportunité de réaliser Superman Returns une proposition irrésistible pour ce fan du film de Richard Donner (Superman, L’Arme Fatale), par ailleurs producteur des X-Men. De son côté, 20th Century Fox refuse de repousser le projet et se tourne vers Matthew Vaughn (Layer Cake), un producteur fraîchement passé à la réalisation. Il commence à travailler sur le film aux côtés du scénariste Simon Kinberg (Mr. & Mrs. Smith), et engage Kelsey Grammer pour incarner Beast ainsi que l’ex-footballeur Vinnie Jones pour le rôle du Juggernaut. Le scénario s’inspire de deux intrigues cultes des comics : la mythique saga du Phénix Noir et le premier arc d’Astonishing X-Men, récemment écrit par Joss Whedon. Mais à quelques semaines du tournage, coup de théâtre : Vaughn quitte le navire. En urgence, c’est le mal-aimé Brett Ratner (Rush Hour) qui prend les rênes du film. X-Men : The Last Stand traîne une réputation injuste. Certes, Brett Ratner n’apporte pas la gravité de Bryan Singer, qui voyait dans les mutants une métaphore des minorités, en particulier de la communauté homosexuelle (le « coming-out » mutant de Iceman dans X2 en est un exemple marquant). Mais il livre un divertissement rythmé et efficace, sans être totalement idiot. Ici, les mutants sont confrontés à une menace insidieuse : un « remède » capable d’annuler leur gène X. Un dilemme moral se pose : doivent-ils l’accepter et s’assimiler, quitte à trahir leurs pairs ? Magneto, persuadé que ce remède sera militarisé contre eux, utilise cette peur pour lever une armée de mutants. Parallèlement, les X-Men doivent faire face au retour de Jean Grey (Famke Janssen), ressuscitée sous une nouvelle forme, Phoenix, dont la télékinésie dépasse celle de Xavier (Patrick Stewart) et menace l’équilibre du monde. Magneto la rallie à sa cause et lance un assaut contre le siège de la société pharmaceutique… situé sur Alcatraz. Avec la disparition de leurs leaders, Wolverine (Hugh Jackman) et Storm (Halle Berry) doivent rassembler de nouveaux alliés : Beast (Kelsey Grammer), Kitty Pryde (Elliot Page) et le torturé Angel (Ben Foster), dont le père millionnaire (Michael Murphy) finance le remède. Mais qui pourra stopper Phoenix, consumée par son pouvoir ? Si X-Men : The Last Stand reste un film inégal, Ratner s’efforce de conclure la trilogie initiée par Singer en respectant ses codes stylistiques. Il intègre des séquences spectaculaires et des affrontements plus intenses… avec plus ou moins de réussite. Certains passages tombent à plat (le combat de Wolverine dans la forêt ressemble à un téléfilm) mais d’autres marquent durablement : la mort de Xavier, aussi émouvante que spectaculaire, ou encore Magneto soulevant le Golden Gate Bridge pour mener son assaut sur Alcatraz. La confrontation finale entre Phoenix et Wolverine honore également ses racines de papier. Cependant, l’ambition dépasse parfois les moyens. Le combat final entre des dizaines de mutants manque d’envergure et souffre d’une tentative maladroite d’être dans l’air du temps – notamment en reproduisant une séquence d’un meme alors populaire… mais aujourd’hui oublié (lien ici). Si compte tenu du peu de temps de préparation, Ratner s’en sort avec les honneurs, aidé par le montage nerveux de Mark Goldblatt et Mark Helfrich (Terminator, Commando) c’est incontestablement le scénario qui constitue la principale faiblesse du film.. Simon Kinberg et Zak Penn sacrifient brutalement des personnages majeurs comme Cyclops et Rogue, un choix qui pèse lourd. Les réécritures successives et les pressions du studio expliquent ces maladresse au point que, quelques années plus tard, Kinberg lui-même effacera purement et simplement The Last Stand de la continuité dans X-Men: Days of Future Past, . Malgré son statut de vilain petit canard, le film est un grand succès commercial, surpassant même le Superman Returns de Singer. Moins profond que ses prédécesseurs, mais plus dynamique, il reste un divertissement honnête qui mérite d’être réévalué.
Conclusion : Si X-Men : The Last Stand peine à égaler ses prédécesseurs, il déploie néanmoins une efficacité remarquable et assure le spectacle avec une ambition manifeste. Brett Ratner, même dans des conditions de production ardues, signe un film imparfait mais convaincant, qui devrait être jugé avec plus de bienveillance que son actuel statut de « vilain petit canard ».