Midnight Special : Starboy [Critique]

Midnight-Special-2016

Le réalisateur de Take Shelter et Mud tourne pour la première fois pour un grand studio et aborde  frontalement le film de genre avec ce road-movie ou un père déterminé doit protéger son jeune fils  traqué par des fanatique religieux et le gouvernement US. 

Un garçon de 8 ans nommé Alton (Jaeden Lieberher) a prétendument été enlevé à son domicile dans une communauté religieuse du Texas nommée « le Ranch », où le chef de secte, Calvin Meyer (Sam Shepard) a pris en charge son éducation . Son ravisseur n’est autre que son père biologique, Roy Tomlin (Shannon), aidé par un ami d’enfance Lucas (Joel Edgerton).Ils rejoignent  la mère de l’enfant Sarah (Kirsten Dunst) et traversent le sud des Etats unis vers un mystérieux point de rendez-vous. Alton apparaît comme un enfant normal même si le port de lunettes de natation et d’un casque antibruit suggère une hypersensibilité à la lumière et le son, mais la réalité de  ses capacités vont se révéler  à chaque étape de leur fuite.

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Ex fan des 80’s   

Jeff Nichols déclare avoir voulu donner à  Midnight Special l’ambiance de thriller tendu de The Terminator et il est vrai qu’on retrouve un peu du style du film de Cameron dans cette  fuite nocturne à travers l’Amérique des motels sous la pulsation anxiogène de la musique de David Wingo .L’auteur de Mud a grandi dans les années 80 il est donc naturel que l’ADN de son film porte en lui les traces des grands films de S.F de cette décennie, ceux du cinéma de Spielberg  bien sur  indissociable de cette époque,  on pense  à Rencontres du 3e type  (cette course folle vers un rendez vous mystérieux dont on ne connait que les coordonnées) ou  à ET mais aussi au Starman de John Carpenter jusqu’à des films comme le Cocoon de Ron Howard ou D.A.R.Y.L de Simon Wincer. Il s’inscrit pleinement dans cette tradition d’une science-fiction intelligente qui repose autant sur le fantastique que sur la dynamique des relations entre ses personnages.

Si le film  se déroule à notre époque il est singulièrement dénué de la technologie actuelle, a l’exception de l’usage d’un téléphone portable il pourrait tout aussi bien se dérouler en 1984. Même l’agent de la NSA incarné par Adam Driver malgré son appartenance à l’agence la plus technologique du gouvernement US est résolument « analogique » utilisant cahiers et bloc notes au lieu d’ordinateurs ou de tablettes.Comme le Spielberg période Amblin ou Stephen King (on pense beaucoup à l’auteur de Firestarter ou Carrie devant le film) Nichols a le don de faire surgir le fantastique dans le quotidien le plus banal ici l’Amérique profonde du Sud ce qui le rend encore plus extraordinaire.

Au delà de ses influences, Midnight Special reste un film très personnel ou l’auteur poursuit une démarche narrative quasi-expérimentale ne  donnant au spectateur qu’un minimum d’informations , supprimant  toute exposition – le film commence in media res, – on ignore la vraie nature des personnages, leurs relations se dévoilant progressivement  au cours du récit à travers leurs actions. Nul flashback ne viendra nous éclairer, les dialogues rares et brefs nous donnent peu d’indications.Le réalisateur de Take Shelter apporte certes des réponses aux mystères du film mais elles restent parcellaires assez pour que le spectateur laisse son imagination en combler les vides. Le rythme du film nous demande parfois d’avoir la même foi en son auteur que celle qui anime ses personnages mais heureusement la  conclusion qu’apporte Jeff Nichols ne déçoit pas et justifie à posteriori les moments plus languissants.

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Famille nucléaire

Au delà de la science-fiction ou des expérimentations  narratives c’est bien la relation entre Alton et ses parents qui constitue le cœur du film. Nichols a écrit le scénario alors qu’il s’apprêtait à être père et il fait de Midnight Special une métaphore  de la condition de parent : l’angoisse face au devenir de son enfant qui après notre mort devra grandir dans un monde que nous ne connaîtrons pas, la nécessité d’avoir foi en lui, en l’amour et l’éducation qu’on lui a donné. La foi est l’autre thème du film , Nichols oppose celle désintéressée et « pure » des parents d’Alton dans leur enfant à celle des adeptes du « Ranch »  qui ne voient en lui que la clé leur permettant d’atteindre le paradis.

Le jeune Alton est  interprété  avec un grand naturel par le jeune Lieberher d’abord fragile et enfantin il bascule dans la seconde moitié  dans un calme et une autorité surnaturelle, en particulier lors de sa confrontation (dans un moment qui évoque David Lynch) avec le personnage d’Adam Driver (qui a un nom francais Paul Sevier peut etre un clin d’oeil au  Claude Lacombe de Rencontres du 3e type) Tous les comédiens sont excellents chacun se définissant par la relation qu’ils entretiennent avec Alton .Kirsten Dunst tiraillée entre son amour maternel et la nécessité de le laisser accomplir son destin. Je sais qu’il est de bon ton de tailler  Joel Edgerton mais il est  vraiment très bon  en protecteur qui semble avoir été profondément affecté par les vision d’Alton au point mettre de coté sa propre vie pour l’aider.

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Mais le personnage central du film est celui de Michael Shannon, la muse de Nichols (il a joué dans tous ses films)  qui prête son intensité au personnage de Roy entièrement dévoué à sa mission mais dont le regard laisse entrevoir le poids de cette charge, ses doutes mais aussi tout l’amour qu’il porte à son fils qu’il laisse entrevoir dans de rares moments de tendresse.

Outre Shannon, Nichols a exigé de la Warner de travailler avec ses collaborateurs réguliers en particulier son directeur de la photo Adam Stone dont la photographie granuleuse  sublime en scope les morceaux d’Americana  et les paysages qui jalonnent la route des fugitifs. A noter la contribution du légendaire production designer Alex McDowell (Fight Club , Minority Report, The Crow) essentielle même si on ne peut rien en dire …

Conclusion : Midnight Special road movie mystérieux, marchant dans les pas de la S.F des années 80 de Spielberg à  Stephen King est une émouvante métaphore de la condition de parent qui demande parfois au spectateur la même foi qui anime ses personnages mais dont  la destination ne déçoit pas.

Ma Note : A-

Midnight Special de Jeff Nichols (sortie le 16/03/2016)

 

 

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