ARRIVAL (2016) – 10e anniversaire

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Denis Villeneuve, après avoir exploré le thriller (Prisoners), le fantastique (Enemy) et le narco-thriller (Sicario), s’attaque à la science-fiction la plus cérébrale avant de s’attaquer à la suite du classique Blade Runner. Un pari audacieux, surtout après le passage de réalisateurs du calibre de Kubrick, Spielberg ou Nolan, mais que le cinéaste canadien relève avec un brio inattendu.

L’histoire commence lorsque douze vaisseaux extraterrestres se matérialisent à différents endroits du globe. Aux États-Unis, dans le Montana rural, l’armée dépêche une linguiste, Louise Banks (Amy Adams), et un physicien théoricien, Ian Donnelly (Jeremy Renner). Leur mission : établir le contact et comprendre les motivations des visiteurs sous la supervision du Colonel Weber (Forest Whitaker) et de l’agent de la CIA Halpern (Michael Stuhlbarg). L’enjeu est de taille : éviter une guerre globale. Adapté d’une nouvelle de Ted Chiang par Eric Heisserer (Dans le noir, Destination Finale 5), l’intrigue pourrait être celle d’un roman de Michael Crichton. L’atmosphère, le grain de l’image et certains aspects de la structure rappellent Christopher Nolan, tandis que la géométrie des plans, le design des vaisseaux et le son évoquent Stanley Kubrick. Pourtant, dès les premières minutes, ces références s’estompent pour laisser place à la véritable nature du film : une œuvre singulière, profondément personnelle. Avec Premier Contact, Denis Villeneuve trouve enfin le scénario idéal pour ses thématiques (la communication en particulier) et son style. Si son approche désactivait parfois l’efficacité de Prisoners ou si l’intrigue de Sicario était trop légère pour son traitement grandiose, l’équilibre est ici parfait. Le fond et la forme fusionnent pour donner naissance à un film unique, qui porte définitivement la vision de son auteur.

Amy Adams est Louise Banks
Amy Adams est Louise Banks

Pour décrire la rencontre avec une intelligence non humaine, Villeneuve emprunte une voie factuelle, à la manière de Spielberg ou Shyamalan, avec un rythme lent qui captive progressivement. Mais, là où des films comme Signes et Rencontres du troisième type s’appuyaient sur des représentations familières, Villeneuve et son équipe (le directeur de la photographie Bradford Young et le compositeur Jóhann Jóhannsson) offrent une vision des extraterrestres totalement étrangère, à la fois inquiétante et majestueuse. Leur présence sonore, proche du chant des baleines, est d’une crédibilité et d’une puissance inédites.

Malgré ses concepts scientifiques et philosophiques ambitieux, Premier Contact reste une expérience intime. L’agitation du monde est reléguée au second plan, se manifestant par les échos anxiogènes des chaînes d’information. Le film se concentre sur les efforts de Louise pour déchiffrer le langage visuel complexe des visiteurs. Villeneuve et Heisserer sont allés jusqu’à créer un langage visuel entièrement fonctionnel pour les extraterrestres, avec une soixantaine de logogrammes utilisés dans le film. Lorsque le spectateur et son personnage déchiffrent enfin la structure narrative du film, en écho à la calligraphie non linéaire des aliens, l’émotion atteint son paroxysme. Ce message d’unité et de résilience fait de Premier Contact un film qui récompense son public et défie ses attentes.

Louise Banks (Amy Adams) et Ian Donnelly (Jeremy Renner) unis face à l'indescriptible
Louise Banks (Amy Adams) et Ian Donnelly (Jeremy Renner) unis face à l’indescriptible

Pour un film axé sur la communication, Premier Contact est étonnamment avare en dialogues. Villeneuve raconte une grande partie de l’histoire visuellement, ou à travers les sonorités immersives de la partition de Jóhannsson. Il rend accessibles des théories abstraites comme la relativité linguistique (qui soutient que notre perception du monde dépend de notre langage) sans recourir à de longues explications scientifiques. Il parvient même à nous les faire ressentir, notamment grâce à la performance d’Amy Adams. Son visage pâle devient le reflet d’émotions contradictoires, transformant la douceur et le calme en qualités héroïques. Son personnage, à la fois courageux et gracieux, est bouleversant face au poids de ses décisions. Elle est tout simplement fantastique, soutenue par un Jeremy Renner impeccable de sobriété et de chaleur humaine.

Conclusion : Expérience de S.F cérébrale, sensorielle et émotionnelle d’une puissance inégalée cette année, ambitieux dans sa conception et extraordinaire dans son exécution Premier Contact est un film que l’on aime partager mais qu’on garde avec soi. Un grand film.

Ma note : A

Premier Contact de Denis Villeneuve (sortie le 07/12/2016)

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