Sicario [Critique] mortelles frontiéres

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Après un duo de film avec Jake Gyllenhaal (Prisoners et Enemy) le québécois Dennis Villeneuve plonge un trio d’acteurs trois étoiles dans les arcanes et les ambiguïtés de la guerre contre les cartels de la drogue au Mexique. A nouveau éclairé par le grand Roger Deakins (Skyfall) son Sicario peut il se rivaliser avec les classiques du genre ?

Synopsis : Dans la zone frontalière anarchique qui s'étire  entre les Etats-Unis et le Mexique, une agent du FBI idéaliste [Emily Blunt] est enrôlée par un agent gouvernemental [Josh Brolin] pour rejoindre une task force d'élite qui participe  à la guerre menée contre les cartels de la drogue. Guidée par un consultant énigmatique au  passé douteux [Benicio Del Toro], l'équipe se lance dans une opération clandestine qui va amener Kate à remettre en question toute ses convictions.

Dennis Villeneuve bâti son film autour de grandes séquences ou il fait lentement monter une tension qui devient étouffante jusqu’à la libération d’une violence sèche qui frappe par rafales. Il alterne avec des moments naturalistes ou il capture des instants de la vie quotidienne des habitants pris dans cette guerre. Même si il s’attache à l’authenticité nous montrant  les rouages de l’opération il y a toujours chez Villeneuve un aspect fantasmagorique renforcé par les jeux de lumière magnifique de Roger Deakins dont les compositions en scope, souvent filmées comme depuis la perche d’un satellite imaginaire, soulignent le paysage presque extra-terrestre qui sépare El Paso et de Juarez.

Le cadre de la frontière américano-mexicaine n’est pas anodin, c’est la métaphore de celle qui sépare le bien du mal et des barrières morales et éthiques que va devoir  franchir le personnage de Kate.

Dés sa première incursion en territoire mexicain dans une séquence incroyable ou l’on découvre la ville de Juarez capitale du crime telle une extension de l’enfer sur terre,  elle bascule dans un univers ou les lois qu’elle est censé défendre cessent de s’appliquer. Ce coté irréel et symbolique atteint son paroxysme lors d’une scène nocturne ou Kate pénètre un tunnel utilisé par les narcos au bout duquel elle va faire face à la vraie nature de sa mission. Villeneuve et Deakins y font  l’un des meilleurs usages du combo vision de nuit – vision thermique que je trouve souvent agaçant au cinéma mais qui ici accentue l’horreur de la situation.

Sicario - photo
Kate Macer (Emily Blunt), Matt ( Josh Brolin) et Alejandro (Benicio Del Toro) dans les coulisses de la guerre à la drogue

C’est au travers du regard de Kate, que le spectateur entre dans l’univers de Sicario , Emily Blunt lui apporte un parfait équilibre, comme dans Edge of Tomorrow, entre force et  fragilité. Quand débute le film elle semble perdue dans sa propre vie, mal remise d’un divorce, déçue par le manque de résultats concrets de son travail  elle aspire à lui donner un sens. Cette aspiration  la pousse à accepter l’offre de Matt qui  lui fera pourtant perdre ses derniers illusions. Une performance poignante.

Josh Brolin, un acteur qui a pris à mes yeux une envergure incroyable, apporte son charisme  à cet agent gouvernemental qui cache derrière ses manières décontractées de « dude » – d’humeur toujours joviale il assiste a des réunions en tongs  –  un manipulateur représentant l’ambiguïté et le cynisme de la politique américaine dans la région.
Pas de film sur la guerre contre la drogue sans Benicio Del Toro  qui 14 ans après son rôle de policier mexicain dans le  Trafic de Soderbergh (qui lui valu un Oscar)  incarne un énigmatique « consultant » dont on dit qu’il fut procureur  dans une vie antérieure. C’est peu dire qu’avec les années Del Toro a pris de l’épaisseur (au propre comme au figuré)  l’acteur d’origine porto-ricaine par d’infimes variations passe de la menace sourde à une bienveillance protectrice. Il incarne si bien l’ambiguïté que même a la fin du film ou son rôle dans l’orbite trouble de Brolin est dévoilé nous ne sommes pas certain de le connaitre vraiment.

Ce trio majeur est entouré de très solides seconds rôles Daniel Kaluuya en équipier/conscience de Kate , Jeffrey Donovan (Burnt Notice) en partenaire de Brolin, Victor Garber (Alias) en procureur et le toujours intense  Jon Bernthal (Fury , the Walking Dead) qui fait une apparition mémorable.

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Alejandro (Benicio Del Toro) le « consultant » en pleine consultation.

Les pulsations anxiogènes de la partition minimaliste de Jóhann Jóhannsson , l’ambiance sonore du film  et son montage précis apportent une contribution capitale à la tension qu’instaure Villeneuve dont le travail est ici proche de celui d’un Michael Mann.

Seul bémol sur le scénario certes compétent mais trop linéaire dont le message est assez banal. Nous savons que la guerre contre la drogue crée autant de problèmes qu’elle en résous, que la politique US est moralement ambiguë. Si il est efficace il n’atteint pas même le même niveau d’excellence que les autres départements du film.

Conclusion : Sicario est un thriller à l’atmosphère étouffante élevé par la mise en scène de Denis Villeneuve quelque part entre Kathryn Bigelow et Michael Mann, magnifié par la photographie de Roger Deakins et porté par un trio d’acteurs Blunt, Del Toro et Brolin en totale maîtrise.Manque juste un scénario moins conventionnel pour égaler les très grands films.

Ma Note : A-

Sicario de Denis Villeneuve (sortie le 07 /10/2015)

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