Difficile de rester objectif face à Star Wars. Comme tous ceux qui ont découvert l’original en 1977, je porte en moi ce virus que le thème de John Williams réactive instantanément. Je vais néanmoins tenter l’exercice. Rogue One, sorti après le triomphe de The Force Awakens, est le premier film dérivé de la saga. Son but : raconter des histoires indépendantes de la lignée Skywalker, tout en restant ancré dans l’univers Star Wars. L’idée originale, inspirée par le texte déroulant du premier film, vient de John Knoll (ILM). Elle explore comment les Rebelles ont dérobé les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme ultime de l’Empire capable d’anéantir une planète. Trois scénaristes ont transposé ce concept en un « men on a mission » à la Les Canons de Navarrone : Gary Whitta (Le Livre d’Eli), Chris Weitz (Pour un garçon) et Tony Gilroy (Jason Bourne, Michael Clayton), ce dernier appelé en renfort pour réécrire le dernier acte. La réalisation a été confiée à Gareth Edwards (Monsters, Godzilla), fan absolu de la trilogie originale (au point de fêter son 30e anniversaire à Tataouine, lieu de tournage de l’original en Tunisie).
L’imagerie de la Seconde Guerre mondiale, présente dans l’ADN de Star Wars, se retrouve dans Rogue One grâce à une esthétique brute et réaliste, soulignée par la caméra portée à l’épaule de Greig Fraser (Zero Dark Thirty). Le casting, volontairement diversifié, incarne des personnages plus ambigus que ceux de la saga principale. Jyn Erso (Felicity Jones), élevée par le rebelle extrémiste Saw Gerrera (Forest Whitaker), est plus dure et cynique que Luke. Cassian Andor (Diego Luna), espion rebelle qui rappelle les personnages de Han Solo ou Poe Dameron,, n’hésite pas à tuer de sang-froid. K-2SO (Alan Tudyk), droïde sarcastique, apporte une touche d’humour noir. Donnie Yen et Jiang Wen forment un duo efficace, Yen incarnant un moine aveugle sensible à la Force. Bodhi Rook (Riz Ahmed), pilote déserteur, complète l’équipe. Côté Empire, Ben Mendelsohn (Animal Kingdom, Exodus) est excellent en Orson Krennic, officier cruel et ambitieux, rivalisant avec un Grand Moff Tarkin ressuscité numériquement. Mais surtout, Edwards, en quelques scènes iconiques, redonne à Darth Vader sa grandeur, mieux il n’a jamais été aussi effrayant.
Le premier acte, un peu lent, est sauvé par l’immersion dans l’univers visuel de la trilogie originale et l’introduction de nouveaux environnements. Rogue One s’inspire de l’histoire, notamment du Projet Manhattan avec Mads Mikkelsen en Galen Erso, un Robert Oppenheimer galactique. L’obsession nucléaire d’Edwards se manifeste à travers l’Étoile de la Mort et ses champignons atomiques. L’occupation de Jeddah, ville sainte Jedi, évoque les conflits contemporains au Moyen-Orient, avec une rébellion divisée en factions plus ou moins radicales. L’Empire, sous ses atours nazis, reste une métaphore de l’impérialisme américain, cette fois teinté du spectre des guerres d’Irak et d’Afghanistan.
Là où The Force Awakens perdait de son élan dans sa seconde moitié, se reposant sur des structures familières de la saga, Rogue One explose littéralement dans un dernier acte proprement démentiel. Une bataille dantesque se déroule sur les plages et dans l’atmosphère tropicale de la planète Scarif, où nos héros doivent infiltrer une installation top-secrète de l’Empire. AT-AT, Star Destroyers, X-Wing et Death Troopers (les troupes de choc de Krennic) s’engagent dans une orgie visuelle que l’on peut qualifier de « Star Wars Porn ». Les moments glorieux et poignants se succèdent dans cette apothéose, où Gareth Edwards fait preuve d’une maîtrise impressionnante, jouant sur les échelles et les points de vue. Dans ses derniers moments grandioses, Rogue One sort du cadre du « film indépendant » pour se rattacher de manière organique au film original. On quitte la salle avec les étoiles (et peut-être quelques larmes) dans les yeux, comme il y a 39 ans…
Conclusion: Porté par un final dantesque qui le rattache brillamment au film original Rogue One est un spectacle visuellement époustouflant avec une multitude de personnages, mêmes furtifs, tous attachants ou intriguants, des séquences où chaque enjeu dramatique trouve sa place. Le seul Star Wars modernes qui me fait ressentir les émotions de la trilogie originale.
Ma Note : A
