QUEENS (Critique)

On réalise peu à peu combien Les Affranchis de Martin Scorsese son récit d’une ascension et d’une chute entre drame et comédie avec sa narration en voix-off ponctué de standard du Rock n’Roll a quasiment créé un genre en soi. Avec Queens (Hustlers) basé sur un article du New York Magazine de 2015 relatant une escroquerie à grande échelle commises par un groupe de strip-teaseuses new new-yorkaise qui après avoir drogué des traders et PDG clients de leur club, utilisaient leurs cartes de crédit, la scénariste-réalisatrice Lorene Scafaria en livre en quelque sorte une version avec un point de vue féminin.

L’héroïne et narratrice du film Dorothy (Constance Wu) est interviewée par Elizabeth (Julia Stiles) une journaliste travaillant sur une histoire impliquant son ancienne amie et mentor Ramona Vega (Jennifer Lopez). Dorothy en 2007, vit seule avec sa grand-mère et a du mal à joindre les deux bouts en travaillant sous le nom de scène de Destiny, dans un club de strip-tease de Manhattan le « Moves ». Elle est fascinée par la vedette de l’établissement Ramona et l’aisance avec laquelle elle parvient à hypnotiser son public et obtenir de généreux pourboires. Après un échange lors d’une pause cigarettes les deux femmes sympathisent et Ramona accepte de prendre Dorothy sous son aile pour lui enseigner toutes les astuces du métier dans un montage dynamique qui nous fait découvrir ce monde du strip-tease, ses règles et les personnalités qui le peuplent : les clients exigeants, les gérants qui prennent leur pourcentage sur le pourboires . Les deux amies bientôt inséparables vont former une équipe formidable et gagner beaucoup d’argent. Mais en 2008 la crise financière s’abat sur Wall Street, la clientèle ruinée déserte le club et la petite bande se retrouve vite à court d’argent. Dorothy, enceinte quitte son job et fini par perdre de vue Ramona. Peu après la naissance de leur fille son petit-ami l’abandonne. Elle se rend vite compte que son expérience de strip-teaseuse n’est pas forcément un atout pour retrouver un emploi…Une confrontation entre Ramona et un employeur insensible dans le magasin de vêtements où elle a trouvé un job de vendeuse montre que des métiers jugés plus respectables ne sont pas moins humiliants pour les femmes qui les occupent. En désespoir de cause Dorothy retourne au club mais les conditions de travail sont beaucoup plus difficiles et la concurrence de filles venues de l’Est prêtes à plus que de simples danses. Les routes des deux femmes finissent par se croiser à nouveau et Ramona expose son plan à Dorothy : une escroquerie qui consiste à attirer des clients potentiels, riches et mariés, dans le club, les droguer afin de leur faire dépenser de grosses sommes sur lesquelles elles obtiennent un pourcentage, puis leur soutirer carte de crédit et code secret pour vider leur réserve de liquide. Le plan fonctionne d’autant mieux que ces victimes sont trop embarrassées pour porter plainte. Elles forment bientôt une véritable équipe avec d’autres ex-collègues Mercedes (Keke Palmer) et Annabelle (Lili Reinhart) une strip-teaseuse qui vomit de manière incontrôlée quand elle est soumise au stress (une version féminine du personnage de Dominique Faruggia dans la cité de la Peur en quelque sorte ). L’argent coule à flot mais bientôt la cupidité d’une des membres de la bande va mettre en péril leur combine…

Derrière son histoire d’arnaque et l’exploration du monde de la nuit new-yorkaise Queens est avant tout une histoire d’amitié entre deux femmes qui luttent pour leur indépendance dans un contexte économique difficile. Le film de Lorene Scafaria est quasiment à 100% féminin, les relations importantes ont lieu entre mères et filles ou entre mères et filles de substitution, les personnages masculins essentiellement les victimes de la bande ne sont que des silhouettes Malgré les tensions qui émergent et les trahisons, le film célèbre la solidarité et la camaraderie , pas uniquement féminine, mais aussi celle qui existe entre ceux qui se trouvent au bas de l’échelle sociale. On voit bien ce qui a pu attirer vers le projet Adam McKay (qui produit le film aux cotés de Will Ferrell et J-Lo) son message social fort sur les conséquences des excès du capitalisme financier fait écho à celui de The Big Short dont Queens est un parfait complément. Queens rappelle à notre souvenir que Jennifer Lopez est une excellente comédienne (on se souvient de son rôle dans Hors d’atteinte de Soderbergh ou The Cell de Tarseem Singh) que son statut de pop-star , proie des paparazzis a progressivement fait oublier. Elle a l’intelligence de composer un personnage qui n’est pas si éloigné en apparence de sa personnalité publique de « Jenny from the block », Ramona comme elle vient du Bronx, adore le bling et est une vraie star dans son domaine comme en atteste le spectaculaire numéro de pole dance qui ouvre le film.Réalisé sans doublure (Lopez s’est entraîné plus de deux mois pour cette séquence) la scène met en valeur le physique incroyable de l’actrice-chanteuse de 51 ans. Cette entrée en matière permet au spectateur d’accepter complètement la star dans ce rôle et laisse ensuite la comédienne développer un vrai personnage complexe et nuancé. Ramona est à toute à la fois charismatique, manipulatrice, imprévisible, tendre et redoutable. C’est une version au féminin des personnages de mentor troubles comme ceux de Robert DeNiro dans Goodfellas ou Denzel Washington dans Training Day. Sans être le personnage principal la présence hypnotique de J-Lo domine l’écran du début à la fin tout en restant assez insaisissable, pour rendre crédible l’idéalisation qu’en fait le personnage de Dorothy. C’est à Constance Wu (Crazy Rich Asians) que revient la charge d’incarner ce personnage de femme intelligente et ambitieuse plus sensible que sa comparse qui est le cœur émotionnel du film. Elle est comme narratrice notre porte d’entrée dans cet univers. Qu’elle « cuisine » de la drogue, feigne des pleurs à l’extérieur d’un service des urgences ou évoque son passé criminel avec la journaliste incarné par Julia Stiles, Wu est toujours crédible. On retiendra une scène où elle accompagne sa fille à l’école en tenue de strip-teaseuse sous le regard accusateur des parents d’élèves filmé comme un perp-walk.

Conclusion : Queens est un Goodfellas du strip-tease 100% féminin où la musique de club remplace les Rolling stones. Plutôt bien foutu (désolé) drôle et efficace avec un casting dominé par une Jennifer Lopez charismatique.

Ma Note : B

Queens (Hustlers) de Lorene Scafaria (sortie le 16/10/2019)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.