HALLOWEEN KILLS (Critique)

Nous pensions que la conclusion du Halloween de 2018  legacyquel (pour Legacy Sequel – « suites de patrimoine » terme qualifiant la suite d’un classique qui se déroule  dans le même univers  avec les mêmes acteurs tout en utilisant le temps écoulé pour présenter la franchise à une nouvelle génération)  du classique de John Carpenter signé  David Gordon Green (Joe) avait apporté une fin définitive au premier des  boogeyman Michael Myers  livré aux flammes qui dévoraient le théâtre de ses premiers meurtres par  trois générations de Strode Laurie  (Jamie Lee Curtis) la plus célèbre des Final Girls du cinéma d’horreur , sa fille Karen (Judy Greer) et sa petite-fille Allyson (Andi Matichak).  Mais comme par le passé, le succès de l’entreprise poussent ses producteurs, ici Jason Blum le pape de l’horreur associé à Malek Akkad (fils de Moustapha Akkad producteur historique de la franchise) avec la bénédiction de  John Carpenter lui-même , qui signe à nouveau aux cotés de son fils Cody  la musique de ce second volet à  ressusciter l’increvable assassin au masque blanc (inspiré du visage de William Shatner le capitaine Kirk de Star Trek ) non pas pour une mais deux suite : Halloween Kills et Halloween Ends. Halloween (2018) qui se posait en suite unique du film de Carpenter ignorant les neuf autres incarnations de la licence,  avait suivi la voie de James Cameron pour T2 (bouclant ainsi la boucle puisque le film de Carpenter est une inspiration majeure du premier Terminator) celle d’une suite/remake qui, tout en adhérant à la structure et aux situations de l’original transformait son héroïne Laurie Strode en survivaliste marginalisée par sa communauté et sa famille ne vivant que pour se préparer à une nouvelle confrontation avec Myers.  Le film se doublait ainsi d’une métaphore des violences faites aux femmes à travers les trois générations affectées par Myers.

Halloween Kills s’ouvre sur un flashback se déroulant après  l’Halloween de 1978 qui en recontextualise certains événements pour les aligner avec la continuité  alternative du film de 2018 ou au lieu de disparaitre après sa chute par la fenêtre sous les balles du Docteur Loomis, Michael avait été arrêté et interné durant 40 ans dans l’asile d’où il s’échappait au début du précédent. Ce que réussit  Gordon sur le plan technique pour reproduire le grain de l’image,  l’ambiance de l’original et ramener certains de ses protagonistes sans faire usage d’effets numériques est assez incroyable. Puis le film reprend exactement où s’arrêtait le film précédent  et selon le modèle défini par Halloween II , la première suite du film de Carpenter de 1981 (qui n’existe plus dans cette continuité). se déroule  en grande partie durant la même nuit,  Karen  et Allyson  emmènent Laurie  blessée à l’hôpital, tandis que la maison de Laurie brûle avec Michael Myers piégé à l’intérieur. Lorsque elles passent devant les camions de pompiers en route pour éteindre l’incendie, Laurie crie pour  les supplier de « le laisser brûler ». Bien sûr, ils ne le font pas, Michael s’échappe des flammes  et le déchaînement meurtrier continue. Il  massacre les premiers secours avant de passer aux voisins, aux passants et à tous ceux qui croisent sa route.  Alors que la rumeur du retour de Myers commence à se répandre dans Haddonfield, Tommy Doyle (l’enfant gardé par Laurie dans le film de Carpenter) incarné ici par Anthony Michael Hall , ancien pensionnaire du cinéma de John Hughes qui a formé un groupe informel de « survivants de Michael Myers » avec Lindsey Wallace (la petite fille gardée par le personnage d’Annie dans le film original, jouée par l’actrice originale Kyle Richards), Marion Chambers (l’infirmière assistante du  Dr Loomis, jouée par le l’actrice originale Nancy Stephens) et Lonnie Elam (Robert Longstreet), qui s’est retrouvé face à face avec Michael en 1978  rassemblent les habitants de la ville, parmi lesquels Charles Cyphers qui reprend  le rôle du sheriff  Leigh Brackett devenu agent de sécurité pour traquer Michael et mettre un terme à ses crimes une fois pour toutes.

Si Laurie Strode était au centre du précédent ,  le personnage toujours incarné par Jamie Lee Curtis est mis  au second plan (ironiquement comme dans le Halloween II de Rick Rosenthal elle passe une grande  du film à l’hôpital d’Haddonfield Memorial) car avec ce nouveau volet David Gordon Green et ses coscénaristes Danny McBride (Kenny Powers, Délire Express) et Scott Teems  (le prochain remake de Charlie) déplacent le centre de gravité de l’histoire vers les habitants d’ Haddonfield étendant la thématique du traumatisme générationnel à toute une communauté. Halloween Kills reconnaît la marque que laisse dans la psyché de toute une ville les crimes de Myers, même s’il reste pour beaucoup  qu’une légende urbaine.  Si Laurie blessée déserte la ligne de front, Allyson et Karen gèrent  conséquences du premier film. Judy Greer et Andi Malichak  ont toutes deux beaucoup à faire ici, Greer en particulier  a la tâche difficile de composer un personnage qui doit gérer la perte de son époux , la prise de conscience que sa mère avait raison tout en restant rester fidèle à sa personnalité humaniste. C’est une belle interprétation et les moments qu’elle partage avec Jamie Lee sont crédibles.  Il n’y a pas à proprement parlé d’intrigue dans Halloween Kills : Michael Myers échappe aux flammes et continue de massacrer les habitants de Haddonfield.  La structure narrative d’Halloween Kills en abandonnant  celle du film de Carpenter est moins rigoureuse, sa thématique plus  complexe à incarner et il  y a quelque chose qui sonne faux  et parfois même ridicule dans certains dialogues, surtout au début du film. Mais David Gordon Green compense tout cela en donnant à son film un rythme implacable et une générosité roborative dans l’horreur. Si le premier volet était un hommage miroir à l’œuvre de John Carpenter  Gordon Green semble vouloir faire ici  la  synthèse de toutes ses suites, reprenant certains éléments de celles-ci , la brutalité de la version Rob Zombie, l’aspect surnaturel des volets 4 et 5 et il fait même un clin d’œil à Halloween III Le Sang du Sorcier  unique suite en dehors du cycle de Michael Myers.

L’intrigue autour des habitants de Haddonfield  qui décident de traquer le tueur, fatigués de vivre dans la terreur est innovante pour un slasher , l’action collective leur donne la force du nombre contre un adversaire qui s’attaque aux isolés mais cette solidarité peut rapidement tourner en phénomène de meute. Le script ne décide jamais complètement si il doit la  condamner ou  la célébrer, même si la vision de la  foule vengeresse d’Haddonfield  qui prend d’assaut l’hôpital , scandant « Le mal meurt ce soir! » alors qu’ils poursuivent  un innocent – la mort la plus bouleversante du film- évoque les hordes attaquant  le Capitole en janvier 2021. David Gordon Green tente une allégorie politique des  Américains ordinaires qui deviennent des brutes  sous l’influence d’une haine collective mais elle est trop superficielle pour être vraiment marquante.  Cette suite introduit néanmoins un concept intéressant dans la franchise , si Laurie a passé 40 ans à croire qu’elle était la cible  principale de  Michael Myers on réalise qu’elle est non seulement pas la seule mais que dans l’esprit de Michael, elle n’a sans doute pas de spécificité, Myers cherche juste à tuer tout et n’importe quoi se dresse sur son chemin vers un objectif qu’on découvre ici. En mettant ce fait en lumière, alors que l’actrice et son personnage sont bien présents dans le film et non pas par défaut, Halloween Kills  réinitialise en partie les règles du jeu de la franchise la décorrélant de l’affrontement Laurie / Myers.

Halloween Kills réinstalle définitivement The Shape (la forme) le petit nom donné par ses fans à Michael Myers, toujours incarné  par James Jude Courtney et pour quelques séquences qui marqueront les fans de l’original , son interprète original Nick Castle au sommet du palmarès des slashers cinématographiques les plus meurtriers. Là où le précédent volet semblait écarter l’aspect surnaturel du personnage Hallowen Kills l’embrasse sans aucune ambiguïté, massif, monolithique, il est quasiment indestructible  à la manière d’un Jason Voorhees ou d’un Terminator. Le film de 2018  malgré quelques éclats de violence spectaculaires reposait comme l’original  sur la tension et la peur, cette suite est un véritable déchainement d’horreur graphique qui comptent les meurtres les plus choquants et les plus dérangeants de toute la franchise. Là où  le film original  coupait au moment même  où Michael prenait le dessus sur ses victimes et ne révélaient que les conséquences du crime, Halloween Kills montre frontalement la violence, cruelle, ciblée et méthodique. Là où il semblait indifférent  Michael Myers est ici vraiment inhumain, une séquence à la fois cruelle et drôle le voit essayer plusieurs couteaux de cuisine sur une pauvre victime avant de trouver le bon « outil ». Mais la façon dont Green s’attarde sur sa barbarie , y compris sur les cadavres suppliciés des victimes du film précédent vide ses séquences d’un frisson bon marché au détriment de la vie humaine. Le réalisateur s’arrête même  pour donner du poids à ces morts , comme lorsqu’une mère aperçoit son fils dans une morgue, ou lorsque  Karen  lave le sang de son mari de son alliance. Ce qui distingue Hallowen Kills  de toutes les suites de la franchise, c’est le soin apporté sur le plan technique, ce nouveau Halloween est le film le plus magnifiquement conçu depuis l’original, la photographie chaude de Michael Simmonds (Nerve) bien qu’elle soit clairement moderne, évoque le style original de Dean Cundey. Les décors de Richard A. Wright (Mud – Sur les rives du Mississippi ) sont impeccables. Le montage de Timothy Alverson vétéran du fantastique (Esther) et de l’action (Sans identité) contribue à l’impact des méfaits de Myers. La nouvelle partition de Carpenter et de sa famille  élargi légèrement sa palette , en particulier grâce à un son de guitare extrêmement lourd tout en gardant la terreur métronomique du thème classique. Enfin si le film assure la transition vers le chapitre final Halloween Ends  il le fait avec un nouveau status-quo si radical qu’on se demande bien dans quelles conditions va s’achever la trilogie en  octobre 2022.

Conclusion : Les suites d’horreur, en particulier suite à un reboot, constituent un exercice délicat dans lequel Halloween Kills le fait en honorant l’original comme un compagnon convaincant du matériel.

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