LES GARDIENS DE LA GALAXIE Volume 3 (2023)

Une éternité semble s’être écoulée depuis Les Gardiens de la Galaxie 2, et ce troisième opus, à nouveau écrit et réalisé par James Gunn (Super, Slither), nous rappelle la singularité de sa narration, où humour, émotion et musique s’entremêlent pour établir l’univers cinématographique Marvel tel que nous le connaissons. Après avoir été viré par Disney en raison de propos anciens remontant à la surface, Gunn a été réintégré pour clore cette trilogie, un retour salutaire. Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3 sera néanmoins le chant du cygne du cinéaste chez Marvel Studios, car il a récemment accepté de rejoindre Warner Bros. Discovery (où il a réalisé The Suicide Squad et la série Peacemaker) en tant que co-président de DC Studios aux côtés du producteur Peter Safran. Depuis son exil forcé, Gunn semble avoir franchi un cap, car rares sont les réalisateurs capables de gérer des films aussi massifs sans être écrasés par la machine, tout en écrivant des scénarios touchants et spectaculaires. Dans ce nouveau volume, le « créateur » de Rocket (doublé par Bradley Cooper, A Star is Born, American Sniper) doit faire face à High Evolutionary (interprété par Chukwudi Iwuji, The Peacemaker), un super scientifique fou de pouvoir qui envoie Adam Warlock (joué par Will Poulter, Detroit, The Revenant), le « fils » de la méchante du précédent volet Ayesha (interprétée par Elizabeth Debicki, The Night Manager, Tenet), sur Knowhere, la base des Gardiens. Son objectif est de récupérer Rocket, la clé de ses plans pour créer une nouvelle race peuplant le cosmos. Bien que nos héros repoussent Warlock, Rocket est gravement blessé lors de la bataille. Pour le sauver, ils doivent infiltrer l’une des bases du méchant et dérober ses secrets, tandis que des flashbacks révèlent l’origine déchirante de Rocket.

Le scénario, achevé au moment du licenciement de Gunn par Disney, ne fait que renforcer les enjeux du film, où les Gardiens tentent de sauver l’un des leurs des griffes d’une corporation maléfique exploitant des animaux anthropomorphes. Ce mélange adroit de comédie, d’émotion et d’action permet à l’histoire de progresser sans jamais sacrifier ses enjeux ou ses personnages. L’humour et l’émotion se combinent parfois presque dans un même échange, et le film, en explorant les origines de Rocket, se révèle étonnamment poignant et même sombre. La cruauté envers les animaux est traitée avec sérieux, ce qui donne au film une dimension profondément humaniste. Les Gardiens de la Galaxie Volume 3 trouve ainsi son équilibre entre des moments sombres et dramatiques et d’autres plus légers ou enthousiasmants. Les performances des acteurs sont essentielles à la réussite de ce dispositif, et chaque personnage a son moment pour briller. Bradley Cooper, en Rocket Raccoon, apporte une grande sincérité dans les moments dramatiques, tandis que Chris Pratt (Jurassic World, Passengers) se montre authentique et convaincant. La Gamora interprétée par Zoe Saldana (Avatar, Star Trek) est une version alternative de celle des précédents films (elle est morte dans Infinity War), lui offrant ainsi l’occasion de jouer une partition plus agressive et comique. Dave Bautista (Dune, Blade Runner 2049) continue de montrer un timing comique impeccable, tout en explorant un registre plus affectueux. Pom Klementieff (Oldboy, Mission: Impossible – Fallout) a aussi l’opportunité de donner plus de profondeur à son personnage tout en conservant sa naïveté. Karen Gillan (Doctor Who, Jumanji) parvient à humaniser son personnage de Nebula. La familiarité que nous avons avec ces personnages et l’entente palpable entre ces acteurs, qui se côtoient depuis dix ans, élèvent les enjeux et l’émotion.Le film sert aussi d’introduction pour le personnage d’Adam Warlock, dont l’arrivée était teasée à la fin du précédent volet. Il apparaît ici comme un antagoniste secondaire, à la fois homme de main et ressort comique, utilisé par Gunn pour lancer l’intrigue, mais son rôle reste accessoire. Beaucoup de spectateurs seront sans doute déçus de ne pas le voir occuper une place plus centrale, mais Will Poulter parvient néanmoins à tirer le meilleur de la situation, rendant son personnage attachant en peu de temps. Son introduction et son premier affrontement avec les Gardiens donnent un aperçu de ce que pourrait être le Superman Legacy de James Gunn. Le High Evolutionary est sans doute le méchant le plus détestable du MCU. Alors que l’on pouvait comprendre les motivations de Thanos, Killmonger ou Namor, ce scientifique mégalomane et eugéniste s’avère être un adversaire haïssable. Chukwudi Iwuji réussit à transmettre l’intensité maniaque et la folie du personnage, même s’il manque d’envergure physique pour rivaliser avec Thanos.

Les Gardiens de la Galaxie Volume 3 est un grand spectacle, visuellement abouti. Gunn ponctue chaque étape de son histoire de séquences spectaculaires, chacune ayant sa propre identité, pleine d’innovations et de gags visuels. Parmi ces moments mémorables, on trouve une infiltration dans une station spatiale organique, qui évoque une influence de la science-fiction italienne, ainsi qu’une évasion d’une planète menacée d’autodestruction. On déplore souvent l’étalonnage uniforme des films Marvel, mais le directeur de la photographie britannique Henry Braham (The Suicide Squad, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2) impose sa patte, donnant au film une texture et une identité distincte, oscillant entre des couleurs vives et psychédéliques et des images sombres et poisseuses. La direction artistique de Beth Mickle (The Suicide Squad) est foisonnante, offrant une grande variété d’atmosphères et de styles.Le film, bien que dense et parfois trop long, maintient un rythme nécessaire grâce au montage de Fred Raskin (Les Gardiens de la Galaxie, Django Unchained) et Greg Dauria (Bone Tomahawk, la série Peacemaker). Bien que la qualité des effets visuels ait diminué en raison de la forte demande, les effets de Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3 sont très aboutis, combinant diverses techniques : maquillages spéciaux, effets visuels devant la caméra et personnages en performance capture, sans jamais perturber la suspension d’incrédulité. Le travail sur le personnage de Rocket réussit à garder un aspect animal photoréaliste tout en lui insufflant des attitudes humaines, ce qui permet à Bradley Cooper de briller dans son rôle.

James Gunn compose des scènes d’action galvanisantes, notamment une bataille dans un couloir, en plan-séquence, qui serait fière de son homologue dans Daredevil. Il repousse souvent les limites de la classification PG-13, avec des morts violentes et une ambiance presque horrifique lors des flashbacks sur l’origine de Rocket ou avec des créatures hybrides entre animaux et machines. Ce qui rend ses films uniques, c’est qu’ils sont avant tout des œuvres de science-fiction se déroulant dans l’univers Marvel, plutôt que de simples films de super-héros. Ils peuvent ainsi être déconnectés du reste de la continuité du MCU, tout en restant ancrés dans leurs racines, Gunn ayant toujours à cœur d’explorer des personnages obscurs du canon, comme ici les Recorders, pour enrichir sa vision cosmique du MCU. Les Gardiens de la Galaxie Volume 3 propose l’un des meilleurs climax des films du studio, une séquence titanesque rendant justice aux planches les plus cosmiques des comic books. Gunn parvient à offrir quelque chose de rare dans le cinéma de divertissement moderne : une conclusion à sa trilogie qui est à la fois satisfaisante sur le plan narratif et émotionnel, tout en semblant naturelle.

Conclusion : James Gunn quitte Marvel Studios par la grande porte avec Les Gardiens de la Galaxie Volume 3. Ce grand spectacle, bien que imparfait, se révèle visuellement et thématiquement riche, alternant habilement entre moments d’humour, d’action et d’émotion. Au final, le film propose une conclusion très satisfaisante à cette trilogie.

Ma Note : A-

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