MICKEY 17 (2025)

Mickey 17 démarre sous les meilleurs auspices : une facture visuelle impeccable, un design soigné et une mise en scène léchée qui témoignent du savoir-faire technique de Bong Joon-ho (Parasite, Snowpiercer). Dès les premières minutes, l’univers futuriste du film séduit par son esthétique travaillée et sa direction artistique inspirée, soutenue par la superbe photographie de Darius Khondji (Se7en, Uncut Gems), dont le retour dans une grosse production SF est une belle surprise. Pourtant, une fois l’effet de découverte passé, le film révèle peu à peu ses failles, jusqu’à s’effondrer sous le poids de ses propres ambitions. Ce qui aurait pu être une brillante fusion entre comédie, science-fiction et satire politique devient rapidement un exercice de style laborieux, où chaque élément semble en contradiction avec l’autre. La première partie du film installe pourtant un concept intrigant : celui de la main-d’œuvre jetable, métaphore à peine voilée de l’exploitation capitaliste à son stade le plus avancé. On y découvre une micro-société rigide, hiérarchisée, dans laquelle le personnage principal est condamné à mourir et renaître indéfiniment. L’univers est riche, les effets spéciaux de qualité et le world-building convaincant… mais tout cela ne tarde pas à être sacrifié sur l’autel d’une satire forcée et caricaturale.

Là où Mickey 17 aurait pu exploiter pleinement la puissance de son concept pour construire une critique fine et percutante, il préfère s’égarer dans une satire SF hystérique qui semble ne jamais savoir sur quel pied danser. L’humour est trop appuyé pour que l’aspect dramatique fonctionne, la SF est sous-exploitée au profit de gags trop insistants, et la critique politique se veut mordante mais tombe dans l’excès au point de paraître simpliste. Bong Joon-ho (Memories of Murder, The Host), qui avait su manier ces éléments avec brio dans Parasite, semble ici avoir perdu son équilibre, enchaînant les idées sans jamais leur donner la cohérence nécessaire. Le problème principal du film repose aussi sur son acteur principal. Robert Pattinson (The Batman, Good Time) est un comédien talentueux, et son désir d’expérimenter différents registres est louable. Mais trop d’idiosyncrasies tuent l’idiosyncrasie. À force de modifier constamment sa voix, son apparence et son jeu, il ne parvient jamais à créer un véritable ancrage émotionnel pour le spectateur. Or, dans un film comme celui-ci, où tout repose sur le rapport du public à son personnage principal (ou plutôt à ses multiples incarnations), cet ancrage est essentiel. Pattinson joue à la fois trop et pas assez : il oscille entre une excentricité caricaturale et une distance qui empêche toute empathie. Il aurait pu à se livrer à une telle performance dans un second rôle mais ce n’est pas ce qu’on lui demande ici.

Et c’est là un autre problème du film : la direction des acteurs. Qui peut encore penser en 2025 que le style de jeu de Toni Collette (Hérédité, The Sixth Sense) et Mark Ruffalo (Zodiac, Spotlight) dans ce film peut faire rire ou impressionner ? Ces deux comédiens, pourtant talentueux, semblent prisonniers d’un cabotinage permanent qui frôle la parodie involontaire. Naomi Ackie (I Wanna Dance with Somebody, Star Wars: The Rise of Skywalker), en revanche, s’en sort bien et parvient à donner de l’épaisseur à son personnage, mais elle est la seule à surnager dans ce naufrage narratif. Le scénario, qui s’annonçait prometteur, finit par partir dans tous les sens, se perdant dans un long milieu interminable où le film semble ne plus savoir quoi raconter. Après une première partie maîtrisée, qui posait des bases solides, on assiste à une dérive où la narration se délite, où les enjeux deviennent flous et où les personnages peinent à exister au-delà de leur fonction symbolique. Finalement, Mickey 17 choisit de se recentrer sur une satire de l’impérialisme d’une lourdeur extrême, hystérique et si grossière qu’on peine à croire qu’elle est au premier degré.

On imagine alors Bong Joon-ho (Okja, Mother) et son équipe se laissant aller à une autosatisfaction excessive, convaincus du génie de leur entreprise sans prendre le recul nécessaire pour affiner le scénario et le montage. L’ensemble donne l’impression d’un film conçu dans un climat de flagornerie, où personne n’a osé remettre en question les excès du réalisateur. En résulte un film bancal, qui semble avoir été écrit avec la certitude que Donald Trump allait perdre l’élection, et qui s’effondre en essayant de capitaliser sur un message politique déjà dépassé. Mickey 17 ne peut même pas servir d’exutoire à la défaite de « l’agent Orange », tant il se montre maladroit jusqu’à sa dernière scène.

Conclusion : En définitive, Mickey 17 est un film frustrant qui échoue à trouver son équilibre entre science-fiction, satire politique et comédie. Techniquement irréprochable grâce à la photographie de Darius Khondji et un design soigné, il souffre pourtant d’un scénario qui se délite, d’un humour trop appuyé et d’une direction d’acteurs maladroite. Après une première partie prometteuse, le film s’égare dans une satire forcée et hystérique qui manque de subtilité. Mickey 17 tente un mélange entre Multiplicity et Starship Troopers, mais ne parvient jamais à atteindre la puissance de ses modèles. On ne peut que regretter que Robert Pattinson ne soit pas Michael Keaton et que Bong Joon-ho ne soit pas Paul Verhoeven.

Ma Note : C-

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