SPIDER-MAN (2002)

Après des décennies d’imbroglios juridiques qui ont vu les droits d’adaptation passer de main en main – de Cannon Films à Carolco, en passant par la faillite de Marvel en 1996 –, Spider-Man explose enfin sur les écrans en 2002, marquant l’avènement du blockbuster super-héroïque moderne. Réalisé par Sam Raimi (Evil Dead, Darkman) et scénarisé par David Koepp (Jurassic Park, Mission: Impossible, 1996), ce film ne se contente pas de transposer fidèlement les comics de Stan Lee et Steve Ditko : il injecte une énergie cinématographique débridée et une profondeur émotionnelle qui élève l’adaptation au rang d’œuvre fondatrice. Avec un budget de 139 millions de dollars, il rapportera plus de 825 millions dans le monde, devenant le premier film à dépasser les 100 millions lors de son week-end d’ouverture – un record qui propulsera le genre vers son âge d’or.

Le développement de Spider-Man fut un vrai parcours du combattant. Dès les années 1980, les droits sont acquis par Cannon, puis revendus à Carolco après une série de procès. James Cameron s’y attelle brièvement dans les années 1990, imaginant une version sombre avec des toiles organiques (un élément conservé dans le film final). Mais c’est la faillite de Marvel qui force la vente aux enchères : Columbia Pictures (Sony) rafle la mise pour 7 millions en 1999. Sam Raimi, fan de comics et maître de l’horreur low-budget, est choisi pour insuffler une touche personnelle. Inspiré par les origin stories classiques, il accélère le projet avec Koepp, livrant un script qui modernise le héros. Ce chaos créatif, loin d’être un frein, forge un film qui résonne avec l’air du temps : un ado ordinaire face à des responsabilités écrasantes.

Impossible d’évoquer Spider-Man sans saluer l’ombre tutélaire de Superman (1978) de Richard Donner, qui posa les bases du genre : un héros humanisé, un mélange de drame, d’action et d’humour, une origin story épique. Comme Clark Kent, Peter Parker est un jeune banal aux prises avec l’amour, la famille et l’identité. Le mantra « Avec un grand pouvoir viennent de grandes responsabilités » – popularisé ici – fait écho à la quête morale de Kal-El. Raimi puise aussi dans les comics originaux de Lee et Ditko (1962), mais ajoute des influences B-movie : l’énergie pulp d’Evil Dead, le suspense hitchcockien. Des genres comme le teen movie (Breakfast Club) et le mélodrame familial imprègnent les relations, tandis que les mouvements artistiques pop-art des comics influencent les couleurs vives et les cadres dynamiques. Ce cocktail rend le film accessible au plus grand nombre.

Raimi aborde la narration visuelle avec un sens du spectacle viscéral, héritier de son passé horrifique. Caméra fluide, transitions audacieuses et POV subjectifs capturent l’essence acrobatique de Spidey : les séquences de swing entre gratte-ciels, filmées avec des angles innovants et du ralenti, font palpiter le vertige. New York n’est pas un décor, mais un protagoniste vivant – ses canyons urbains amplifient les luttes internes de Peter. Les toiles organiques (inspirées de Cameron) pour plus de réalisme organique, et un CGI révolutionnaire (par Sony Imageworks) qui rend les vols crédibles. Comparé à Donner, Raimi transforme la ville en miroir des tourments héroïques, mêlant grandeur et danger. Cette approche énergique, humanise le super-héros tout en livrant du grand spectacle.

Pour Raimi, Spider-Man est un pivot : après l’horreur indie (Evil Dead) et des drames intimistes (A Simple Plan), il accède au blockbuster sans trahir son style. Il jongle drame, humour et horreur subtile (la transformation du Goblin), posant les bases d’une trilogie lucrative. C’est son premier vrai hit mainstream, prouvant qu’il excelle dans le spectacle tout en explorant la moralité – un thème récurrent chez lui. Koepp, maître des scripts popcorn (Jurassic Park), distille l’essence de Parker : voix authentique, dilemmes universels (responsabilité, sacrifice). Il équilibre action, comédie et romance, ancrant le héros dans le réel. Leur duo modernise les comics, fondant une franchise emblématique qui influencera Raimi jusqu’à Doctor Strange in the Multiverse of Madness (2022).

Tobey Maguire incarne Peter avec une vulnérabilité touchante : l’ado maladroit devient héros accessible. Kirsten Dunst (Eternal Sunshine) élève Mary Jane en figure forte et émotive, leur chimie illuminant la romance. Willem Dafoe (The Lighthouse) vole la vedette en Norman Osborn/Green Goblin : folie charismatique, dualité terrifiante – malgré un costume qui masque ses expressions. James Franco (127 Hours) nuance Harry Osborn, teasant des conflits futurs. Ce casting, donne profondeur aux archétypes, rendant les enjeux personnels palpables.

Bob Murawski et Eric Hood (collaborateurs récurrents de Raimi) calibrent un rythme impeccable : coupes rapides dans les combats pour une tension explosive, transitions lentes pour les dilemmes émotionnels. Le film alterne action palpitante et développement introspectif, maintenant l’engagement sur 121 minutes. Ce montage influence la narration en soulignant le coût des pouvoirs – les séquences de découverte (Peter testant ses toiles) sont hachées pour refléter le chaos intérieur. Il évite les lourdeurs, contribuant à l’immersion.

Danny Elfman (Batman) livre une partition iconique : thèmes héroïques tonitruants pour Spidey, motifs malevolents pour le Goblin, et un motif de la responsabilité poignant pour Peter. Mélange d’orchestre traditionnel, percussions ethniques (inspirées d’un séjour en Afrique) et éléments électroniques, elle oscille entre adrénaline et solitude. Le main title, épique et mélancolique, capture l’essence du héros.

Couleurs primaires vibrantes, décors urbains iconiques, costumes détaillés (par James Acheson) : le rouge-bleu de Spidey évoque les comics. Spider-Man redéfinit le genre : succès critique/commercial, il ouvre la voie au MCU, prouvant que les adaptations peuvent être profondes et lucratives. Hommage aux comics, il touche fans et néophytes via humour, action et thèmes universels. Vingt ans plus tard, il inspire toujours.

Conclusion : Mise en scène virtuose de Raimi, casting magistral, bande-son mémorable d’Elfman : Spider-Man transcende les attentes, influencé par Superman tout en traçant la route vers l’âge d’or super-héroïque. Un pilier qui continue d’inspirer

Ma Note : A

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.