SUPERMAN (Critique)

Nous sommes dans les années 70 et la domination du super-héros sur le cinéma semble inconcevable quand le producteur mexicain Ilya Salkind à la suite du succès de son adaptation des Trois Mousquetaires se met en tete d’acquérir les droits du plus célèbre des super-héros auprès de DC comics. La compagnie de comics propriété de Warner Bros demande l’approbation sur une liste de noms pour l’incarner. Salkind fait approuver une liste éclectique qui comprend Muhammad Ali, Al Pacino, James Caan, Steve McQueen, Clint Eastwood et Dustin Hoffman. Il passe un deal de distribution avec Warner et se lance en quête d’un scénariste le grand William Goldman (Marathon Man) ainsi que des auteurs de SF Leigh Brackett (qui signera le premier jet de celui de l’Empire Contre-Attaque) et Alfred Bester. Mais pour attirer les investisseurs Salkind fait un « coup » et engage finalement l’auteur du Parrain Mario Puzo auréolé du triomphe de l’adaptation de son roman pour un salaire record. S’engage alors la recherche d’un réalisateur, la légende veut que les producteurs approchent Francis Ford Coppola, William Friedkin, Richard Lester (qui signa les Trois Mousquetaires pour les Salkind) les rois du film catastrophes John Guillermin (La Tour Infernale) et Ronald Neame (l’Aventure du Poséidon) Steven Spileberg (que Salkind père récusa préférant attendre les résultats au box-office de Jaws) et non moins que Sam Peckinpah dont on dit qu’il sorti un revolver lors d’une réunion ! C’est finalement Guy Hamilton (Goldfinger) qui est choisi pour mettre en image le scénario de 600 pages (!!) produit par Puzo. Pour convaincre les investisseurs du sérieux du projet les Salkind passe alors un mega deal inédit pour l’époque avec la légende Marlon Brando qui accepte d’incarner Jor-El le père de Superman pour un salaire de 3,7 millions de dollars et 11,75% des recettes du film (il espérait utiliser son salaire pour financer une mini-série sur les Amérindiens aux États-Unis) à la condition que sa participation ne dépasse pas les douze jours de tournage. Pour asseoir un peu plus le projet Brando est vite rejoint par Gene Hackman oscarisé pour son rôle de Popeye Doyle dans French Connection pour incarner Lex Luthor . Le scénario de Puzo jugé trop long, les Salkind embauchent les scénaristes de Bonnie and Clyde Robert Benton et David Newman pour le condenser. Le tournage doit démarrer en Italie mais Brando sous le coup d’une plainte pour obscénité suite au Dernier Tango à Paris ne peut s’y rendre , le tournage migre pour l’Angleterre mais Guy Hamilton exilé fiscal ne peut rentrer dans son pays natal et renonce. Ce délai va va conduire au choix de Richard Donner auréolé du triomphe de The Omen (La Malédiction) l’Histoire est en marche… Donner juge le script de Puzo au ton résolument comique (Telly Savalas y fait une apparition dans le rôle de Kojak son personnage de la série TV a succès) infilmable. Il embauche Tom Mankiewicz (auteur pourtant des deux pires James Bond Vivre et Laissez mourir et L’homme au Pistolet d’Or) pour une réécriture complète ( la guilde des scénaristes refusant de valider son travail Donner lui donnera le titre de consultant créatif ») de cette réécriture émerge le script que l’on connait. Débute alors la chasse au personnage principal, sans doute le casting le plus épique depuis celui de Vivien Leigh dans le rôle de Scarlett O’Hara. Les acteurs les plus fameux Burt Reynolds, Paul Newman, James Caan, Christopher Walken, Nick Nolte, Jon Voight, Kris Kristofferson, Sylvester Stallone ou Charles Bronson (!!!) des athlètes Bruce Jenner ou d’illustres inconnus (le dentiste de la femme du producteur passe le casting). La directrice de casting Lynn Stalmaster suggère à Donner un inconnu le jeune Christopher Reeve qu’il juge trop maigre mais Reeve entreprend un entrainement draconien au coté de David Prowse (le Dark Vador de Star Wars par ailleurs champion de culturisme) qui lui fait prendre 15 kilos de muscles mais c’est finalement son approche sérieuse du personnage loin du second degré qui convainc Richard Donner car elle et entre en résonance avec celle choisie par le réalisateur qui va marquer la naissance du genre super-héroïque (et sera reprise par les adaptations futures les plus réussies des les Spider-man de Raimi aux Batman de Nolan) qu’il résume un un mot qu’il fait placarder sur des panneaux lors du tournage : VERISIMILITUDE

Donner décide, une fois admis quelques principes « extraordinaires », de traiter les événements du film non pas au second degré mais de la manière la plus réaliste possible substituant un humour plus subtil au lieu de l’approche parodique qui colle au super-héros depuis la série TV (Na na na na na na na na na na na na na na na na…) Batman . Pour imposer le statut mythique du personnage, Mankiewicz trace des parallèles entre l’histoire de Superman et les grands récits bibliques de l’Ancien et du Nouveau testament, le script aborde l’histoire comme une biographie du héros qui se décompose en trois segment majeurs auquel Donner donne un style spécifique. Le premier acte sur Krypton adopte la solennité des grandes productions bibliques à travers le prisme du style des films de science-fiction de l’époque , le second montrant la jeunesse du héros sur terre à Smallville, rappelle les films des années 50 et évoque l’americana des œuvres de Norman Rockwell enfin la dernière partie qui relate les aventures de Superman à Metropolis, sa rencontre avec Lois Lane et son affrontement avec Lex Luthor reprend les codes du film catastrophe ( l’affiche du film avec sa galerie des tètes d’affiche y renvoie directement) en vogue à l’époque. Superman occupe ainsi une place intermédiaire dans l’histoire du cinéma US, dans son style et sa genèse il reste ancré dans le vieil Hollywood mais son approche sérieuse de la pop-culture (considérée jusqu’alors comme une matière de série B) , les traces dans son schéma narratif du monomythe de Joseph Campbell – chaque acte a un cycle discernable d’appel et de voyage du héros – est son succès considérable à la suite de celui de Star Wars en font aussi un représentant de ce nouvel age émergeant d’Hollywood. Superman et le film de George Lucas partagent d’ailleurs deux collaborateurs indissociables de leur succès : le production designer John Barry déjà responsable du look distinctif du futur d’Orange Mécanique, s’écartant des visions classiques de Krypton la planète natale de Superman établis dans le comic-book il en fait un monde cristallin à la fois mystérieux et stérile dont l’aspect si marquant finira par s’imposer dans les itérations les plus récentes du comics. C’est d’ailleurs un des paradoxes du film qui cristallisera une version si pure du mythe de Superman que certaines libertés qu’il prendra avec le canon du comics finiront par s’imposer à lui. [Beaucoup d’éléments du dit canon , et non des moindres Jimmy Olsen et la kryptonite par exemple sont eux même issus d’autres médias]. L’autre collaborateur sans qui ni Star Wars , ni Superman n’aurait sans doute eu le même impact est bien sur le compositeur John Williams (qui remplaça au pied levé Jerry Goldsmith qui avait collaboré avec Richard Donner sur La Malédiction) sa fanfare propulsive dont les notes du thème semblent littéralement énoncer le mot Superman se grave de manière indélébile dans nos mémoires. Son thème triomphal accompagne un générique aussi célèbre que le déroulant de Star Wars (le premier signé par Richard Greenberg qui signera aussi ceux d’Alien ou des Incorruptibles) avec ces noms qui jaillissent de barre lumineuses volantes dont la trajectoire se redresse au dernier moment avant de disparaître vers le point d’horizon. D’ailleurs bien que cela soit finalement peu relevé si le film est une telle réussite ,désormais intemporelle, il le doit bien sur à un scénario mythologique au miracle de l’interprétation de Christopher Reeve mais aussi à la contribution exceptionnelle de techniciens parmi les meilleurs dans leurs domaines comme la photographie lumineuse de l’immense Geoffrey Unsworth (2001, l’odyssée de l’espace, Cabaret , Le crime de l’Orient-Express) dont ce fut le dernier film et la collaboration entre Donner et de son monteur de La Malédiction Stuart Baird (L’arme fatale , 58 minutes pour vivre , Demolition Man, Casino royale et Skyfall en résumé pour nous le meilleur monteur d’action de tous les temps ) qui maintiennent l’enthousiasme du spectateur de Krypton à Smallville en passant par Metropolis sans perte de rythme, d’énergie ou d’invention.

Dés la minute où il apparaît à l’écran dans le rôle  (après plus d’une heure de film , un choix gagnant de  Mankiewicz et Donner qui donne à son apparition un poids incroyable) , Reeve est parfait aussi bien en tant que Clark Kent / Superman. Il montre une  compréhension instinctive de la  différence entre les deux facettes du personnage, les épaules voûtées, la voix plus aiguë, redressant sans cesse sur son nez d’immenses lunettes en écailles en Clark Kent, il irradie l’autorité la bienveillance et l’honnêteté intrinsèque du personnage comme sorti d’une case de BD quand il revêt  le costume conçu par Yvonne Blake (décédée cet été) un des meilleurs exemples de traduction d’un costume de comics à l’écran. Toute l’étendue de la performance de Reeve  se retrouve dans une scène où on le voit se transformer sous nos yeux en  Superman en modifiant légèrement sa posture son regard sans l’aide du moindre effet spécial. Sans doute son identification avec Superman l’empêchera d’avoir une carrière à la hauteur des promesses qu’il fit naître ici mais son interprétation de Superman est une des plus grandes performances de l’histoire du cinéma. Richard Donner et Tom Mankiewicz s’inspirent des  comédies américaine de l’age d’or pour les interactions entre Reeve – qui bâti la personnalité de Clark Kent sur le modèle du personnage de Cary Grant dans L’impossible monsieur Bébé (1938) et la Lois Lane incarnée par  Margot Kidder. Le personnage, même si elle reste une « demoiselle en détresse » profite de la vague féministe des années 70 et préfigure  des personnages comme celui de Karen Allen dans Les Aventuriers de l’Arche Perdue. Ses séquences sont l’occasion de se moquer  subtilement des tropes du mythe de Superman , quand Lois Lane interviewe Superman , ce dernier affirme : « Je ne mens jamais. ». Pourtant vivant à ses cotés sous son identité secrète de  Clark Kent, il vient de faire « le plus grand mensonge de tous les temps ».  Une des faiblesses du film est sans doute l’absence d’un méchant fort. Cela ne retire rien à la performance de Gene Hackman, mais l’écriture  essentiellement comique du personnage  de Lex Luthor affublé d’un acolyte burlesque Otis (Ned « fais la truie » Beatty)  en fait un personnage charmant et amusant  mais rarement  menaçant une distraction qu’un véritable adversaire. A l’exception de la première rencontre  entre Luthor et SupermanHackman parvient à dévoiler une facette inquiétante , brutale et psychopathique de son personnage.

Conclusion : Quarante ans après sa sortie Superman demeure l’origin-story  la plus influente, du genre super héroïque   et  Christopher Reeve, est devenu la personnification du  héros pour une génération et au-delà.  Considéré désormais comme la Bible des adaptations de comics, peu de films sont parvenu a  égaler le succès et la grâce  du film de Richard Donner.

Ma Note : A

Superman the movie de Richard Donner (sortie le 26 /01/2019)



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