FAST FIVE (2011)

Fast Five, sorti en 2011, ne représente pas une simple continuation, mais le tournant décisif qui a fondamentalement transformé la franchise Fast & Furious. Sous la houlette de Justin Lin à la réalisation et de Chris Morgan au scénario, cet opus a marqué l’abandon définitif des seules courses de rue pour embrasser l’univers du « heist movie«  (film de casse) à grand spectacle, une métamorphose stratégique visant à relancer la saga et à élargir son attrait au niveau mondial. Cette idée de « nouveau départ » était intrinsèquement liée au statut des personnages principaux : Morgan expliquait que l’objectif était d’élever Dom Toretto (Vin Diesel) et Brian O’Conner (Paul Walker) au rang de hors-la-loi assumés, de fugitifs forcés de réaliser un « gros coup » audacieux pour obtenir leur liberté, un concept audacieux inspiré par des duos mythiques comme Butch Cassidy et le Sundance Kid. Le producteur Neal H. Moritz et Vin Diesel, acteur et producteur, ont activement soutenu cette ambition, Diesel insistant pour que ce cinquième volet serve de point de ralliement à tous les personnages des précédents films, cimentant le concept de « famille«  comme socle émotionnel et narratif central face à un ennemi commun. Le développement du film s’est ainsi appuyé sur une volonté claire de passer du film de course à une mécanique de film de mission, s’appropriant la structure classique du casse : rassemblement d’une équipe, élaboration d’un plan complexe, et braquage final spectaculaire, une approche qui reconnaît l’influence de classiques comme The Italian Job (1969).

Cette nouvelle trajectoire narrative est indissociable d’une ambition géographique inédite pour la saga. Le tournage s’est principalement déroulé au Brésil, dans la vibrante Rio de Janeiro pour les extérieurs, complété par des séquences à Porto Rico et des intérieurs tournés à Atlanta. Ce choix d’une localisation exotique et globale permet d’infuser l’ADN de la série – la culture urbaine, la loyauté – dans un cadre beaucoup plus vaste. Le film parvient à fusionner ces thématiques populaires avec l’énergie du blockbuster moderne, mêlant des courses-poursuites d’une ampleur sans précédent et une valorisation constante de la notion de « famille choisie ». Le casting élargi en est la preuve éclatante, instaurant une sensation de cohésion de groupe, avec des personnalités distinctes – de Tyrese Gibson (Roman Pearce) à Ludacris (Tej Parker), en passant par Sung Kang (Han), Gal Gadot (Gisele), et Elsa Pataky (Elena) – toutes essentielles à la densité de l’équipe, bien au-delà du duo Dom/Brian.

L’élément de casting le plus marquant et le plus transformateur reste l’introduction de Dwayne « The Rock » Johnson dans le rôle de l’agent fédéral Luke Hobbs. Son arrivée injecte instantanément une nouvelle intensité et un charisme imposant, le positionnant non pas comme un simple antagoniste, mais comme une force de la nature, un adversaire à la hauteur de Toretto. Ce duel de titans est l’un des points culminants du film, notamment lors de l’affrontement viscéral dans l’entrepôt, qui privilégie la force brute et la destruction. L’arrivée de Johnson, qui marquait pour lui un retour aux rôles de star d’action après des comédies familiales, a modifié l’équilibre de la franchise, élevant immédiatement le niveau d’enjeu et capturant l’écran. L’alchimie entre Diesel et Walker, qui conservent une dynamique forte basée sur la confiance et une rivalité amicale, reste le moteur émotionnel, mais l’ajout de Johnson crée une triangulation des forces qui propulse le récit.

La mise en scène de Justin Lin, avec Stephen F. Windon à la photographie et Spiro Razatos aux cascades, témoigne d’une ambition cherchant à « mettre chaque dollar à l’écran« , ce qui s’est traduit par une approche d’ultra-réalisme des cascades, privilégiant les effets pratiques aux effets numériques, une décision qui confère une texture plus tangible et un sentiment de danger réel à l’action. L’ouverture, avec le spectaculaire braquage du train, illustre parfaitement cet engagement : l’équipe a loué un véritable train et des rails pour le tournage en plein désert, utilisant des caméras embarquées et des câbles-cams pour des prises de vues dynamiques. L’équipe a même eu l’audace d’intégrer un accident imprévu sur le plateau — une voiture percutant mal le train — comme partie intégrante de la scène. La séquence finale et emblématique du coffre-fort, traîné comme une arme de destruction massive à travers les rues, est l’apogée de cette philosophie, mêlant ingéniosité et absurdité visuelle, réalisée en grande partie grâce à des effets pratiques. La caméra mobile et l’exploitation habile des décors de Rio, intégrant les favelas et les ruelles dans le flux de l’action, renforcent l’authenticité de l’ensemble.

La carrière de Spiro Razatos, est celle d’une figure pivot du cinéma d’action hollywoodien, cumulant les rôles de cascadeur, coordinateur des cascades et réalisateur de seconde équipe.. Après avoir débuté en tant que cascadeur dans des films cultes comme Streets of Fire (1984) et participé à des séries télévisées comme Star Trek : Deep Space Nine et Star Trek : Voyager, Razatos a rapidement gravi les échelons pour devenir un expert reconnu de la chorégraphie et de la réalisation des scènes d’action les plus complexes et dangereuses. Il a également quelques réalisations à son actif, notamment le long métrage Class of 2001 (1994). Cependant, c’est son travail en tant que réalisateur de seconde équipe qui a véritablement cimenté sa réputation mondiale. Ce rôle est fondamental dans les blockbusters modernes. Razatos est responsable de la capture de l’action pure : les courses-poursuites, les explosions, les combats et, surtout, les cascades automobiles. Son expertise lui permet de planifier et d’exécuter ces séquences avec une précision technique extrême et une lisibilité narrative indispensable au montage final. Sa collaboration avec la franchise Fast & Furious, inaugurée avec Fast Five et prolongée jusqu’à Fast X (2023), est l’apogée de sa carrière. Il a également mis son talent au service de nombreuses autres franchises majeures, telles que Captain America: Civil War et Captain America: The Winter Soldier pour Marvel, Kong: Skull Island et la trilogie Bad Boys. Il est le fer de lance de la philosophie de l' »ultra-réalisme » qui caractérise l’ère Justin Lin de Fast & Furious. Sa méthodologie repose sur une préférence marquée pour les effets pratiques, minimisant le recours aux images de synthèse quand cela est possible. Cette approche confère aux films une texture tangible, un sens du poids et de la vitesse qui augmentent considérablement l’impact et la crédibilité des scènes d’action. Dans Fast Five, Razatos a été crucial pour orchestrer des séquences comme le braquage du train et la célèbre poursuite du coffre-fort dans les rues de Rio. Pour cette dernière, son équipe a conçu et utilisé de vrais coffres-forts lestés pour simuler la destruction des décors, privilégiant l’impact physique réel à la modélisation numérique. Il est passé maître dans l’art d’utiliser des caméras embarquées et des dispositifs de câbles complexes pour capter l’action en mouvement, assurant une immersion totale tout en maintenant la clarté de la chorégraphie. Son travail ne s’arrête pas à la simple exécution physique des cascades ; il est également un narrateur visuel de l’action. Il s’assure que chaque course, chaque crash et chaque manœuvre contribue à l’énergie globale et à l’enjeu dramatique du film. Son rôle est de traduire la vision du réalisateur en réalité physique spectaculaire, transformant des idées audacieuses en séquences cinématographiques mémorables, et faisant de lui un artisan essentiel du succès retentissant de l’ère moderne du film d’action.

Le rythme est un des points forts incontestables, assuré par les monteurs Kelly Matsumoto (Star Trek : Sans limites), Fred Raskin (Django Unchained), et Christian Wagner (True Romance). Le montage atteint un équilibre remarquable, passant de séquences de haute tension à des à des moments de respiration nécessaires, les coupes sont nerveuses, mais toujours lisible, ce qui est crucial dans ce genre de film d’action intense, permettant au spectateur de suivre les enjeux sans être désorienté. Lors du prologue du train, la tension est palpable, les plans s’enchaînent rapidement, mais le montage parvient à maintenir la clarté de l’action, conservant le lien humain en nous laissant percevoir les regards et les réactions des personnages, même au milieu du chaos. Ce rythme soutenu n’empêche jamais les personnages de respirer, de planifier, ou de se parler, ce qui confère une gravité bienvenue à l’ensemble. Le montage donne ainsi une structure logique et un crescendo parfait menant au final explosif du braquage, servant efficacement à la fois le spectacle et la narration.

En parallèle, la bande-son joue un rôle essentiel dans l’expérience immersive. Elle se compose d’un mélange efficace d’une compilation musicale riche (hip-hop, reggaeton, funk carioca, électro) et d’un score orchestral épique signé Brian Tyler, qui était déjà un collaborateur de la franchise. Le choix de rythmes latins et caribéens ancre immédiatement le film dans sa localisation brésilienne, transformant le paysage sonore en décor immersif, tandis que le score de Tyler ajoute une dimension spectaculaire et émotionnelle, soulignant l’action et les enjeux humains de la « famille ». Cette combinaison confère au film à la fois une énergie brute pour les séquences d’action et une profondeur pour les moments de développement des personnages, participant activement à l’adrénaline générale.

L’héritage de Fast Five est indélébile. Commercialement, il a permis à la série de franchir un cap, passant dans la catégorie des gros blockbusters mondiaux avec 626 millions de dollars de recettes, ouvrant la voie à des suites encore plus ambitieuses et coûteuses. Au-delà des chiffres, Fast Five est devenu un jalon dans la franchise : il est le point de bascule qui a transformé une série de courses en un univers de blockbuster global. Ce film est, sans aucun doute, le moment où la vision de Justin Lin et l’écriture de Chris Morgan ont atteint leur apogée dans la saga, marquant non seulement un succès cinématographique, mais un point de bascule durable pour la culture populaire. Mais son impact dépasse largement le cadre de sa propre franchise : Fast Five s’est imposé comme l’un des meilleurs films d’action de sa décennie, un jalon critique et public pour le genre. Propulsif, spectaculaire et bénéficiant d’une exécution technique qui privilégie le réalisme des cascades pratiques, il est devenu un marqueur de son époque, redéfinissant les standards du cinéma d’action à grand budget grâce à son énergie brute et à l’alchimie de son casting.

Conclusion : Fast Five est la preuve qu’une franchise peut se réinventer audacieusement. Il témoigne d’une ambition élargie, d’une mise en scène soignée, d’un rythme maîtrisé et d’un casting qui donne toute sa substance à la « famille » que le film revendique. Il s’impose aujourd’hui comme un modèle de blockbuster d’équipe, réussissant la fusion entre les codes des films de casse et l’action globale. Justin Lin et Chris Morgan n’ont pas fait un cinquième film, ils ont fait un autre film, et le succès de ce projet se ressent durablement à l’écran.

Ma Note : A

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