FRIDAY THE 13th Part 2 (1981)

Friday the 13th Part 2 (1981), ou Le Tueur du Vendredi pour les puristes francophones, sort un an après le succès surprise de l’original de Sean S. Cunningham. Alors que le premier opus avait fait saigner les caisses de Paramount (plus de 59 millions de dollars de recettes pour un budget de 550 000 $), ce deuxième chapitre s’impose comme le pivot maladroit mais irrésistible d’une franchise qui allait transformer un camp de vacances en abattoir perpétuel.

Réalisé par Steve Miner, ce film n’est pas seulement une suite : c’est le moment où Jason Voorhees troque le rôle de sa mère possessive pour devenir la figure emblématique de la série, voire du panthéon horrifique. Face à cette aubaine, Paramount voulait un événement annuel. L’idée initiale ? Une anthologie sur les superstitions du vendredi 13. Mais le producteur Phil Scuderi, obsédé par le gamin noyé qui n’était qu’une « blague » dans le film original, a insisté pour ramener Jason du fond du lac. Si cette survie, vaguement expliquée par une vie cachée dans les bois, constitue une entorse à la crédibilité, elle permet au film d’accomplir sa mission historique : introduire Jason Voorhees en tant que tueur. Le scénario de Ron Kurz recycle la formule – camp d’été, moniteurs sexy, meurtres en série – avec un budget gonflé à 1,25 million de dollars. Sous la direction de Miner, le film laisse de côté la lenteur de son prédécesseur pour un rythme plus affûté, annonciateur d’une nouvelle ère pour le genre.

Part 2 n’invente rien, et c’est tant mieux : il puise allègrement dans le réservoir du slasher naissant. Halloween de Carpenter infuse sa structure – une « final girl » traquée, des kills imprévus, un rythme implacable et du voyeurisme en POV. L’Italie apporte le piquant : La Baie sanglante de Mario Bava inspire directement des meurtres iconiques, comme ce couple embroché en pleine étreinte, une scène si gore qu’elle fut amputée de 48 secondes par la censure. Le sac en toile de Jason est, quant à lui, un clin d’œil à The Town That Dreaded Sundown. Ces emprunts sont assemblés avec une malice adolescente, boostés par le giallo pour ses éclats de violence stylisée. Résultat : un slasher pur jus, qui remplit le cahier des charges sans se prendre au sérieux.

Steve Miner injecte une dextérité visuelle qui élève le tout d’un cran. Il cisèle un suspense efficace avec des cadrages qui exploitent les bois sombres comme un labyrinthe vivant. On retrouve des jump scares millimétrés, des poursuites en forêt filmées en plans larges pour dilater l’angoisse, et un usage précoce du POV pour nous plonger dans les yeux fous de Jason. La photographie de Peter Stein passe d’une texture granuleuse à une netteté évocatrice, capturant les reflets lunaires sur les lames. Chaque meurtre devient une chorégraphie mise en scène avec une élégance qui frise le kitsch.

Visuellement, Part 2 est un tableau de l’Amérique rurale hantée : cabanes délabrées et sentiers boueux du Connecticut, évoquant un été pourri avant l’orage. Une palette de verts profonds et de bruns terreux est ponctuée de rouges vifs sur les éclaboussures. Les costumes des moniteurs, en jeans usés et t-shirts tie-dye, collent à leur personnalité attachante et plus humaine que les stéréotypes du premier. Le look du tueur, avec son sac en toile troué, est rustique et plus « creepy » que le futur masque de hockey, renforçant son identité d’homme sauvage. Carl Fullerton greffe à Jason des déformations faciales qui humanisent le monstre, en faisant un « man child » vengeur. Cette esthétique lorgne vers le réalisme poisseux de The Texas Chain Saw Massacre.

Le montage de Susan E. Cunningham accélère le pas du premier opus, alternant kills et respirations tendues pour un rythme haletant. Malgré les coupes de la MPAA qui limitent l’impact des scènes gore, le flux narratif reste efficace. La bande-son iconique d’Harry Manfredini, avec son « Ki ki ki, Ma ma ma », est toujours un pilier fondamental, enrichissant chaque scène d’une menace palpable. Côté personnages, les moniteurs sont plus attachants que dans l’original. Mais l’élément clé est l’introduction d’Amy Steel dans le rôle de Ginny, l’une des « final girls » les plus intelligentes de la série. Psychologue intuitive, elle tente de manipuler Jason en comprenant son obsession pour sa mère, offrant un duel final captivant.

Le film n’échappe pas aux défauts : la structure répète parfois trop fidèlement celle du premier opus, le début expédie la Final Girl originale (Alice) de manière expéditive, et le gore censuré peut décevoir. La fin, avec ce bond soudain de Jason (rêve ou réalité ?), laisse un goût d’inachevé. Moins flippant que l’original, il privilégie l’action au détriment d’une tension viscérale.

Conclusion : Ce film est le véritable pilier qui a permis à Vendredi 13 de devenir une série. Il a sacrifié la tension pure et l’ambiance horrifique du premier pour livrer un film d’action-horreur plus rythmé, moins sanguinolent, et surtout, qui a eu le courage d’introduire son vrai monstre. Vendredi 13 Chapitre 2 est un slasher pur, souvent sous-estimé, mais essentiel pour comprendre comment un simple film d’imitation a pu donner naissance à l’une des créations les plus lucratives et durables de l’horreur américaine.

Ma note : B

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