WRATH OF MAN (2021)

Un Homme en colère marque les retrouvailles dix ans après le catastrophique Revolver entre Guy Ritchie et Jason Statham qu’il a contribué à faire remarquer dans ses premiers films de gangsters anglaisArnaques, crimes et botanique et Snatch. Entre temps Jason Statham est  devenu une véritable marque mondiale de l’action de série B avec les franchises Transporteur ou Mechanic avant de rejoindre la famille de la saga Fast and Furious dont il est désormais un des piliers. Guy Ritchie lui depuis  Sherlock Holmes,  navigue dans l’univers du film à gros budget hollywoodien avec des fortunes diverses, de l’échec cuisant de sa relecture du mythe arthurien pour la Warner (Le roi Arthur: La légende d’Excalibur pas si catastrophique avec le recul) au triomphe estival de son adaptation en live-action du Aladdin de Disney. Cette seconde carrière aura été au mieux mitigée, commençant comme une synthèse de son style avec les exigences des studios pour devenir anonyme sur Aladdin. Ils se retrouvent donc dans un projet qui se situeau point d’équilibre entre  ces carrières  dont la trame sera familière au public français puisqu’il s’agit du remake du film  de 2004 de Nicolas Boukhrief Le convoyeur . Statham y reprend le rôle tenu dans l’original par Albert Dupontel (!) mais comme James Cameron le fit pour True Lies avec La Totale de Claude Zidi , Guy Ritchie adapte le matériel à sa sensibilité injectant dans le récit tel un film parasite  une histoire de gangsters londoniens exerçant sa vengeance contre un gang de braqueurs. Un Homme en colère est donc un un thriller de vengeance portant les habits  d’un film de braquage assaisonné d’une bonne dose de gangsters cockneys haut en couleurs. Son casting est un assortiment de « tronches » familières comme Eddie Marsan (Ray Donovan), Holt McCallany (Mindhunter), Andy García (qu’on ne présente plus) ou Jeffrey Donovan (Burnt Notice) avec quelques acteurs à  contre-emploi comme Josh Hartnett (Black Hawk Down) ou le  comique Rob Delaney ainsi qu’un Scott Eastwood qui s’essaie à un rôle de salopard. Mais ce sont évidemment Ritchie et Statham  qui comptent ici le plus, leur complicité et cette gouaille londonienne  rend le film intéressant à regarder. Ritchie est un metteur en scène dont le style  est un mélange de sophistication visuelle et de vulgarité  assumée et Statham est comme un compacteur de déchets humain  mais avec un  charisme qui le sépare des brutes du cinéma d’action de DTV. Leur combinaison donne une action rapide, musclée et  cohérente. 

Ritchie sait qu’il tirera profit au mieux de sa star au verbe rare en l’entourant de personnages qui parlent pour lui et  bâtissent son aura «Cet homme est surqualifié pour ce job. Il a une histoire »,  «C’est un putain d’esprit sombre», «Laissez le peintre peindre.» (dans le sang). Le casting qui l’entoure  est très solide, Holt McCallany est particulièrement bien employé et si  on voit à peine Andy Garcia il apporte toute sa gravitas à son petit rôle. Statham interprète donc un dénommé Patrick Hill – bientôt connu sous le diminutif de «H.» – qui commence un nouvel emploi chez Fortico un service de livraison  spécialisé dans le transport d’objets de valeur de haute sécurité basé à Los Angeles.  Le film construit peu à peu les motivations qui ont poussé H à rejoindre la société, alors qu’il décrit ses premiers pas dans son nouveau job avec son instructeur Bullet (McCallamy). Un Homme en Colére  ne surjoue pas le mystère  et laisse le  personnage de Statham , incroyablement adepte des combats et des meurtres, qui a accepté cet emploi  dans le cadre d’une vendetta personnelle, se découvrir sans qu’il y ait besoin d’exposition inutile. Sa structure en chapitres portant chacun un titre distinct lui permet de jouer avec la chronologie du récit sans apparaitre confus ou vouloir jouer au plus malin. Il permet à Ritchie de bâtir un film dans le film autour de ses personnages de gangsters anglais sans venir parasiter son intrigue principale la présence de Statham en assurant la cohérence.

C’est d’ailleurs quand il s’éloigne du personnage de H pour s’intéresser dans le dernier quart du film à la bande de Donovan et Scott Eastwood que le récit d’Un Homme en colère   fonctionne moins bien. Cette intrigue n’est pas inutile, ni les personnages inintéressants  mais elle survient trop tard  pour faire  d’eux des menace  à la hauteur d’un Hill qu’on a vu transfiguré en ange exterminateur  se livrant à une tuerie de sang-froid à la moitié du film. Ce détour enlève un peu de son énergie  au film. Il la retrouve quand il reconnecte avec son personnage principal pour un final qui est un impressionnant  gunfight final pleins de trahisons , de moments d’héroïsme surprenant (un très bon Hartnett). Le Heat de Michael Mann a visiblement beaucoup plus marqué Ritchie que le film de Boukhrief qui fait de ce carnage final (après avoir déjà rendu un hommage à la limite de la citation et du plagiat au braquage sous l’autoroute de Heat au début du film)  sa version de la fusillade épique du film de Mann. Avec les mêmes ingrédients, des professionnels ultra déterminés de part et d’autre, une conception sonore agressive qui place les tympans du spectateur dans un champ de tir et un océan de douilles. Pour se conclure par l’ultime vengeance de Statham qui fait écho, là encore, à une scène du film de Mann. On y retrouve d’ailleurs la thématique des criminels  sacrifiant la «normalité» d’une vie de famille pour poursuivre leur carrière violente  qui s’incarne dans les personnages de H ou celui de Jeffrey Donovan très juste  en vétéran tiraillé entre sa bande et sa vie de famille. Le jeune Scott Eastwood est sans doute le maillon faible faible de ce casting  dans son rôle de chien fou psychopathe qu’il joue avec la subtilité d’un vilain de soap-opera. Un Homme en colère n’est jamais vraiment ennuyeux, mais un peu trop long avec sans doute quelques flashbacks de trop , le film de Ritchie n’est pas le thriller labyrinthique à la Usual Suspects qu’il voudrait être. Mais Ritchie organise l’action avec assurance et style ainsi qu’ une absence plaisante de suffisance, évitant   les touches comiques pour se concentrer sur l’aspect dur de son  récit réhaussé par la partition sombre  de Christopher Benstead. Un Homme en colère met en valeur son talent bien rodé pour la violence et le chaos , nous donnant une série B nerveuse qui mérite le grand écran.

Conclusion : Sans révolutionner le film de vengeance, Un Homme en colère trouve sa force dans l’alchimie retrouvée entre Guy Ritchie et Jason Statham. Plus sombre, plus sèche et moins bavarde que les œuvres les plus ludiques du cinéaste, cette relecture musclée du Convoyeur assume pleinement sa brutalité et son classicisme. Malgré quelques longueurs et un dernier acte légèrement déséquilibré, le film s’impose comme une série B solide, tendue et élégamment violente, portée par une mise en scène assurée et un Statham utilisé avec une redoutablee : B

Ma Note : B

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