APEX (2026)

Pendant plus d’une décennie, Lawrence Sher construit l’image de comédies où la lisibilité prime sur le style : The Hangover, Due Date, The Dictator, War Dogs même si elles se distinguent par le soin apporté à l’image. Il le répète : un plan trop travaillé peut tuer un gag. Puis Todd Phillips lui confie Joker. Le virage est net. L’image devient organique, presque maladive, collée au corps de Joaquin Phoenix. Joker: Folie à Deux prolonge ce travail. C’est ce même Sher que Baltasar Kormákur appelle pour Apex. Choix décisif. Le film veut rendre l’Australie hostile, presque vivante. Les Blue Mountains cessent d’être un décor. Elles imposent leur présence. Kormákur connaît ce terrain, depuis Everest, il filme les éléments comme une force qui écrase. The Deep, Adrift, Beast suivent cette ligne. Le film devait se tourner à Yosemite, mais des contraintes logistiques ont poussé l’équipe vers l’Australie , un hasard heureux. Les falaises ocres, la lumière rasante, la végétation dense offrent une palette visuelle que Yosemite n’aurait sans doute pas égalée. Sher travaille cette lumière naturelle jouant sur les contrastes entre ombre menaçante et pleine exposition. Au centre du récit, Jeremy Robbins place Charlize Theron dans la peau de Sasha, grimpeuse et accro à l’adrénaline, brisée par la mort de son partenaire Tommy (Eric Bana). Elle part seule en Australie pour se reconstruire par l’effort : kayak, escalade, épuisement volontaire. Puis elle rencontre Ben, d’abord aimable, il cache en fait un psychopathe prédateur qui la choisit comme proie. Theron s’est préparée avec une rigueur impressionnante : escalade quotidienne, kayak intensif, cascades pieds nus sur des surfaces abrasives. Et ça se voit. Elle grimpe, elle souffre, elle trébuche mais sa force naît de sa fragilité. Elle n’est pas une machine : elle a peur, elle doute mais avance quand même. Cette crédibilité physique est l’un des grands atouts du film. Face à elle, Taron Egerton signe un antagoniste déroutant : bon samaritain en façade à la fois psychopathe glacial et enfant en manque d’attention. L’exposition dure plus de trente minutes. Kormákur prend le temps d’installer le deuil de Sasha avant de lancer la traque. Le morceau « Go » des Chemical Brothers marque la rupture. Le suspense s’installe alors. L’électricité entre Theron et Egerton fonctionne. Le réalisateur ajoute des touches d’humour pour éviter la froideur. Le film flirte aussi avec l’horreur, et ces moments comptent parmi ses plus inventifs. Mais Apex reste pourtant prévisible , le scénario suit une logique de progression simple. Chaque scène ressemble à une étape : un obstacle, une fuite, un choc. Le deuil servant de moteur. Les retournements manquent d’impact, et l’impression de déjà-vu revient régulièrement. Si Apex n’essaie pas de changer les règles. il les applique proprement et se démarque par sa technique Kormákur sait mettre en valeur ses décors et ses acteurs avec une économie de moyens remarquable. Sher prouve que son style s’adapte à tous les environnements. Il donne à l’Outback la même épaisseur qu’aux rues de Gotham. Theron impressionne par son engagement physique et Egerton compose un antagoniste étrange, instable, plus dérangeant que terrifiant.

Conclusion : Apex est un film d’artisanat solide : bien filmé, bien joué, physiquement crédible, visuellement superbe. Il ne révolutionne rien, mais il fait très bien ce qu’il promet. Dans un genre saturé, cette rigueur suffit à le distinguer.

Ma Note : B

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