
Den of Thieves 2: Pantera est un film étrange. Une suite qui semble avoir parfaitement compris ce qui a transformé Den of Thieves en succès culte tout en abandonnant une partie de ce qui faisait son charme. À première vue, tout paraît plus ambitieux. Le budget est supérieur, l’action quitte Los Angeles pour traverser l’Europe, les décors gagnent en prestige, les voitures deviennent plus exotiques, le casse plus sophistiqué et les ambitions plus internationales. Pourtant, une sensation paradoxale s’impose progressivement : malgré sa localisation sur la Côte d’Azur, en Belgique ou en Sardaigne, Pantera paraît souvent plus petit que son prédécesseur. Ce paradoxe résume assez bien le film de Christian Gudegast. Il demeure un thriller de casse largement supérieur à la moyenne de la production d’action contemporaine. On y retrouve une véritable attention au détail, un soin apporté à l’image et à la mécanique criminelle qui le distinguent immédiatement du tout-venant de la série B numérique. Mais en resserrant son intrigue autour de Gerard Butler et O’Shea Jackson Jr., le film perd quelque chose d’essentiel : la dimension chorale qui faisait la richesse du premier opus. L’ombre de Merrimen plane sur tout le récit, et son absence finit par devenir l’un des sujets secrets du film.
L’histoire de Pantera commence immédiatement après les événements du premier film. Donnie Wilson, le cerveau discret qui avait réussi à manipuler tout le monde lors du casse de la Réserve fédérale, s’est installé en Europe et travaille désormais avec un réseau criminel international. Big Nick O’Brien, lui, est devenu une version fatiguée de lui-même. Son mariage a explosé, sa carrière est en ruines et son équipe n’existe plus vraiment. Lorsque sa traque le mène jusqu’en France, il décide progressivement de franchir une ligne qu’il n’avait jusque-là fait qu’approcher : rejoindre les criminels au lieu de les poursuivre. L’origine du projet remonte pratiquement à la sortie du premier film en 2018. Christian Gudegast avait déjà imaginé une franchise capable de suivre ses personnages à travers différents types de braquages internationaux. Mais le développement fut considérablement ralenti par les réalités de l’industrie moderne. La pandémie, des blessures au sein du casting, des problèmes de financement, des changements de lieux de tournage et diverses complications géopolitiques ont repoussé la production pendant plusieurs années. Lorsque le film entre finalement en tournage, il a déjà connu plusieurs versions successives. Comme pour le premier opus, Gudegast s’appuie sur une documentation extrêmement poussée. Le scénario puise directement dans plusieurs braquages réels, notamment le célèbre casse des diamants d’Anvers de 2003. Le réalisateur a passé des années à étudier les méthodes utilisées par les voleurs professionnels, les procédures de sécurité des places diamantaires européennes et les techniques de surveillance policière. Cette obsession documentaire constitue probablement la qualité la plus constante de son cinéma. Même lorsque ses scénarios deviennent invraisemblables, les détails opérationnels donnent toujours l’impression qu’ils pourraient fonctionner dans le monde réel.
Cette volonté de réalisme rapproche immédiatement Pantera de ses principales influences. Le premier Den of Thieves était souvent résumé comme une version plus sale et plus vulgaire de Heat. La comparaison n’était pas injustifiée. Gudegast reprenait ouvertement la structure de Michael Mann : policiers et criminels se reflétant mutuellement jusqu’à devenir presque interchangeables. La suite change légèrement de modèle. Cette fois, l’influence dominante n’est plus seulement Heat mais également Ronin. Le déplacement de l’action vers la Côte d’Azur, la présence d’organisations criminelles européennes, les routes montagneuses, les véhicules de luxe et l’importance accordée aux poursuites automobiles rappellent constamment le chef-d’œuvre de John Frankenheimer. Gudegast ne cherche d’ailleurs jamais à dissimuler ses références. Son cinéma fonctionne souvent comme un assemblage assumé de grands thrillers criminels des années 1990 et 2000. Mais là où le premier film copiait Michael Mann avec une certaine brutalité, Pantera tente d’élargir son horizon. On y retrouve des influences du polar européen, du film de casse français et même de certains thrillers italiens. La longue séquence centrale consacrée au braquage évoque souvent davantage Rififi ou Le Cercle Rouge que les blockbusters américains contemporains. Gudegast prend le temps de montrer les préparatifs, les contraintes physiques, les détails logistiques et les procédures de sécurité. Le casse devient une mécanique dont chaque rouage doit fonctionner parfaitement. C’est probablement là que réside la plus grande réussite du film. Le braquage lui-même est remarquable. Long, méthodique, extrêmement détaillé, il retrouve cette capacité qu’avaient les grands films de casse français à transformer une opération technique en séquence de suspense presque abstraite. Les personnages parlent peu. Les gestes deviennent plus importants que les dialogues. Chaque porte franchie, chaque système neutralisé, chaque mouvement dans un couloir produit une tension croissante. Gudegast comprend que le plaisir d’un film de casse ne réside pas seulement dans le résultat mais dans l’observation minutieuse du processus. Comme souvent dans les films de casse réussis, l’élément sonore le plus important n’est pas forcément la partition mais l’environnement acoustique général. Les bruits mécaniques, les systèmes de sécurité, les moteurs, les armes et les espaces confinés jouent un rôle essentiel dans la construction de la tension. Gudegast comprend que le suspense naît souvent d’un simple bruit inattendu dans un environnement où le silence est vital. Cette approche atteint son sommet pendant le braquage. Les sons deviennent alors presque plus importants que les dialogues. Une porte qui s’ouvre, un mécanisme qui résiste ou un déplacement mal contrôlé peuvent suffire à faire monter la tension. Cette qualité se retrouve également dans sa mise en scène générale. Christian Gudegast appartient à cette catégorie de réalisateurs qui refusent encore la grammaire visuelle dominante des plateformes. Les plans durent plus longtemps. La géographie reste lisible. Les véhicules semblent réellement se déplacer dans l’espace. Les personnages occupent un environnement tangible.
Le soin apporté à l’image mérite d’être souligné. La photographie de Terry Stacey cherche constamment à donner au film une allure plus prestigieuse que son budget ne le permet réellement. Les rues de Nice, les ports méditerranéens, les routes de montagne et les intérieurs luxueux sont filmés avec une élégance discrète. Gudegast sait que son film ne peut rivaliser avec les énormes productions d’espionnage modernes. Il choisit donc une autre stratégie : privilégier la texture, les décors réels et la crédibilité visuelle. Cette approche fonctionne particulièrement bien lors de certaines scènes nocturnes. Les reflets urbains, les éclairages naturels et les paysages méditerranéens offrent au film une identité visuelle plus marquée montrant un effort pour dépasser le simple produit de consommation et atteindre quelque chose de plus cinématographique. L’autre grand morceau de bravoure du film est évidemment la poursuite motorisée. Là encore, l’influence de Ronin est évidente. Gudegast construit une longue séquence où la lisibilité de l’action prime sur la frénésie du montage. Les véhicules sont filmés comme des masses physiques lancées dans l’espace. Le spectateur comprend toujours où se trouvent les protagonistes, qui poursuit qui et quels sont les enjeux immédiats. Cette clarté devient presque rafraîchissante à une époque où de nombreux films d’action confondent vitesse et confusion. Le choix d’utiliser des véhicules électriques modifiés apporte même une identité sonore particulière à la scène. L’absence du rugissement mécanique traditionnel crée une sensation étrange, presque irréelle, qui distingue immédiatement la poursuite des standards habituels du genre.
Pourtant, malgré toutes ces qualités techniques, quelque chose manque. L’absence du personnage incarné par Pablo Schreiber est probablement plus importante que le scénario ne l’avait anticipé. Dans le premier film, Merrimen constituait le centre de gravité du gang. Il possédait un charisme naturel, une autorité tranquille et une présence physique qui donnaient immédiatement de l’épaisseur à l’équipe criminelle. Son groupe fonctionnait comme une véritable famille dysfonctionnelle. On comprenait leurs liens, leurs rivalités et leur loyauté. Pantera remplace cette dynamique par une nouvelle équipe criminelle internationale qui reste curieusement abstraite. Les membres du gang albanais existent davantage comme fonctions narratives que comme personnages mémorables. Ils accomplissent leur rôle dans le casse mais génèrent rarement l’attachement produit par leurs prédécesseurs. Cette différence explique pourquoi le film paraît souvent plus petit malgré son ambition internationale. Le premier Den of Thieves donnait l’impression de raconter la vie d’une communauté criminelle. Le second raconte principalement l’association temporaire de deux individus. Le recentrage sur Big Nick et Donnie constitue à la fois la force et la faiblesse du film. D’un côté, la relation entre Gerard Butler et O’Shea Jackson Jr. fonctionne remarquablement bien. Leur dynamique évolue naturellement vers une forme de bromance criminelle où la méfiance laisse progressivement place à une forme de respect mutuel. Le film comprend que ses deux personnages se ressemblent davantage qu’ils ne l’admettent. De l’autre, cette concentration réduit considérablement la richesse de l’univers. Le premier film fonctionnait grâce à l’effet de troupe. Chaque camp possédait ses figures secondaires mémorables. Ici, presque tout tourne autour des deux têtes d’affiche. Gerard Butler reste un acteur extrêmement sous-estimé. Son Big Nick demeure l’un de ses meilleurs personnages. Pourtant, cette version apparaît sensiblement moins flamboyante que celle du premier film. Dans Den of Thieves, Nick était un bulldozer humain. Grossier, excessif, alcoolisé, imprévisible, il avançait dans l’histoire comme une catastrophe naturelle. Une partie du plaisir venait précisément de son côté incontrôlable. Dans Pantera, le personnage est volontairement plus fatigué. Il traverse une crise identitaire. Son mariage est terminé. Sa carrière s’effondre. Il n’est plus le prédateur dominant du premier film mais un homme qui cherche encore sa place. Cette évolution possède une logique psychologique réelle mais elle prive également le récit d’une partie de son énergie anarchique. O’Shea Jackson Jr., à l’inverse, gagne en importance. Son Donnie devient progressivement le véritable centre du récit. Jackson confirme ici les qualités déjà aperçues dans le premier film. Il possède une intelligence de jeu qui lui permet de rendre crédible un personnage dont la principale arme est la discrétion. Là où beaucoup d’acteurs auraient transformé Donnie en génie criminel ostentatoire, Jackson en fait un professionnel calme, observateur et méthodique. Le casting secondaire remplit efficacement sa fonction mais souffre de la comparaison avec celui du premier opus. Aucun personnage ne possède véritablement la présence de Merrimen ou l’identité forte des membres de son équipe. Cette faiblesse finit par affecter l’émotion du récit.
Comme son prédécesseur, Pantera dépasse largement les deux heures trente. Gudegast aime prendre son temps. Il privilégie l’accumulation progressive d’informations plutôt que l’efficacité immédiate. Cette approche produit des résultats contrastés. Lorsqu’il s’agit de préparer le casse, cette lenteur fonctionne admirablement. Elle permet d’installer les procédures, les enjeux et les relations entre les personnages. Le spectateur a le sentiment de participer à l’opération. En revanche, certaines séquences intermédiaires donnent parfois l’impression d’étirer artificiellement la durée. Le film n’atteint jamais l’équilibre organique des grands thrillers de Michael Mann, dont la longueur semblait toujours justifiée par la richesse humaine des personnages. Cette impression contribue également au sentiment que Pantera est plus petit que son prédécesseur. Le film voyage davantage mais raconte finalement moins de choses. Le film conserve ce qui distingue Christian Gudegast de nombreux artisans de l’action contemporaine : le respect du spectateur, le goût du détail, l’amour des procédures criminelles et le refus du spectacle numérique sans poids. Son casse central est une réussite. Sa poursuite automobile constitue un hommage réussi à Ronin. Son image possède une élégance rare dans le cinéma d’action de milieu de gamme. Mais en abandonnant une partie de la dimension chorale qui faisait le sel du premier film, il perd également une partie de son âme. Les nouveaux criminels ne remplacent jamais vraiment Merrimen et son équipe. Big Nick, volontairement assagi, n’est plus tout à fait la force de la nature qui rendait le premier film si divertissant. Il reste néanmoins un thriller criminel solide, ambitieux et souvent très plaisant. Un film qui regarde constamment vers Michael Mann, John Frankenheimer et les grands polars européens, parfois avec un peu trop d’insistance, mais avec une sincérité et un soin devenus rares. Et lorsque son casse central retrouve les échos de Rififi ou du Cercle Rouge, Pantera rappelle qu’il existe encore une place pour un cinéma de genre adulte, patient et méthodique.
Conclusion : Den of Thieves 2: Pantera rappelle ce qui distingue encore Christian Gudegast : le respect du spectateur, le sens du détail et un attachement rare aux procédures criminelles, loin du « spectacle numérique sans poids » . Son casse central fonctionne pleinement, sa poursuite automobile assume son héritage Ronin, et son image conserve une élégance inhabituelle dans le cinéma d’action intermédiaire. Mais en sacrifiant une partie de la dimension chorale qui faisait la force du premier opus, il perd aussi une part de son identité : les nouveaux criminels ne remplacent jamais vraiment Merrimen, et Big Nick, plus posé, n’a plus tout à fait l’énergie brute qui portait Den of Thieves. Reste un thriller solide, ambitieux, sincère dans ses références à Michael Mann, John Frankenheimer et aux grands polars européens. Et lorsque son casse retrouve les échos de Rififi ou du Cercle Rouge, Pantera prouve qu’il existe encore une place pour un cinéma de genre adulte, méthodique et pleinement assumé.