THE WILD WILD WEST [TV]

Née en 1965 de l’esprit du producteur Michael Garrison, la série est une réponse directe à la « James Bond mania » des années 60, alors que le genre du Western traditionnel à la télévision commençait à s’essouffler. Les Mystères de l’Ouest n’est pas un simple western, c’est une œuvre pionnière du genre « Steampunk » et un hybride d’espionnage, de science-fiction et de conte gothique qui a redéfini les codes de la fiction télévisuelle. La longévité et le charme de la série reposent sur la dynamique presque théâtrale entre ses deux protagonistes : James West (Robert Conrad) et Artemus Gordon (Ross Martin) . Conrad incarne le héros athlétique ultime. Il réalisait presque toutes ses cascades lui-même (ce qui a failli lui coûter la vie lors d’une chute mémorable dans la saison 4). Sa tenue emblématique (le boléro et le pantalon ultra-ajusté) participe à sa fétichisation en tant que sex-symbol des sixties. Gordon est le contrepoint parfait. Il n’est pas le faire-valoir comique classique (sidekick), mais le cerveau scientifique et l’homme aux mille visages. Le talent de Ross Martin pour les accents et les prothèses, fait de chaque épisode un festival de cabotinage maîtrisé. Contrairement aux buddy-movies modernes fondés sur la dispute, West et Gordon partagent une relation de respect mutuel absolu et une complicité sans faille, ce qui apporte une dimension réconfortante et chaleureuse à la série.

Le train des agents (le Wanderer) est un laboratoire roulant, symbole de la modernité victorienne. Les gadgets (armes dissimulées dans les talons, grappins, gaz somnifères) transposent la technologie des services secrets des années 60 dans l’Amérique post-Guerre de Sécession de 1870. La série emprunte énormément à la littérature fantastique d’Edgar Allan Poe, de Mary Shelley et de Jules Verne. Les complots impliquent souvent des savants fous, des machines à remonter le temps, des drogues hallucinogènes ou des illusions d’optique, éloignant la série du réalisme historique du western pour l’emmener vers le surréalisme.  L’utilisation des décors de studio, les éclairages contrastés (très expressionnistes dans les scènes de nuit) et le passage crucial du Noir & Blanc (saison 1) à la Couleur (saisons 2 à 4) qui a accentué le côté pop et « comic book » de la série. Un grand héros se mesure à la qualité de ses adversaires et la série possède l’un des meilleurs bestiaires de méchants de la télévision. Le Docteur Miguelito Loveless interprété par le brillant acteur de petite taille Michael Dunn est le double maléfique et brillant de West et Gordon. Loveless n’est pas un cliché grotesque ; c’est un génie incompris, poétique (il chante souvent avec sa complice Antoinette), doté d’une motivation complexe (récupérer les terres volées à ses ancêtres par le gouvernement américain). Il est le reflet de la paranoïa de la Guerre Froide d’un ennemi doté de l’arme technologique absolue. La série fourmille par ailleurs de conspirateurs excentriques, de femmes fatales (les « West girls ») et de géants muets (comme Voltaire), rappelant les bandes dessinées de l’époque. L’épisode « La Nuit du Printemps Meurtrier » (S02E13) illustre comment la série transcende le western vers le fantastique et la science-fiction. Réalisé par Richard Donner, cet épisode sublime l’esthétique gothique de la série. Le plan du Dr Loveless est d’une poésie macabre : endormir l’humanité grâce à une poudre hallucinogène pour recréer un monde sans violence. Les confrontations entre Robert Conrad et Michael Dunn ont une dimension shakespearienne , culminant lors des hallucinations cauchemardesques de West, filmées avec une mise en scène expressionniste audacieuse. De plus, l’épisode révèle la dualité de Loveless, esthète mélancolique secondé par Antoinette. En refusant le manichéisme pour interroger la nature humaine, cet affrontement philosophique démontre pourquoi Les Mystères de l’Ouest a durablement marqué l’histoire de la télévision.

L’identité visuelle et sonore des Mystères de l’Ouest s’établit dès les premières secondes de chaque épisode à travers un générique d’ouverture devenu légendaire, véritable coup de force conceptuel qui synthétise à lui seul toute l’esthétique de la série. Conçu par le studio d’animation de la CBS, ce générique révolutionnaire utilise un écran divisé en quatre quadrants, adoptant la grammaire visuelle d’une bande dessinée animée en noir et blanc. Au centre, un personnage de cow-boy au style graphique épuré et anguleux ,double animé de James West, doit faire face à diverses menaces surgissant des quatre coins de l’écran : un bandit de grand chemin, un joueur de cartes tricheur, une silhouette menaçante et, touche d’humour et de séduction typique de la série, une danseuse de saloon qui tente de le poignarder dans le dos avant de recevoir un baiser. Ce ballet de vignettes s’anime au rythme de la partition frénétique et mémorable de Richard Markowitz. Ce thème hybride fusionne l’héroïsme cuivré du western traditionnel avec des sonorités de jazz urbain et des accents de thriller d’espionnage contemporain. En moins d’une minute, ce mariage parfait entre graphisme pop art et dynamisme sonore pose une promesse narrative claire au spectateur : celle d’un spectacle moderne, rythmé, où le danger est permanent mais toujours désamorcé par le panache et l’esprit des héros.

Derrière cette esthétique novatrice se trouve le créateur et producteur de la série, Michael Garrison, dont l’homosexualité assumée à une époque encore très puritaine insuffle aux Mystères de l’Ouest un sous-texte queer et homoérotique saisissant. Loin du cow-boy fruste traditionnel, la série subvertit les codes du genre à travers le vestiaire fétichisé de James West, incarné par un Robert Conrad au corps athlétique constamment mis en valeur par des pantalons extrêmement ajustés et des scènes de déshabillage ou de torture hautement théâtrales. Cette sensibilité se déploie également dans la dynamique même du duo d’agents, qui partagent une intimité domestique sophistiquée dans leur luxueux wagon de train, renforcée par l’art du travestissement d’Artemus Gordon capable de régulières métamorphoses féminines, ainsi que dans la théâtralité baroque et flamboyante de leur ennemi juré, le Docteur Loveless, qui prend le contre-pied parfait du machisme brut du western classique.

À l’époque, la série a pourtant été vivement critiquée pour un tout autre aspect : sa violence physique. Robert Conrad apportait un réalisme brutal aux combats (inspirés des chorégraphies de karaté et de judo, novatrices pour l’époque à la TV américaine). D’ailleurs, la série n’a pas été annulée pour cause de mauvaises audiences (qui étaient excellentes), mais parce qu’elle a servi de bouc émissaire lors d’une campagne sénatoriale contre la violence à la télévision, suite aux assassinats de Martin Luther King et Robert Kennedy en 1968.CBS a préféré annuler la série pour apaiser les censeurs. Malgré cette fin prématurée, Les Mystères de l’Ouest a ouvert la voie à d’autres séries d’action fantastiques (X-Files, Buffy). Quant à l’échec cuisant de l’adaptation cinématographique de 1999 avec Will Smith, il prouve à quel point cet équilibre délicat d’humour, de sérieux, de charme et de second degré queer élaboré par Michael Garrison en 1965 était impossible à reproduire sans en comprendre la substance profonde.

Ma Note : A

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