TOTAL RECALL (2012)

En tant que fan de l’original réalisé par le « Hollandais violent » Paul Verhoeven, que j’ai eu la chance de découvrir en salles, j’étais initialement sceptique face à ce remake par le réalisateur d’Underworld et du 4ème Die Hard. Cependant, la bande-annonce a suscité mon intérêt. Le travail de « production design », conceptuel pour la création visuelle des décors et de l’univers du film, signé par le Français Patrick Tatopoulos, est impressionnant. Nous sommes totalement immergés dans un univers de science-fiction grandiose, digne des plus grandes bandes dessinées du genre. Il se compose de deux mégalopoles : une ville orientale rappelant Blade Runner, surpeuplée et baignée d’un crachin permanent, et un « Hyper-Londres » high-tech, parcouru par des autoroutes de voitures volantes. Le travail de conception est colossal : des véhicules aux armes futuristes, des troupes d’élite aux robots de combat, l’ampleur de l’univers de Total Recall se rapproche de celle de la prélogie Star Wars, avec lequel le film partage le superviseur des effets visuels Doug Chiang. Le revers de la médaille est que le film frôle parfois la démonstration de jeu vidéo, tant le nombre d’éléments de synthèse est important. Quoi qu’il en soit, le budget est clairement visible à l’écran, le distinguant d’une production directement destinée à la vidéo. Solidement épaulé par deux collaborateurs réguliers de Tony Scott, le directeur de la photographie Paul Cameron et le monteur Christian Wagner (qui a également dynamité Fast Five), Len Wiseman signe ici sa mise en scène la plus réussie. Fluide et hyperkinétique, elle maîtrise parfaitement son univers pour nous offrir des scènes d’action mémorables. C’est le deuxième point fort du film, qui, à l’instar de son modèle, propose un rythme trépidant et des scènes d’action roboratives : des gunfights homériques contre des humains ou des « synthétiques » (dont une scène en gravité zéro !), des combats intenses à mains nues (bien loin des « scènes de ménage » de M6) et une poursuite destructrice en voitures volantes. Total Recall remplit ainsi son contrat de blockbuster d’action et de science-fiction. Colin Farrell s’acquitte bien de son rôle d’action hero. La surprise du casting vient de Jessica Biel, dont j’ai été surpris par la qualité du jeu dans un rôle néanmoins limité. On aurait pu s’attendre, avec cette nouvelle adaptation de Total Recall, à un retour vers la nouvelle originale de Philip K. Dick ou à une approche développant l’ambiguïté entre le réel et le rêve, à la manière d’Inception. Les créateurs de ce remake se sont contentés de reprendre l’intrigue du film de Verhoeven (toutes les scènes clés y figurent), en écartant les éléments relatifs à Mars et aux mutants pour servir de moteur à leur propre univers.C’est d’ailleurs lorsque le film est contraint de s’en éloigner dans son climax (lié dans l’original à la technologie martienne) qu’il se montre le plus faible. Le dispositif de compte à rebours choisi s’intègre de manière moins organique, conduisant à une succession de scènes d’action sans réelle portée dramatique. De même, certains aspects du personnage de Quaid/Hauser sont absents dans cette version, ce qui le rend moins ambigu. Len Wiseman tente, au détour de certaines scènes, de brouiller les pistes entre réalité et imaginaire, mais manque de subtilité, si bien que le doute ne parvient jamais à s’immiscer dans l’esprit du spectateur. Kate Beckinsale et Bryan Cranston (et sa moumoute !) campent des antagonistes bien pâles face à la malfaisance du trio Ronny Cox / Sharon Stone / Michael Ironside de l’original. La belle Kate s’acquitte bien des exigences physiques de son rôle, mais s’avère plus limitée dans son interprétation. Quant au héros de la série Breaking Bad, il ne parvient pas à rendre son Coohagen réellement menaçant. Enfin, Len Wiseman semble avoir été particulièrement séduit par l’effet « lens flare » des films de J.J. Abrams et a tendance à en abuser. L’échec au box-office américain de ce remake, qui n’était pas forcément attendu, a scellé sa réputation. Pourtant, loin d’être un navet dénoncé par certains, il demeure un blockbuster estival honorable, visuellement impressionnant, qui remplit le quota de spectacle attendu de ce type de production (oui, Amazing Spider-Man, c’est toi que je regarde !).

Conclusion : Si l’on devait utiliser une métaphore culinaire, on pourrait dire que si ce Total Recall n’est pas un repas gastronomique, il offre un solide et satisfaisant « burger-frites » de divertissement, exécuté avec brio.

Ma Note : B

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