THE ROOKIE (1991)

Parfois, CinémaDroide plonge dans ses archives pour exhumer un film oublié qui mérite d’être redécouvert. Aujourd’hui, place à La Relève (The Rookie), réalisé par et avec Clint Eastwood.En 1990, Eastwood est à un tournant de sa carrière. Son travail de réalisateur, enfin reconnu grâce à Bird, connaît un accroc avec l’échec de Chasseur Blanc, Cœur Noir. Pendant ce temps, à la Warner, les productions de Joel Silver (L’Arme Fatale, Die Hard) ont pris la main sur le cinéma d’action, un terrain qu’Eastwood occupait autrefois. Avec La Relève, il tente de raccrocher le train du buddy movie, genre popularisé par L’Arme Fatale, en partageant l’affiche avec un Charlie Sheen encore en pleine ascension.

Ce dernier incarne David Ackermann, un fils de bonne famille fraîchement promu qui doit faire équipe avec un vétéran endurci pour traquer un trafiquant de voitures allemand. Fidèle à ses collaborateurs de toujours – Jack Green à la photographie, Joel Cox au montage – Eastwood livre ici son film le plus explosif. Cascades spectaculaires, fusillades, explosions : La Relève adopte l’esthétique et l’énergie des productions Silver, multipliant les morceaux de bravoure visuels.

Loin d’être un simple sidekick, Eastwood s’offre encore une fois un rôle de flic badass et cynique, au verbe acéré. Pourtant, son personnage joue plus volontiers la carte du comique que Harry Callahan. Ironiquement, La Relève aurait constitué une bien meilleure conclusion à la saga Dirty Harry que le médiocre The Dead Pool. On note d’ailleurs qu’Eastwood, impressionnant physiquement dans le film, suit ici la tendance des héros d’action musclés des années 90. Côté antagonistes, le film coche toutes les cases des productions de l’époque avec son criminel européen (Euro-trash, comme disent les critiques américains). Et quelle surprise de voir Raul Julia, inoubliable Gomez Addams dans les films de Barry Sonnenfeld, camper un mafieux allemand ! Charismatique, il partage l’écran avec la brésilienne Sonia Braga, qui marque le film avec une scène de pseudo-viol dérangeante impliquant Eastwood lui-même – un moment provocant qui porte la signature iconoclaste du cinéaste.

Un film oublié, une transition réussie

Malheureusement pour Charlie Sheen, son destin ne suivra pas celui de Mel Gibson ou Bruce Willis. Le film est un échec et ne connaîtra jamais de suite. Eastwood, comprenant que le genre lui échappe désormais, abandonnera définitivement l’action spectaculaire aux moguls Joel Silver, Jerry Bruckheimer. Deux ans plus tard, il reviendra à ses racines avec Impitoyable, son chef-d’œuvre crépusculaire qui marquera le début d’une nouvelle phase glorieuse dans sa carrière.

Conclusion : Film d’action musclé et typique de son époque, La Relève voit Clint Eastwood tenter de se fondre dans le moule du buddy movie explosif à la sauce Joel Silver, avec cascades spectaculaires et punchlines cinglantes. Sans révolutionner le genre, le film offre un spectacle efficace, porté par un Eastwood toujours charismatique et un Charlie Sheen encore prometteur. Malgré son échec commercial, il reste une curiosité dans la filmographie du cinéaste, témoin d’une transition avant son retour triomphal avec Impitoyable. Un film à redécouvrir, ne serait-ce que pour le plaisir de revoir un Raul Julia impérial dans un rôle de méchant savoureux.

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