[Blast from the past] The Grand Budapest Hotel – [Critique] Anderson chez Hergé

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Je le confesse d’emblée je ne suis pas fan du style et de l’univers de Wes Anderson, son goût pour les miscellanées et le « cinéma d’antan que c’était mieux avant ». Je me souviens m’être ennuyé à mourir devant certains de ses films, oui « The Royal Tannenbaums » c’est de vous dont je parle.

Les passionnés du texan seront ravis d’apprendre que « The Grand Budapest Hôtel » est un film 100% Wes Anderson, on y retrouve ses parti-pris ainsi que beaucoup des pensionnaires de ses films (nous y reviendrons) pourtant je ne m’y suis pas ennuyé et l’ai même trouvé plaisant.

J’ai toujours les mêmes réserves qui me font rester un peu « en dehors » mais le caractère ludique de l’entreprise rende le film très abordable au « non-initiés ».
The Grand Budapest Hotel narre les mésaventures de Monsieur Gustave (Ralph Fiennes) concierge du palace qui donne son titre, au film niché dans les montagnes d’un pays imaginaire d’Europe Centrale durant l’entre-deux-guerres qui se voit accusé à tort du meurtre d’une de ses riches clientes.

Dans la note d’intention à la fin du film Anderson rend hommage à l’œuvre de Stefan Sweig, si je manque de culture pour l’avoir j’ai vu en revanche un hommage à Tintin (avec un soupçon d’Agatha Christie) avec ces aventures dans cette MittelsEuropa d’opérette où se mêlent casques à pointe, conspirateurs et hommes de main.

L’influence d’Hergé se fait sentir dans le style adopté par Anderson, passé une intro en scope qui se déroule dans les années 70 ou le propriétaire actuel de l’hôtel raconte l’histoire, on passe à des cadres en 4/3 qui s’enchainent avec très peu de mouvements de caméras. Chaque cadre/case fourmille de détail et de trouvailles comme dans le travail méticuleux du pape de la BD franco-belge. L’utilisation habituelle chez Anderson des techniques de trucages vintages contribue au cachet du film.

La partie « moderne » elle avec son grand hôtel désert niché dans les montagnes et sa déco très graphique (tiens j’ai déjà vu ce motif de papier peint quelque part.) rend hommage bien entendu à Kubrick et son Shining.

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Mais l’arme secrète du film est bien l’interprétation géniale de Ralph Fiennes, nouveau venu chez Anderson, il est fantastique dans ce rôle de concierge fantasque cultivé, caustique et ambigu il fait vivre les dialogues alambiqués avec une distanciation « So british ». Il apporte une plus-value au travail du cinéaste qui peine à mes yeux à injecter une vraie profondeur dans son cinéma. Fiennes au détour d’une réplique donne la gravité que ses comédiens fétiches peinent à apporter par paresse (promis on y reviendra).

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Le nouveau venu Tony Revolori dans le rôle du groom Zero lui sert de complice idéal, F.Murray Abraham est très émouvant dans son rôle de narrateur, Jeff Goldblum très bon lui aussi en notaire amateur de chat persan.
Enfin la « gueule » de Willem Dafoe s’insère à merveille dans ce dispositif graphique son homme de main très « Max Schreck », rend un bel hommage à l’expressionnisme allemand tout en offrant de bons moments de comédie.

Le film, comme souvent chez Anderson présente une galerie de personnages hauts en couleurs qu’il confie pour partie à ses pensionnaires habituels. A mes yeux trop souvent, ceux-ci se laissent aller dans cette mise en scène très visuelle à la tentation du carnaval, « on met des costumes, on joue des personnages bizarres chez notre ami le très intelligent Wes ».
Fiennes plus rigoureux ne tombe pas dans ce piège et du coup par contraste fait ressortir ce défaut chez certains. Ainsi Adrian Brody est dans la caricature, Jason Schwartzman ressert la même mono-interprétation (instant franchise, je ne le supporte pas). Ed Norton que j’adore ne va pas hélas plus loin que de mettre son costume de policier et faire le sérieux. Saoirse Ronan est transparente. L’apparition d’Harvey Keitel si elle est sympathique n’apporte rien à la gloire de son interprète.
Par chance la plupart de ces personnages sont satellites à l’intrigue principale axée sur le personnage de Fiennes.

Je trouve le cinéma d’Anderson visuellement riche et assez superficiel ses tentatives de « sérieux », en particulier l’évocation du nazisme avec passage au noir et blanc est assez maladroite, la légèreté lui sied beaucoup mieux.

Conclusion :
Entre Agatha Christie et Tintin, Wes Anderson livre ici avec ce film vif et graphique une de ses œuvres les plus abordables illuminée par le jeu de Ralf Fiennes, même les plus réticents peuvent sans crainte réserver leur chambre dans « The Grand Budapest Hotel ».

Ma Note : B

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