LONE SURVIVOR (2014)

Comme La Chute du Faucon Noir, Du Sang et des Larmes s’inspire du récit véridique d’une opération militaire américaine qui tourne à la catastrophe. Après l’Éthiopie du film de Ridley Scott, c’est l’Afghanistan qui prend le relais, où un commando de Navy Seals doit neutraliser un leader taliban tout en se retrouvant encerclé sur un terrain hostile par un ennemi bien plus nombreux. Je l’avoue, j’adore le style de Peter Berg (Le Royaume, Hancock), ancien acteur protégé de Michael Mann, qui, après l’échec cuisant de son blockbuster Battleship, revient à un budget plus modeste de 30 millions de dollars. Ce budget ne freine en rien ses ambitions visuelles. Sa manière de filmer les combats est viscérale, tout en restant toujours claire sur la géographie des affrontements.Pas rancunier, il reprend son héros de Battleship, Taylor Kitsch, au sein d’un commando composé de Mark Wahlberg, Emile Hirsch (Speed Racer) et Ben Foster. Les comédiens ont subi un entraînement militaire pour coller au plus près de leurs rôles et se montrent tous excellents. Leurs rôles, d’égale importance, contribuent à l’empathie que l’on ressent pour le groupe. Le film se divise en trois grandes parties. La première, sur la base, nous permet de découvrir le quotidien de ces soldats, et leur amitié laisse entrevoir la vie qu’ils ont laissée “au pays” avant le début de la mission qui leur est confiée par le Lt.Cmdr. Erik S. Kristensen (Eric Bana, déjà présent dans Black Hawk Down, un ami soldat dont il peut être préférable d’éviter les missions avec l’acteur australien !).

La seconde partie consiste en une longue séquence de combat où les quatre soldats affrontent les talibans sur un terrain de plus en plus hostile à mesure qu’ils reculent, passant des sous-bois à des pentes rocheuses. La mise en scène de Berg nous place au cœur de l’action, avec une caméra mobile qui ne nous égare jamais. La topographie des lieux, rarement vue au cinéma, apporte une véritable originalité à l’ensemble. Les acteurs se dépensent sans compter et rendent vraiment éprouvante la lutte de ces hommes. La dernière partie raconte les efforts de l’armée américaine pour les tirer d’affaire et l’assistance que leur apportent les villageois afghans, au péril de leur propre vie. Peter Berg a toujours entretenu une proximité avec les forces armées américaines, ce qui confère au film une authenticité qui le situe à mi-chemin entre le film d’action et le documentaire, mais également, hélas, vers le film de propagande. Si Du Sang et des Larmes est techniquement puissant, sur le plan moral, il pose question. Il est inévitable qu’un tel film sublime le courage et la solidarité des soldats américains, mais Berg ne se contente pas de glorifier leur héroïsme, il valorise également leur mort, même lorsque celle-ci survient dans des opérations finalement inutiles. Avant l’offensive, le commando débat de l’utilité de tuer des civils capturés pour éviter d’être repérés. C’est quelque peu gênant qu’un personnage refuse de les abattre non pas par principe, mais plutôt parce qu’il doute de la capacité de son unité à garder le secret, redoutant ainsi une mauvaise presse. La moralité ici est étrange. Dans ce type de film, le manichéisme prévaut : les méchants talibans se présentent sous forme de silhouettes d’ennemis ou de coupeurs de têtes sadiques. Lorsque le film introduit des personnages afghans positifs, il semble s’en désintéresser une fois ces derniers sauvés de leur sort, qu’on imagine funeste pour avoir protégé des soldats américains. Cette inclusion de personnages positifs apparaît donc quelque peu hypocrite.

Conclusion : Film de guerre viscéral porté par une interprétation intense et une mise en scène virtuose “Du Sang et des Larmes” est un film qu’il faut voir pour l’action moins pour les idées qu’il véhicule.

DU SANG ET DES LARMES (Lone Survivor) de Peter Berg (sortie le 1er janvier 2014)

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