« Hollywood ne fait plus que des suites et des remakes » on entend souvent cet argument , de ces deux espèces les remakes (rebaptisés à tort reboot, je réserve ce terme au redémarrage d’une franchise par ex: Batman Begins ou Star Trek sont des reboots) ont la plus mauvaises presse. Pourtant des remakes (parfois supérieurs aux originaux) font partie des plus grands films de l’histoire.voici mes favoris…
1- SCARFACE – Brian DePalma (1983)
C’est Al Pacino, grand admirateur de l’original de Howard Hawks, qui a eu l’idée de suggérer au producteur Martin Bregman d’acquérir les droits du film pour en réaliser un remake. Le projet était initialement destiné à Sidney Lumet, le metteur en scène avec qui Pacino avait déjà collaboré avec succès sur « Un après-midi de chien ». Cependant, le script d’Oliver Stone, écrit en pleine cure de désintoxication à la cocaïne à Paris, boulevard Saint-Germain, s’est révélé d’une violence et d’une audace qui ont effrayé Lumet. Le réalisateur, soucieux de son image et de la portée de ses œuvres, a finalement abandonné le projet, jugeant le matériau trop extrême. C’est alors que Brian De Palma, connu pour son style visuellement audacieux et son penchant pour les histoires sombres, a repris le flambeau. Le tournage et les développements ultérieurs du film furent marqués par une intensité folle, marquée par une profusion d’insultes (« fuck »), de références à la consommation de cocaïne, et une vision sans compromis. C’est dans ce creuset d’audace, de controverses et de talents conjugués que « Scarface », malgré ses excès assumés, a fini par naître comme un nouveau classique du cinéma, un monument de l’excès et de l’ambition américaine.
2- THE THING – John Carpenter (1982)
Bien que le film original de 1951, « The Thing from Another World », porte officiellement la signature de Christian Niby, on y retrouve l’influence de Howard Hawks, et c’est souvent de ces œuvres qui dégagent une tension et une efficacité maîtrisées que naissent les meilleurs remakes. En 1982, John Carpenter se retrouve face à un contexte particulier. Son film, exécuté au box-office par le phénomène populaire et bienveillant d’E.T. l’extraterrestre qui dominait les salles, a été incompris par le public américain, qui semblait préférer un alien sympathique cet été-là. Pourtant, Carpenter, loin de se décourager, a bâti sur l’ADN de ce vieux « monster-movie » de la guerre froide – un film qui, par nature, explorait la peur de l’étranger, de l’inconnu infiltré – et sur un script astucieux (signé par le fils de Burt Lancaster), un suspense d’une intensité inouïe. Il a créé une atmosphère étouffante, un huis clos glacial où la paranoïa règne en maître. Ce qui rend ce film magistral, c’est l’ombre d’H.P. Lovecraft qui plane, évoquant une horreur indicible et primale. Cette horreur prend corps grâce aux effets spéciaux de maquillages absolument inégalés de Rob Bottin, qui ont marqué une génération et continuent de fasciner par leur créativité et leur réalisme cauchemardesque. L’alien de Carpenter n’est pas qu’une créature, c’est une force de la nature métamorphe, une source de terreur pure qui dissout toute confiance et installe un doute permanent.
3- THE FLY David Cronenberg (1986)
Ce remake, produit par l’inattendu Mel Brooks (qui prouve ici son sens du genre au-delà de la comédie), est pour moi le sommet de la carrière de son auteur, David Cronenberg. Le film transcende la simple horreur pour offrir une expérience cinématographique d’une richesse inouïe. Il est à la fois le summum du film d’horreur « organique », explorant la décomposition physique à travers des effets spéciaux révolutionnaires et dérangeants qui repoussent les limites du gore, tout en étant une sublime et tragique histoire d’amour. La relation entre Seth Brundle et Veronica Quaife évolue sous nos yeux, passant de la fascination à l’horreur, mais conservant toujours une profonde tendresse face à la métamorphose implacable. Mais au-delà de ses aspects viscéraux et romantiques, « La Mouche » résonne aussi comme une métaphore puissante et déchirante. Pour de nombreux spectateurs et critiques, il peut être interprété comme le plus grand film jamais réalisé sur la pandémie du SIDA, abordant avec une pertinence troublante les thèmes de la maladie, de la contagion, de la stigmatisation, de la perte de contrôle sur son propre corps, et de la solitude face à une épidémie incomprise. C’est un film audacieux, profond et inoubliable.
4- King Kong – Peter Jackson (2005)
Ce remake de « King Kong » est plus qu’un simple film ; c’est l’aboutissement d’un rêve d’enfant pour Peter Jackson. Le réalisateur néo-zélandais caressait ce projet depuis sa plus tendre enfance, nourri par l’impact qu’avait eu le film original sur son imagination. Après une première tentative avortée en 1996, le succès phénoménal et critique de sa trilogie du « Seigneur des Anneaux » lui a ouvert les portes d’Universal avec les ressources nécessaires pour concrétiser sa vision. Le résultat est une fresque épique de près de trois heures, une œuvre d’une ambition démesurée où Jackson déverse littéralement à l’écran tous ses fantasmes d’enfant et un romantisme pur, sans une once de calcul commercial. Il recrée le périple vers l’île de la Crâne, la découverte de Kong, et le drame tragique de ce titan aux prises avec le monde moderne, avec une passion intacte et une dévotion au matériau d’origine qui transparaît dans chaque plan. C’est un hommage sincère et grandiose à l’imaginaire qui l’a toujours habité.
5-THE MAGNIFICENT SEVEN (Les 7 mercenaires ) – John Strurges (1960)
« Les Sept Mercenaires » est un exemple parfait de la manière dont un remake peut non seulement égaler, mais aussi transcender son matériau d’origine pour devenir un classique à part entière. Inspiré du chef-d’œuvre japonais d’Akira Kurosawa, « Les Sept Samouraïs » (1954), ce western américain a su conquérir le public mondial grâce à son casting « all-star » d’une puissance rare. Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, James Coburn, Robert Vaughn, Brad Dexter et Horst Buchholz incarnent chacun avec charisme et brio ces sept mercenaires aux passés variés, unis par un code d’honneur naissant pour défendre de pauvres villageois mexicains contre les bandits impitoyables menés par un Eli Wallach formidable. Plus qu’une simple histoire de bravoure et de sacrifice, le film est magnifié par la partition immortelle d’Elmer Bernstein. Cette musique est devenue synonyme d’aventure et d’héroïsme, un thème reconnaissable entre tous et qui continue de résonner. Il est d’ailleurs intéressant de noter la présence de John Williams, futur titan de la musique de film, dans l’orchestre, jouant du piano sur cette composition légendaire. « Les Sept Mercenaires » a prouvé sa résilience à l’épreuve du temps, restant une référence incontournable du western, célèbre pour son mélange parfait d’action, de camaraderie et d’une touche de mélancolie.
6- SORCERER – Le convoi de la peur (1977) – William Friedkin
Ce remake du classique français « Le Salaire de la peur » est une œuvre d’une ambition titanesque et d’une genèse tumultueuse, qui a vu le jour dans des conditions extrêmes. William Friedkin, frais émoulu du succès phénoménal de « L’Exorciste », retrouve Roy Scheider, six ans après le mythique « French Connection », pour incarner Jackie Scanlon. Ce personnage, initialement pensé pour Steve McQueen, est un escroc new-yorkais traqué par la police et la mafia. Sa fuite le mène en Amérique du Sud, où il accepte le rôle principal dans une mission suicide : convoyer, à travers une jungle impitoyable, deux camions gorgés de nitroglycérine hautement explosive. Aux côtés de Scanlon, une équipe hétéroclite et désespérée complète le tableau : Manzon (joué par Bruno Cremer, Lino Ventura ayant refusé le rôle), un banquier français menacé de prison pour ses spéculations, et Kassem (Amidou), un terroriste. La dynamique de ce groupe est le théâtre de tensions palpables, exacerbées par les conditions de tournage en pleine jungle dominicaine. Les relations entre Scheider et Friedkin furent particulièrement houleuses. Friedkin théorisait que le succès de « Jaws » avait rendu Scheider imperméable à toute suggestion, le privant de l’humilité nécessaire pour s’adapter au tournage éprouvant. De son côté, Scheider reconnaissait que Friedkin, malgré son talent visuel indéniable, rendait le tournage difficile en ne faisant confiance à personne. Pourtant, il ajouta un élément crucial : seul un réalisateur de la stature de Friedkin aurait pu le convaincre de s’engager dans ces scènes hyper-dangereuses, car, en voyant les rushes, il savait que le résultat en valait la peine. Ce film, « poisseux » par son tournage en pleine jungle, fut également l’un des premiers à bénéficier d’un « score » électronique novateur signé par le groupe allemand Tangerine Dream, ajoutant une dimension sonore unique et angoissante à l’ensemble. Écrasé au box-office par le phénomène « Star Wars » lors de sa sortie, « Sorcerer » a traversé les décennies pour être aujourd’hui unanimement considéré comme un chef-d’œuvre du suspense et un classique du cinéma américain.
7-INVASION OF THE BODY SNATCHERS (L’invasion des profanateurs) Philip Kaufman (1978)
Le mythe de « L’Invasion des profanateurs de sépultures » (titre original : « Invasion of the Body Snatchers ») est l’un des plus féconds du cinéma américain. À l’exception notable de la dernière adaptation par Oliver Hirschbiegel en 2007 (qui n’a pas connu le même succès critique), tous les remakes du classique paranoïaque de Don Siegel ont réussi à proposer des visions fascinantes et efficaces de cette terreur insidieuse.Toutefois, le consensus critique place la version de Philip Kaufman, située dans le San Francisco trépidant et paranoïaque de la fin des années 70, au sommet du genre. Ce film n’est pas seulement une excellente relecture, c’est une œuvre magistrale en soi, qui parvient à capturer l’essence de la peur de la conformité et de la perte d’individualité propre à l’époque. Sa conclusion, d’un pessimisme radical et d’une froideur glaçante, reste gravée dans la mémoire des spectateurs, offrant une alternative glaçante aux films d’horreur plus conventionnels. Une petite subtilité rend d’ailleurs ce film particulièrement savoureux : le double caméo au tout début. Kevin McCarthy, l’inoubliable héros de l’original de 1956, tente désespérément d’alerter Donald Sutherland sur l’invasion extraterrestre qui a déjà commencé. Et le taxi dans lequel Sutherland est assis est conduit par nul autre que Don Siegel, le réalisateur du film originel, établissant un pont symbolique et fascinant entre les différentes incarnations de cette terreur universelle.
8- CAPE FEAR (Les nerfs à vif) Martin Scorsese -1991
C’est nul autre que Robert De Niro qui a activement convaincu Martin Scorsese de réaliser ce projet, qu’il produisait également aux côtés de Steven Spielberg. De Niro était alors obsédé par l’idée d’incarner un personnage qui le sortirait de sa zone de confort habituelle, un rôle qu’il décrivait vouloir comme « proche de Terminator » – un monstre implacable, mû par une vengeance froide et mécanique. Pour donner vie à cette ambiance inquiétante et à cette quête obsessionnelle, Scorsese a collaboré avec le légendaire directeur de la photographie anglais Freddie Francis, connu pour son travail incroyable sur les films d’horreur de la Hammer. Ensemble, le réalisateur cinéphile et son chef opérateur ont méticuleusement conçu un hommage vibrant aux séries B des années 50, injectant une esthétique visuelle forte et une atmosphère poisseuse. Le résultat est un conte de fées noir et malsain, où les thèmes de la justice, de la vengeance et de la descente dans la folie sont explorés avec une intensité dérangeante, faisant de « Cape Fear » un thriller psychologique marquant et indélébile.
9-TRUE LIES – James Cameron 1994
L’annonce par James Cameron que son projet suivant serait un remake de la comédie d’espionnage française « La Totale ! » (1985), avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle principal tenu par Thierry Lhermitte, avait de quoi laisser perplexe. Pourtant, Cameron ne se contente pas d’une simple adaptation. S’il conserve habilement le cœur de l’intrigue originale, ses rebondissements et une grande partie de ses gags comiques, il les enchâsse dans une production d’action au rythme effréné, véritablement « nucléaire » dans son échelle et son ambition. »True Lies » navigue avec aisance entre l’univers sophistiqué et les enjeux de James Bond, et l’exubérance spectaculaire que l’on pourrait retrouver dans les premières incarnations des super-héros de Marvel Comics (Charlton Heston, dans un rôle secondaire marquant, évoquant l’allure charismatique et l’autorité de Nick Fury des comics). Cameron injecte une dose massive d’effets spéciaux démesurés, de séquences de combat explosives et d’une tension omniprésente, tout en conservant l’humour qui faisait le sel du film français. La scène du strip-tease est devenue un moment iconique, salué pour son audace et son caractère paradoxalement sexy et comique. « True Lies » est ainsi devenu un monument du film d’action des années 90, une fusion réussie entre l’espionnage, la comédie et un spectacle à grande échelle.
10-THE DEPARTED – (Les infiltrés) Martin Scorsese – 2006
« The Departed » représente un jalon majeur dans la filmographie de Martin Scorsese, étant le deuxième remake qu’il réalise (après Cape Fear en 1991). Il aura fallu attendre ce film, et sa collaboration une fois de plus fructueuse avec son acteur fétiche, Leonardo DiCaprio, pour que le réalisateur emblématique de New York reçoive enfin son premier Oscar pour la meilleure réalisation. Scorsese y déploie tout son art pour transposer l’essence du polar hongkongais, dont il était visiblement friand, dans un contexte américain. Il assaisonne cette intrigue complexe et haletante avec sa propre « sauce Goodfellas », mélangeant l’énergie brute, le rythme effréné, la violence choquante et une exploration incisive de la loyauté, de la trahison et de l’identité qui caractérisent ses plus grands films. Le résultat est un thriller nerveux et captivant, maintes fois salué pour son scénario ingénieux, ses performances d’acteurs exceptionnelles et sa mise en scène virtuose, qui a finalement conquis l’Académie après des décennies de nominations.
BONUS
BEN-HUR -William Wyler (1959)
Ce chef-d’œuvre cinématographique de 1959, réalisé par William Wyler, est bien plus qu’un simple péplum ; il s’agit d’une œuvre monumentale qui a marqué l’histoire du cinéma. Reconnu comme l’un des « peplums » les plus grandioses et ambitieux jamais réalisés, le film a su captiver des générations de spectateurs par son ampleur épique, ses décors somptueux et ses costumes méticuleux. Au cœur de cette fresque romaine se trouve la scène de la course de chars, une séquence d’action d’une intensité et d’une maestria inégalées, devenue véritablement « d’anthologie » et synonyme de spectacle cinématographique pur. Ce qui ajoute une couche fascinante à cette réussite de 1959, c’est qu’elle est elle-même le remake d’un film muet précédent, lui aussi un immense succès. Le « Ben-Hur » de 1925, mettant en vedette la star de l’époque, Ramon Navarro, avait déjà établi la légende de ce prince judéen trahi et cherchant vengeance. Wyler et son équipe ont ainsi relevé le défi de surpasser un modèle déjà iconique, en exploitant pleinement les possibilités du cinéma parlant et des nouvelles technologies, pour livrer une version qui allait devenir, à son tour, une référence incontournable du grand écran.











