
En 1990, la culture hip-hop et le rap font émerger une nouvelle conscience politique dans la communauté noire américaine. C’est dans ce contexte qu’un jeune réalisateur de 22 ans, John Singleton, capture le malaise de toute une génération avec son film Boyz N the Hood. Ce succès surprise préfigure l’explosion sociale qui éclatera un an plus tard, suite à l’acquittement des policiers ayant tabassé Rodney King. S’ensuit alors une décennie où Hollywood, toujours à l’affût du profit, ouvre les portes de la série B à des comédiens, rappeurs et réalisateurs noirs. Cette période constitue une seconde Blaxploitation, où le rythme du rap a remplacé la soul des années 1970.
Menace II Society d’Albert et Allen Hugues (1993)

Dans le sillage de Boyz N the Hood, ce film révèle le talent des frères Hughes avec cette chronique située dans le quartier de Watts après les émeutes. Il suit la dérive inexorable de Caine et de son ami O-Dog. Plus violent, sombre et nihiliste que l’œuvre de Singleton, Menace II Society s’impose comme le chef-d’œuvre de ce sous-genre qu’est le film de quartier. Sa conclusion glaçante vous hantera longtemps.
Dead Presidents – Albert et Allen Hugues (1993)

Après le succès de Menace II Society, les frères Hughes bénéficient d’un budget plus conséquent et souhaitent s’éloigner de l’univers du quartier. Ils se lancent dans l’ambitieuse histoire d’un groupe de vétérans noirs du Vietnam qui, au retour de la guerre, sombrent dans le banditisme. Voulant rendre justice à ces soldats oubliés, ce film imparfait essuie un échec public et critique, mais mérite néanmoins le détour.
New Jack City – Mario Van Peebles (1991)

Réalisé par l’acteur Mario Van Peebles, fils du fondateur de la première Blaxploitation Melvin Van Peebles, ce film livre une version noire de Scarface et des Incorruptibles. Il chronique l’ascension et la chute du baron du crack Nino Brown. L’œuvre révèle le charisme magnétique de Wesley Snipes et place ironiquement, pour la première fois, Ice-T du côté des forces de l’ordre – lui qui avait interprété la chanson « Cop Killer » (tueur de flic), laquelle avait provoqué un scandale retentissant lors de sa sortie.
Surviving the Game – Ernest R. Dickerson (1994)

Signé par le directeur de la photographie historique de Spike Lee, ce film met en vedette la star du gangsta rap Ice-T dans une nouvelle version des « Chasses du Comte Zaroff ». De riches businessmen blancs – dont Gary « L’Arme fatale » Busey, F. Murray « Amadeus » Abraham et un complice noir joué par Charles « Alien 3 » S. Dutton – menés par un Rutger Hauer charismatique, traquent un SDF noir dans les rues. Au-delà de la métaphore sociale et raciale, on découvre une série B musclée et redoutablement efficace. Un pur concentré d’adrénaline !
Demon Knight – Ernest D.Dickerson et Gilbert Adler (1993)

Film dérivé de la série Tales from the Crypt, cette production met en vedette Jada Pinkett (pas encore Smith) et est réalisée par Ernest Dickerson. Cet excellent film aux accents de bande dessinée met en scène le siège d’un hôtel par une horde de démons menée par Billy Zane. Leur objectif : s’emparer d’une relique sacrée détenue par un gardien immortel joué par William Sadler, qui doit trouver son successeur. Une atmosphère gothique et des effets pratiques remarquables pour ce petit bijou horrifique.
Trespass – Walter Hill (1992)

Projet initialement écrit par le duo de Retour vers le futur, Robert Zemeckis et Bob Gale, il est repris par le vétéran Walter Hill qui orchestre cette chasse au trésor urbaine. Le réalisateur oppose les piliers de la série B américaine Bill Paxton et William Sadler aux rappeurs-acteurs les plus en vue du moment, Ice-T et Ice Cube. Le vieux lion qui avait propulsé Eddie Murphy dans 48 heures adoube ainsi la nouvelle génération, créant un pont générationnel saisissant dans ce thriller haletant.
Passenger 57 – Kevin Hooks (1993)

Avec ce « Die Hard dans un avion » mis en scène par un réalisateur afro-américain, Wesley Snipes s’impose comme une véritable star du cinéma d’action et entame brillamment une seconde carrière dans ce registre. Le film confirme son charisme et sa crédibilité dans les rôles de héros musclés, ouvrant la voie à une filmographie d’action remarquable.