
Ethan Hunt (Tom Cruise) revient quatre ans après sa dernière mission, alors que la Force Mission Impossible est dissoute par le gouvernement. Il se retrouve face à un Syndicat déterminé à établir un nouvel ordre mondial par le biais de terrorisme. Seule une poignée de fidèles alliés, dont Ilsa Faust (Rebecca Ferguson), l’accompagne, et le doute persiste quant à sa loyauté : est-elle membre de cette organisation maléfique ? Après le succès fulgurant de la saga, Cruise peut-il faire mieux ? La réponse se dévoilera avant que le film ne s’autodétruise…Le scénariste oscarisé Christopher McQuarrie, connu pour Usual Suspects, a été éloigné d’Hollywood pendant plus de douze ans suite à l’échec de son premier film en tant que réalisateur, Way of the Gun (avec Benicio Del Toro). Ce dernier est devenu le véritable homme de confiance de Tom Cruise depuis qu’il a joué dans Walkyrie, film réalisé par son ami d’enfance Bryan Singer. Cruise, souvent qualifié de la « plus petite grande star du monde », fait régulièrement appel à McQuarrie en tant que « script doctor » sur ses projets, tels que Edge of Tomorrow et Ghost Protocol. Ce dernier a ensuite été ramené à la réalisation avec Jack Reacher, avant de prendre les rênes de la franchise qui l’a vu s’illustrer, avec l’assistance de Drew Pearce (un collaborateur de Shane Black sur Iron Man 3).

McQuarrie évacue dès le début du film la séquence spectaculaire mise en avant dans le marketing : une scène pré-générique à la Bond où Cruise, après un plan d’introduction à la fois parfait et ironique sur son image de « running man » du cinéma, se suspend à un Airbus en vol. Ce choix de mise en scène souligne son intention de s’éloigner d’une surenchère spectaculaire, caractéristique des autres blockbusters. Cependant, cela ne signifie pas que Rogue Nation soit dénué de séquences mémorables ; au contraire, McQuarrie les multiplie, tout en les orientant vers la tension et le suspense plutôt que vers l’action pure. Néanmoins, cette dernière n’est pas absente, notamment à travers des combats à mains nues d’une brutalité sèche, évoquant Jack Reacher, ou une poursuite à motos d’anthologie. Chaque scène conserve un aspect brut et élégant, évitant de ressembler à des démos de jeux vidéo. McQuarrie réinjecte à la franchise toute la dimension hitchcockienne que Brian De Palma avait insufflée au premier volet. À ce titre, la séquence se déroulant à l’opéra de Vienne est un bijou de suspense digne du maître du genre et de son émule italo-américain. En parallèle, il n’oublie pas d’intégrer des éléments plus légers présents dans les épisodes suivants, tirant parti de l’entente entre Simon Pegg et Cruise pour apporter un humour subtil, jamais envahissant. Un second duo émerge entre les personnages de Jeremy Renner et Alec Baldwin, ajoutant une nouvelle couche de dynamisme à l’intrigue. McQuarrie parvient également à maintenir la continuité de la franchise, assurée en grande partie par la photographie de Robert Elswit, qui reprend son rôle de Ghost Protocol. Des références à la NOC-list dérobée par Hunt dans le premier volet, ainsi qu’à un wagon secret vu dans le film de Brad Bird, témoignent de son respect pour les tropes de la série TV.

La dualité est au cœur du film, avec Hunt confronté à une organisation, sorte d’anti-IMF, dirigée par un mystérieux leader, son double négatif. J’ai particulièrement apprécié la construction symétrique « en miroir » du script : les deux scènes d’audition, les deux scènes se déroulant dans des « boîtes », et les deux séquences mettant en scène des premiers ministres résonnent d’un écho fascinant ; du grand art ! La révélation du film est sans conteste la comédienne suédoise Rebecca Ferguson, véritable réincarnation moderne d’Ingrid Bergman (Hitchcock encore…). Elle brille dans le rôle d’Ilsa Faust, une mystérieuse femme fatale, égale de Cruise dans l’action. Son personnage, empreint d’une mélancolie persistante, transcende le stéréotype de l’héroïne d’action. À noter également l’excellente partition de Joe Kraemer, qui marie la pulsation du thème de Lalo Schifrin avec des extraits du Turandot de Puccini, contribuant ainsi à élever la classe du film.
Conclusion : Avec Mission: Impossible – Rogue Nation, Tom Cruise et Christopher McQuarrie réalisent l’impossible en offrant un cinquième volet de franchise, vieux de vingt ans, qui s’impose comme le meilleur à ce jour. Un spectacle à la fois riche en suspense et en action, habilement ficelé, qui prouve que la magie du cinéma peut toujours surprendre. Du caviar !
Ma Note : A
Mission Impossible – Rogue Nation de Christopher McQuarrie (sortie le 12/08/2015)