Crimson Peak : Guillermo Del Toro loin de ses sommets [Critique]

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Crimson peak est un projet qui tient à coeur au maitre mexicxain : un lugubre manoir sur la lande anglaise, un mystérieux aristocrate et sa sinistre sœur qui cache un lourd secret , une innocente visitée par des fantômes, tous les ingrédients semblent réunis pour qu’il nous concocte un magnifique conte gothique mais parfois l’enfer est pavé de bonnes intentions…

Le pitch :Alors qu'elle tombe sous le charme d'un séduisant inconnu (Tom Hiddleston), Edith Cushing (Mia Wasikowska) jeune auteur en herbe est emportée dans une maison au sommet d'une montagne d'argile rouge sang: un lieu rempli de secrets qui la hantent toujours. Entre le désir et les ténèbres, entre mystère et de la folie, se trouve la vérité derrière Crimson Peak.

Le film s’ouvre sur l’image de la jeune Edith Cushing (Mia Wasikowska) livide la joue zébrée d’une fraîche coupure perdue dans une brume neigeuse qui nous narre les circonstances qui l’ont conduite à cet instant et nous fait remonter jusqu’à son enfance ou après les funérailles de sa mère  elle est visitée par le spectre de celle-ci la mettant en garde sur un mystérieux endroit nomme Crimson Peak.

Guillermo Del Toro construit son film en deux mouvements marqués par deux genres annoncés par les noms et prénoms de son héroïne. Edith comme la romancière Edith Warton, issue comme elle de la haute société américaine, pour une première partie placée sous le signe de la romance contrariée entre la jeune héritière et un aristocrate anglais désargenté et Cushing pour Peter Cushing pilier de la Hammer films pour une seconde partie de gothique pur avec son départ  vers l’Angleterre et  l’ancestrale demeure des Sharpe perchée au sommet d’une colline d’argile écarlate qui donne son nom au film.

Aucun bouton de manchette ne manque à la reconstitution minutieuse de la haute société américaine au début du siècle avec un clin d’œil au travers du personnage de Charlie Hunnam (qui à le physique du jeune Depardieu mais pas le charisme)  à Arthur Conan Doyle et sa passion pour le spiritisme. La partie américaine du film se conclut par le meurtre de Monsieur Cushing père une séquence graphique mais brutale  et glauque une qualité qui manquera cruellement au film par la suite.

On arrive ensuite à Allerdale Hall la mère de toute les maisons hantées , monstre craquant au toit éventré s’enfonçant dans un sol rouge comme le sang, aux longs couloirs hantés, la demeure est finalement le personnage le plus réussi du film. Pourtant rien ne manque à ce véritable « best-of » du genre aux visuels somptueux que bâtit avec la minutie qu’on lui connait un  Del Toro traversé par l’esprit des maîtres du gothique en technicolor Michael Powell, Terence Fischer ou bien Mario Bava. Agrémenté des obsessions de l’artiste mexicain pour les mécanismes (ici les machines que fabrique le personnage de Tom Hiddleston ou les phonographes) et les insectes.

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Edith Cushing (Mia Wasikowska)

Son scénario téléphone tant ses effets qu’ils finissent par tomber à plat retirant au film son potentiel d’angoisse. Si Del Toro capture fantastiquement le regard enfantin et la perte de l’innocence il est mal à l’aise dans la suggestion de déviances et des troubles sexuels  sous- jacents dans ce type d’histoire qu’il dévoile ici sans subtilité.

Les spectres et apparitions dans Crimson Peak ne sont qu’accessoires à une intrigue dont la nature est tout autre. Ils sont trop souvent prétextes à des « jump-scares » dignes d’une production Blumhouse. 

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Lady Lucille Sharpe (Jessica Chastain) vous souhaite la bienvenue…

Le casting s’en tire avec des fortunes diverses Tom Hiddleston est un excellent comédien mais il manque d’épaisseur pour incarner toutes  les nuances requises pour son personnage, on se plait à imaginer ce qu’aurait pu donner un Benedict Cumberbatch initialement choisi. J’étais réservé sur le jeu théâtral qui bascule même dans le « Grand-guignol »  de Jessica Chastain en belle sœur sortie de l’enfer mais à y réfléchir elle est plutôt à l’aise dans l’exercice et parvient même dans l’excès à insuffler de l’émotion.

Pour la première fois  je suis resté à la porte d’un film de  Guillermo Del Toro que j’ai trouvé dévitalisé comme ses spectres, sauf dans ses ultimes moments mélancoliques vraiment réussis qui laissent entrevoir, hélas trop tard, un autre film. J’espère qu’il n’est pas en voie de « Burtonisation » et que sa signature graphique ne va pas éclipser le contenu de ses films.

Conclusion : L’amour immodéré de Guillermo Del Toro pour le gothique donne certes de somptueux visuels mais les vraies ténèbres manquent à Crimson Peak somptueux écrin pour un crochet dont on a retiré le venin. On ne ressent jamais ni le trouble, ni la passion ni le mystère dans les couloirs d’Allerdale Hall. Attention à la « Burtonisation ».

Ma Note : B-

Crimson Peak de Guillermo Del Toro (sortie le 14/10/2015)

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