SUICIDE SQUAD (2016)

Malgré une réputation sulfureuse et des critiques assassines, j’ai passé un très bon moment devant Suicide Squad. Le premier atout du film de David Ayer réside, sans conteste, dans son casting. Le réalisateur a la chance de diriger d’authentiques superstars, à commencer par un Will Smith au sommet de sa forme. Il apporte toute sa présence charismatique à son personnage de Deadshot, se faisant le véhicule idéal des dialogues percutants, typiques du style d’Ayer. Sa performance ancre le film et lui donne une colonne vertébrale indispensable. À ses côtés, Margot Robbie éclate à l’écran en Harley Quinn. Bien que certains de ses dialogues, censés souligner sa folie, sonnent parfois un peu forcés, elle transcende les faiblesses d’écriture du personnage. Le film suggère d’ailleurs que sa folie n’est qu’une façade, dissimulant un cœur d’or et une vulnérabilité liée à son amour pour le Joker. Cette approche risque de la réduire à un statut réducteur de « petite amie », mais la jeune actrice australienne dévore littéralement l’écran à chaque apparition, imposant une énergie qui reste l’un des points forts mémorables du film. En ce qui concerne le Joker de Jared Leto, mon avis est plus mitigé. Je n’ai pas vraiment adhéré à cette version, que j’ai trouvée confuse. Il est clair que de nombreuses scènes ont été coupées, même si le personnage a toujours été prévu comme secondaire. Cela étant dit, j’ai apprécié l’inspiration « Bowie période Thin White Duke » que Leto lui a insufflée. Je reste convaincu qu’avec plus d’espace pour le développer, il aurait pu proposer une interprétation très convaincante du rôle. En revanche, j’ai été agréablement surpris par le personnage d’El Diablo et le jeu tout en retenue de Jay Hernandez. Son arc narratif est le plus développé du film, faisant de lui, d’une certaine manière, le véritable héros de l’histoire. Ayer lui offre un monologue poignant qui constitue l’un des rares moments d’émotion sincère du récit. De son côté, Viola Davis est tout simplement la transcription parfaite de l’Amanda Waller des comics. Ayer la rend encore plus impitoyable que sa version papier, et l’actrice parvient, par son talent, à rendre passionnantes même les scènes les plus chargées en exposition. Le maillon faible du casting reste Joel Kinnaman. Remplaçant Tom Hardy au pied levé dans le rôle de Rick Flag, il semble mal choisi. Censé être le relais implacable de Waller sur le terrain, il paraît aussi instable que les criminels qu’il supervise. Son manque de charisme déséquilibre le rapport de force qui devrait s’établir avec le Deadshot de Will Smith. Si la réception critique de Suicide Squad a empêché Warner Bros. d’en faire le modèle tonal pour le reste du DCEU, le film a au moins le mérite d’élargir considérablement cet univers cinématographique. David Ayer parvient à faire coexister de manière naturelle des méchants issus des univers de Batman et Flash, des méta-humains et même des sorcières. J’ai particulièrement aimé la façon dont il met en scène Batman, vu à travers le regard de ses ennemis. Ayer ne recule pas non plus devant des choix graphiques audacieux, comme les costumes originaux des hommes de main du Joker ou le design du grand méchant du film, dont j’ai trouvé l’esthétique très « Kirbyenne », même si je suis sans doute l’un des seuls à l’apprécier. Le réalisateur réussit également quelques séquences visuellement splendides, à l’image de la « renaissance » d’Harley Quinn dans les cuves d’Ace Chemical.

Conclusion : Au final, je doute que le film aurait été fondamentalement différent sans les remontages imposés par le studio. Avec son énergie foutraque et son esprit adolescent, Suicide Squad n’a jamais eu la prétention d’être une œuvre profonde comme The Dark Knight. Sa vocation était d’être une série B explosive, un divertissement brut parcouru de fulgurances visuelles et de moments délicieusement nanardesques. En cela, il est le reflet fidèle de nombreux comics de super-héros mainstream qu’il adapte. Et c’est déjà pas mal.

Ma Note : B-

Suicide Squad de David ayer (sortie le 03/08/2016)

 

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