SHOCKER (1990)

shocker

L’après-Les Griffes de la nuit s’avère difficile pour Wes Craven, qui essuie un double échec avec L’ami mortelle, un film qu’il réalise pour Warner (un échec mérité, tant le film est peu convaincant), et L’emprise des ténèbres, son œuvre autour du vaudou (un échec injuste, car il pourrait bien s’agir de son meilleur film). Dépossédé de sa création par New Line, il se retrouve à la dérive. C’est à ce moment que Alive Films (société issue de la division vidéo de Carolco, la « mini-major » indépendante qui a fait fortune avec Rambo) se lance dans la production de films fantastiques à petit budget, ayant déjà recruté un autre grand du genre en disgrâce, John Carpenter, qui y signe Prince des Ténèbres et Invasion Los Angeles.

Avec Shocker (initialement titré No More Mister Nice Guy, d’après le titre d’une chanson d’Alice Cooper, qui sert de générique), Wes Craven a la ferme intention de se venger de New Line en créant un croque-mitaine capable de rivaliser avec Freddy KruegerHorace Pinker (interprété par Mitch Pileggi, célèbre pour son rôle de Walter Skinner dans la série X-Files) est un sociopathe d’une agressivité redoutable. Il massacre l’épouse, le fils et la fille du lieutenant Parker, qui enquête sur ses crimes. C’est son autre fils, Jonathan (incarné par Peter Berg, le futur réalisateur de Deepwater et Traque à Boston), qui possède une étrange connexion avec lui à travers ses rêves, permettant son arrestation après que Pinker ait eu le temps de tuer sa petite amie. Condamné à la chaise électrique, le criminel vend son âme au diable en échange du pouvoir de revenir se venger d’entre les morts…

Il est évident que Craven reprend ici des éléments de Nightmare on Elm Street ; les similitudes abondent : l’action se déroule à nouveau dans une petite banlieue WASP où le jeune héros incompris (dans les deux films, le père du protagoniste est un lieutenant de police incrédule) fait face à la vengeance d’une menace surnaturelle. Rêves et cauchemars tiennent une place déterminante, et bien sûr, le film met en scène un « boogeyman », Horace Pinker, qui, comme Krueger, est un petit prolo-serial-killer (il travaille comme réparateur de télévision, et le plan d’ouverture le montrant en train de travailler sur son téléviseur rappelle celui de Freddy, fabriquant son iconique gant) s’en prenant à la jeunesse bourgeoise. Doté du même humour cruel, il survit non pas dans les rêves, mais sous la forme d’énergie électrique, lui permettant de prendre littéralement possession des corps pour continuer à tuer. Ironiquement (ou par vengeance), Shocker emprunte ce gimmick de possession successive à The Hidden, réalisé par Jack Sholder, qui avait signé la suite des Griffes de la nuit. Comme pour Freddy, l’enjeu est de ramener Pinker dans le monde réel et de le couper de sa source d’énergie pour le détruire.

Cependant, si Wes Craven s’inspire de sa propre création, il le fait avec une énergie réjouissante, poussant le curseur vers une action cartoonesque plus que vers l’épouvante. Le film se conclut par un duel des plus inattendus, où les deux adversaires se poursuivent à travers des programmes TV ! L’aspect onirique du film est réussi, Craven collaborant à nouveau avec son directeur de la photographie de Elm StreetJacques Haitkin (qui a également éclairé The Hidden). Malgré un budget limité, il réussit à faire un excellent usage de ses effets spéciaux. L’accueil mitigé du film met un terme au projet de trilogie, et Craven finira par revenir à la franchise Elm Street avant de retrouver la gloire avec ScreamAlive Films, quant à elle, disparaîtra, mais non sans avoir produit le premier film d’un ancien employé de vidéoclub nommé Quentin Tarantino

Conclusion : Shocker apparaît aujourd’hui daté, avec sa bande originale de titres heavy metal des années 80, et n’atteint pas la force des classiques de Craven. Cependant, sa générosité et l’interprétation « larger than life » de Pileggi en font une série B jouissive, idéale pour ranimer l’esprit de la VHS un samedi soir !

Shocker de Wes Craven (sortie le 31/01/1990)

 

 

 

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