Les Heures Sombres [Critique]

 

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Homme charismatique et providentiel lors d’une des périodes les plus dramatiques de l’histoire de l’humanité, au look fameux et maître de la « punchline » historique, Winston Churchill est typiquement un personnage taillé pour le cinéma même si étrangement il n’a jamais fait l’objet d’un film majeur. C’est ce que tente ici de faire le talentueux Joe Wright (Orgueil & préjugés ) qui adapte un script de Anthony McCarten scénariste de  Une merveilleuse histoire du temps,  biopic du physicien ritannique Stephen Hawking.

Mais Wright heureusement ne prend pas le chemin du biopic classique préférant se concentrer sur quelques jours de la vie du grand homme entre sa nomination au poste de Premier Ministre alors que les troupes hitlériennes déferlent sur l’Europe et le discours qu’il prononce prononce le 4 juin 1940 après le succès de l’Opération Dynamo à Dunkerque. Ainsi Les heures sombres constitue un parfait complément au film de Christopher Nolan nous donnant une vue sur ces événements  depuis l’Angleterre (Wright avait déjà filmé des scènes avec pour toile de fond l’opération Dynamo dans son film Reviens-moi). En se concentrant sur ces quelques jours qui défilent comme un compte à rebours à l’écran, n’ayant pas recours à des flashbacks sur d’autres moments de la vie de Churchill ayant forgé son personnage, Wright évite l’écueil  de la biographie ampoulée et fait de son film un véritable thriller politique où Churchill  doit déjouer les manœuvres d’une cabale de ses ennemis politiques qui veulent le renverser tout en tentant de sauver une nation au bord du précipice. Ses adversaires les plus immédiats sont moins  Hitler et Mussolini que son prédécesseur Chamberlain (Ronald Pickup) et Halifax (Stephen Dillane vu dans Game of thrones) qui intriguent pour pousser à un accord avec les Nazis et saper sa position devant  le parlement. Ben Mendelsohn, excellent,  incarne le roi George VI (interprété dans le Discours d’un roi par Colin Firth) , au départ partisan d’une trêve et hostile à Churchill, qui a pris parti contre l’abdication de son prédécesseur Edouard VIII , qui va  devenir un des ses fervents soutien du vieux lion , ravivant le moral de Churchill dans un de ses moments de doute.

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C’est bien sur la performance « à Oscars » (et sans doute va t-il le décrocher) de l’émacié Gary Oldman transformé en rondouillard Churchill qui concentre l’attention. Pourtant  le comédien habitué des rôles caméléon (Lee Harvey Oswald dans JFK , le dealer drexl Spivey dans True Romance) est formidable en Churchill, au delà du  spectaculaire de sa transformation  transmettant à travers un visage poupin  la ruse et la bonne humeur manipulatrice du grand homme mais aussi l’étrange  impassibilité qui le saisi quand il est envahi  par la dépression. On oublie très vite le maquillage (oeuvre du japonais Kazuhiro Tsuji) car Oldman   en changeant son phrasé et sa posture de manière si subtile parvient à nous transmettre toute l’humanité du personnage. Un des secrets de churchill fut  sans doute de garder au milieu d’enjeux immenses un gout pour les plaisirs de la vie que ce soit l’alcool et les cigares bien sur mais aussi un plaisir intellectuel à résoudre des problèmes insurmontables. Oldman dans son interprétation fait bien ressentir cette joie mais nous transmet également le plaisir qu’il prend à jouer déployant  le même charme tempétueux et la même intelligence que son modèle. Il est entouré de seconds rôles discrets mais impeccables qui complètent ce portrait comme sa jeune secrétaire (Lily James) mais surtout Kristin Scott-Thomas , qui incarne avec humour son épouse Clementine  pleine de tendresse pour son mari qu’elle s’est résigné à partager avec l’Histoire. Mais parce que Joe Wright , malgré l’échec mondial de son Pan  reste un styliste visuel qui ne peut se contenter d’une plate  illustration , sa mise en scène  pleines de cadres complexes met à l’épreuve son directeur de la photographie Bruno Delbonnel   (Un long dimanche de fiançailles) dont les sublimes clairs-obscurs  capturent le chaos des chambres parlementaires brumeuses ou l’atmosphère étouffante des tunnels secrets où se décident les stratégies et s’affrontent les hommes. Le film est ponctué de longs plans séquences qui  de la vie dans  la cité londonienne ou plane la menace de la guerre. La mise en scène  majestueuse de Wright parvient ainsi à contrebalancer l’attraction gravitationnelle de la performance de Gary Oldman sans qu’elle apparaisse trop maniérée.

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Hélas les Heures Sombres n’évite pas quelques longueurs et maladresses quand il ajoute aux faits des inventions purement romanesques. Ainsi ce voyage en métro que  Churchill entreprend quand   sa voiture officielle se retrouve  bloquée dans la circulation où il rencontre  un échantillon pittoresque de sujets britanniques de toutes origines et classes sociales qui le confortent dans ces décisions, cette scène angélique malgré le jeu ludique de Oldman parait en décalage comme sorti de Mary Poppins ! Cette séquence peu judicieuse  ne gache pas le film et Wright parvient à conclure son film par une scène galvanisante encore une fois par la grâce de son comédien principal. Les Heures Sombres récit de résistance et de persistance face à une idéologie implacable et dangereuse trouve toute sa pertinence pour aujourd’hui, sans que le film ne force l’allégorie.

Ma Note : B

Les Heures Sombres (The Darkest hours) de Joe Wright (Sortie le 03/01/2018)

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