Red Sparrow [Critique]

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Au vu des images trompeuses de la bande-annonce de Red Sparrow on aurait pu croire que le tandem de Hunger Games l’actrice Jennifer Lawrence et son metteur en scène et homonyme Francis Lawrence aient tenté de profiter de l’absence d’un film Black Widow pour en concevoir une version de contrebande. La surprise n’est que plus heureuse que de constater que le film n’a rien à voir avec l’univers des comic-book ou du film d’action.

On est ici dans un pur film d’espionnage se trouverait au point de rencontre entre John LeCarre  – ses taupes ,  ses maîtres espions qui manipulent  les hommes comme des pièces sur un jeu d’échecs –  et Paul Verhœven  pour ce mélange de « chair et de sang » cette sexualité féminine utilisée comme arme avec un soupçon de perversité et d’exploitation.   L’actrice de Mother! y interprète Dominika Egorova une danseuse du Bolchoï qui voit sa carrière brisée suite à un accident et  intègre poussée par son oncle et protecteur Ivan Egorov (Matthias Schoenaerts ) une académie où de jeunes agents sont formés, sous la direction de l’impitoyable  « Matron » (Charlotte Rampling) à utiliser leur corps tout autant que leur esprit comme arme au service du SVR le successeur du bras du renseignement étranger du KGB. Elle est bientôt déployé à Budapest avec pour mission d’extorquer l’identité de « Marvel » une taupe des services secrets américains dans l’appareil d’état russe de son agent traitant de la CIA  Nathaniel Nash (Joel Edgerton).

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Le regain de tension entre la Russie et l’occident sert parfaitement les intérêts des concepteurs du film, si l’on excepte l’utilisation de téléphones portables l’intrigue de Red Sparrow pourrait très bien se  dérouler aux grandes heures  de la Guerre Froide. On est ici dans un pur film d’espionnage « à l’ancienne »  et si il met aussi en vedette une agent-secret blonde le film tient plus de La Taupe que d’ Atomic Blonde le film d’action de David Leitch avec Charlize Theron.Il est parcouru d’éclats de violence frontaux assez traumatisants mais on n’y décompte nul gunfight ou poursuites automobiles. Le film est long (2h20), mais jamais lent car contrairement à beaucoup de superproductions cette durée se justifie pour des raisons dramatiques. Un des désavantages du cinéma sur les séries télévisées est souvent le sacrifice pour des raisons de durée de la mise en place et du développement des personnages  pourtant indispensables dans ce type de thriller. Le scénario de Justin Haythe (Les Noces rebelles, Lone Ranger, A Cure for Life) adapté du roman éponyme de Jason Matthews se permet de suivre son héroïne très tôt dans son parcours pour lui donner une véritable épaisseur et prend le temps de développer chaque phase des opérations d’espionnage sans jamais les précipiter. Comme il est de coutume dans ce genre qui repose sur la manipulation Red Sparrow a son lot de retournement et de révélations de dernière minute qui , si elles sont attendues n’en sont pas moins efficaces grâce à  une construction très habile. On  reprochera au film deux maladresses , un certain manichéisme qu’on ne retrouve pas dans les récits de LeCarre – les américains y sont comme par hasard plus « moraux » leurs adversaires soviet..RUSSES et l’utilisation incongrue de nos jours d’un accent slave entre les interprètes des personnages russes.

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Le film est conçu comme un « véhicule » pour la jeune star oscarisée qui peut y faire état d’une grande étendue de jeu, bien qu’elle n’ait pas la silhouette d’une ballerine, elle est convaincante et crédible dans un rôle complexe d’une femme à la fois  féroce, brutale et rusée à certains moments et totalement terrifiée et vulnérable à d’autres. Le coté « provincial » de l’actrice originaire du Kentucky et son aspect juvénile (elle n’a rappelons le malgré une longue carrière que 27 ans) sert bien son personnage de (presque)  innocente  qui va se trouver broyée dans la machine d’état russe avant de retourner les armes psychologiques qu’on lui a mis en main contre tout ceux qui veulent la dominer. A ce titre il est aisé de voir dans l’intrigue de cette jeune femme qui retourne le pouvoir de sa sexualité contre ceux qui voudraient l’utiliser comme une métaphore des mésaventures de la jeune femme dont des photos très privées volées sur son téléphone ont été exploitées sur des sites internet. Ainsi cette scène ou elle fait face nue à un camarade qui a tenté de la violer dévoilant son impuissance  semble être une réponse indirecte à ce scandale. Certains verront dans Red Sparrow et les épreuves sadiques que traverse son personnage un film misogyne mais même si il y a  indéniablement un coté voyeur  dans les mésaventures de Dominika elle reste un personnage fort et complexe.

Elle est entourée d’un véritable casting trois étoiles d’excellents comédiens le toujours juste Joel Edgerton en agent de la CIA , les champions de l’ambiguïté et du trouble que sont Jeremy Irons et Charlotte Rampling ici respectivement en impitoyable général des services secrets russes et  directrice glaciale mais efficace de l’académie des « moineaux rouges ». L’acteur belge Matthias Schoenaerts (De rouille et d’os) se hissent à leur niveau de malaise avec une composition « reptilienne » de maître espion, manipulateur pervers qui évoque au spectateur l’apparence de Vladimir Poutine . Sa relation malsaine avec sa nièce est le point fort du film. Les rôles secondaires sont tenus  par des figures familières et talentueuses Bill Camp (récemment Hostiles ou la série The Night of) , Ciarand Hinds en directeur du SVR ou Joely Richardson. Seule fausse note l’interprétation de Mary-Louise Parker trop caricaturale et burlesque qui dénote dans cet ensemble.

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Francis Lawrence issu du vidéo-clip a toujours eu une fibre visuelle mais signe avec Red Sparrow sa mise en scène la plus aboutie, chaque cadre fait l’objet d’un travail de composition majestueux qui tire partie de l’architecture colossale et brute des pays de l’est , l’action n’est jamais sur-découpée et sa géographie claire , composantes indispensables à l’élaboration du suspense. La sophistication de la mise en scène et des décors renforce le contraste avec le caractère  frontal des scènes de violence – dont une des scènes de torture les plus mémorables depuis celle de Marathon Man – et des scènes de sexe. Par son ambiance et son approche de leurs genres respectifs Red Sparrow nous fait penser à Cure For Life de Gore Verbinsky et il s’avère que les deux films partagent le même scénariste. Le score discordant de James Newton Howard est également très efficace, il renvoie sciemment au travail de Bernard Herrman fréquent collaborateur musical d’Alfred Hitchcock auquel il ajoute une des mélodies entêtantes dont il est coutumier.

Conclusion : Même si les éléments qui la compose sont familiers la  recette de ce Red Sparrow est exécutée de si belle façon qu’il constitue un excellent film d’espionnage  « à l’ancienne » et le meilleur film du tandem Jennifer Lawrence / Francis Lawrence.

Ma Note : B+

Red Sparrow de Francis Lawrence (sortie le 04/04/2018)

 

 

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