GLASS (Critique)

En dévoilant la présence de David Dunn (Bruce Willis) personnage principal d’Incassable à la fin de Split puis en annonçant une suite commune aux deux films concluant une trilogie non officielle c’est une véritable boîte de Pandore qu’à ouvert M. Night Shyamalan. Il s’expose ainsi au risque de décevoir les attentes des fans de Split mais aussi celles forcément démesurées des fans d’Incassable, film devenu culte, dont la perspective inespérée d’une suite nourri les fantasmes depuis 19 ans. Au final si l’auteur de Sixiéme Sens livre avec Glass un film imparfait et fait des choix souvent maladroits , c’est avant tout car ils sont audacieux.

Glass s’ouvre pourtant sur ce qu’attendaient sans doute les fans : la confrontation des protagonistes des deux films. David Dunn qu’on retrouve vingt après, désormais propriétaire d’un magasin d’alarmes et de sécurité poursuivant ses activités de justicier, assisté par son fils Joseph (Spencer Treat Clark) qui lui sert de support technique l’aidant à localiser les criminels et éviter la police. Le duo est sur la piste de Kevin Crumb qui a kidnappé quatre cheerleaders qu’il compte sacrifier à sa personnalité la plus monstrueuse La bête. David parvient à localiser l’usine désaffectée où il les retient et confronte le psychopathe. Mais le film prend alors une tournure inattendue puisque les deux adversaires sont neutralisés avant la fin de leur affrontement par la police et internés dans un institut psychiatrique au bon soin du Dr. Ellie Staple (Sarah Paulson la muse des séries de Ryan Murphy) qui leur annonce n’avoir que quelques jours pour les guérir ce qu’elle diagnostique chez eux comme un trouble délirant qui les fait se considérer comme des surhommes. L’hôpital abrite depuis 20 ans un autre patient qu’elle considère atteint du même mal : Elijah Price plus connu sous le nom qu’il s’est donné Mister Glass…

Ainsi là ou pouvait s’attendre à une confrontation épique dans le paysage urbain de Philadelphie entre ces trois surhommes , le film adopte une approche claustrophobe qui les contraint d’interagir dans les limites des chambres de l’hôpital alors que le personnage de Paulson les met psychologiquement à l’épreuve. Contrairement à Split Shyamalan pouvait s’appuyer sur les outils narratifs d’un genre codifié comme le thriller pour structurer son film et gérer des montées de tension (tout comme il pouvait utiliser le modèle des « origin stories » des films de super-héros pour Incassable)  si il part avec Glass d’un univers et de personnages déjà établis ainsi que de thématiques qu’il souhaite développer, il se doit de bâtir une histoire qui les réunit ce qui est loin d’être évident. D’où un rythme parfois erratique qui donne une impression de flottement qui fait naître le doute quand à la direction que Shyamalan veut lui donner. Il semble avoir du mal à relier les wagons de son histoire, entre une introduction aboutie et un dernier acte surprenant où il retourne peu à peu ses cartes pour en dévoiler la finalité.

Dans ces moments de flottements il se repose sur la performance encore une fois incroyable de James McAvoy qui passe d’une personnalité à une autre avec une aisance qui force l’admiration. Il revisite celles découvertes dans Split : Hedwig enfant de 9 ans fan de Drake ou les identités plus effrayantes comme Dennis ou Miss Patricia et nous en fait découvrir de nouvelles (un professeur de cinéma, une femme aguicheuse). McAvoy évite le coté « actor’s studio » toujours conscient du coté « pulp » de l’entreprise et il est continuellement impressionnant dans ce personnage. Même si il est est moins effrayant éloigné de l’ambiance horrifique de Split. Il reste un antagoniste menaçant et imprévisible pendant du cérébral et calculateur M. Glass. Malgré son titre, c’est bien le personnage de James McAvoy et non celui incarné par Samuel L.Jackson (à l’aise comme toujours) qui est le protagoniste principal du film. Shyamalan lui réserve les scènes les plus émouvantes et les plus fortes, comme celles où il interagit avec Casey toujours interprété par Anya Taylor-Joy . Si le personnage de Bruce Willis est plus en retrait on le retrouve avec un plaisir non dissimulé d’autant que le comédien semble plus impliqué et plus vivant que dans tous ses films de la décennie écoulée. Il interprète un David Dunn moins torturé, enfin en paix avec lui-grâce à sa relation avec son fils qui n’est plus en conflit sur son rôle et ses devoirs, prêt à les assumer jusqu’au bout. Face à eux la présence à la fois énigmatique de Sarah Paulson offre à chacun des « super » un défi inédit qui remet en cause les fondements même de leur réalité. Là encore Shyamalan utilise une figure narrative classique des comics  » tout ce que vous pensez savoir sur le personnage est faux », utilisée en particulier par Alan Moore, un des pères du traitement « réaliste » du super-héros dans les comics dans sa série Swamp Thing.

Au travers des thématiques super-héroïques M. Night Shyamalan veut essayer de mieux comprendre notre besoin de mythologie et d’histoires tout en développant une métaphore sur la capacité de chacun de libérer tout son potentiel, en dépit de ses fêlures , du regard que la société peut porter sur vous. Ce message a quelque chose de naïf mais efficace car il apparaît sincère. Si Shyamalan n’est pas un très bon dialoguiste et ses tirades explicatives sur la signification des comics sont assez pompeuses (et n’échappent pas à la redite de ceux d’Incassable) il est en revanche expert dans l’art de distiller ces concepts par l’image. C’est ainsi un régal pour l’amateur de comics de le voir donner sa version« réaliste » des grands tropes du genre super-héroïque . Il nous offre ici une transposition de l’Arkham Asylum et des prisons spéciales conçues pour retenir les super criminels malgré leur capacités extraordinaires mais aussi d’un autre concept, que nous ne révélerons pas ici, mais dont on trouve des itérations dans la plupart des univers de super-héros. Son approche épurée de la mise en scène, la rigueur formelle de ses compositions de plans et le travail sur les couleurs auquel il se livre avec son directeur de la photographie de Split Mike Gioulakis (It Follows, Under the Silver Lake) – une couleur est associé à chaque personnage (le vert pour David, le jaune pour Kevin et le violet pour Elijah) , les couleurs primaires des comics dominent quand ils sont persuadés de leurs pouvoirs et s’effacent quand ils en doutent – contribuent à l’atmosphère unique du film même si sa mise en scène atteint ses limites lors d’un combat final où son refus du spectaculaire prive la séquence d’un aspect vraiment iconique.Le score discordant de West Dylan Thordson (Split) qui réinterprète certains thèmes de James Newton Howard pour Incassable contribue grandement à l’atmosphère anxiogène du film.

Ce n’est pas un hasard à mes yeux si Shyamalan a failli produire un reboot de Tales From The Crypt car on sent l’influence des EC Comics dans son goût des retournements cruels , les fameux twists qui l’ont rendu célèbre. On le retrouve ici dans la manière qu’il a de dévoiler les motivations cachées des protagonistes et de subvertir les attentes du public. Toutes les révélations qu’il enchaîne dans le dernier acte du film ne sont pas forcément heureuses mais si certaines coïncidences rocambolesques s’inscrivent dans la tradition du serial ou du comic-book , on a plus de mal avec des moments où Shyamalan « passe en force » et pousse certains personnages a se comporter de manière opposée à celle qui a été établi jusqu’alors. De même si la dernière séquence du film est thématiquement et émotionnellement réussie, elle s’appuie sur un dispositif peu crédible.

Conclusion : Devant faire face à des attentes forcement démesurées, Glass reste une conclusion satisfaisante à la trilogie de Shyamalan grâce aux performances de ses comédiens et les directions inattendues que prend son exploration habile des thématiques du comic-book dans le « monde réel » contrebalançant ainsi ses imperfections criantes.

Ma Note : B

Glass de M. Night Shyamalan (sortie le 16/01/2019)

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