TALES FROM THE CRYPT PRESENTS : DEMON KNIGHT (1995)

Dès les premières images, Tales from the Crypt: Demon Knight plonge le spectateur dans l’univers macabre et irrévérencieux de la série télévisée HBO Tales from the Crypt (Les Contes de la Crypte). Réalisé en 1995 par Ernest Dickerson (Juice, Surviving the Game), ce long-métrage capture fidèlement l’esprit de l’anthologie culte des années 90, en commençant par une séquence d’introduction animée où le Gardien de la Crypte (voix de John Kassir dans la VO) ricane et présente l’histoire avec son humour noir caractéristique. Ce clin d’œil direct à la série, produite par des figures comme Joel Silver et Robert Zemeckis, pose immédiatement un ton hybride : un mélange jouissif d’horreur gothique, de comédie absurde et d’action pulp, typique d’une série B décomplexée qui ne se prend pas au sérieux. Ce film marque la première incursion cinématographique officielle de la franchise, fidèle à son esthétique cartoon-esque et à ses morales tordues, même si on regrette une dilution de l’anthologie au profit d’un récit linéaire.

Dickerson, ancien directeur de la photographie de Spike Lee sur des films comme Do the Right Thing, apporte une mise en scène dynamique et visuellement audacieuse, transformant un budget modeste (environ 13 millions de dollars) en un spectacle rythmé. Le rythme est impeccable : après une poursuite d’ouverture explosive, l’action se resserre sur un unique lieu, un motel délabré au Nouveau-Mexique, où la tension monte crescendo comme dans un siège médiéval revisité. Ce confinement claustrophobe, inspiré des classiques comme Assaut de John Carpenter, maintient un rythme soutenu sans temps morts, alternant fusillades, révélations et assauts démoniaques sur 92 minutes haletantes.

Demon Knight puise ses influences dans un mélange éclectique de genres. L’horreur des années 80, notamment Evil Dead de Sam Raimi pour son mélange de gore et d’humour, est une référence évidente. Le film emprunte également au western, avec son cadre isolé – une pension délabrée au milieu du désert – et son affrontement entre un héros solitaire et une horde d’ennemis, rappelant les dynamiques de Rio Bravo, un dispositif qui évoque les films de John Carpenter (The Thing, Halloween), tandis que l’esthétique gothique et les thèmes apocalyptiques rappellent les œuvres de Clive Barker (Hellraiser, Nightbreed). Cette fusion de tons et de styles donne au film une identité unique, à la croisée de l’horreur pulp, du fantastique biblique et de la comédie noire, une alchimie qui fonctionne bien.

Le scénario, signé Ethan Reiff, Cyrus Voris et Gilbert Adler, introduit une mythologie originale autour de sept clés anciennes remplies de sang du Christ, gardées par des immortels comme Brayker pour empêcher les démons d’envahir la Terre. Cette prémisse biblique twistée, avec un artefact volant qui passe de main en main depuis la Création, est claire et inventive. Le motel devient un microcosme assiégé, renforçant l’ambiance d’isolement et de paranoïa : ses couloirs étroits, ses chambres miteuses et ses extérieurs arides évoquent un purgatoire moderne où chaque porte peut cacher un piège. Le chef décorateur Christiaan Wagener et le directeur de la photographie Rick Bota (venu de la série télévisée) créent un univers visuel qui oscille entre le gothique et le kitsch, avec une pension délabrée servant de huis clos oppressant. Le grand antagoniste, Le Collectionneur, exploite brillamment les désirs humains – luxure, cupidité, vengeance – pour corrompre les résidents, transformant les faiblesses en armes démoniaques. Cela distille une morale cryptienne classique : les péchés nous damnent, avec une satire légère sur l’Amérique rurale, ses shérifs corrompus et ses prostituées au grand cœur, rappelant les contes EC Comics originaux.

Au cœur du film trône la performance extravagante de Billy Zane (Titanic, Dead Calm) en Collectionneur, un démon charismatique et cabotin qui vole la vedette avec ses sourires carnassiers et ses one-liners diaboliques. Zane, maquillé avec un éclat surnaturel, incarne le mal avec un panache théâtral qui élève le film au rang de plaisir coupable Son énergie contagieuse rend chaque scène mémorable. Face à lui, William Sadler (Die Hard 2, The Shawshank Redemption) livre un Brayker crédible, héros buriné et fatigué, portant le poids de siècles avec une intensité stoïque qui ancre l’histoire dans l’émotion. Jada Pinkett (avant Smith, dans Menace II Society, Set It Off) émerge comme la « Final Girl » inattendue : son personnage de voleuse endurcie, évolue de survivante cynique à héritière du fardeau, avec une force physique et morale qui préfigure ses rôles badass futurs. Le casting brille par sa diversité hétéroclite : CCH Pounder (The Shield) en tenancière irascible, Dick Miller (habitué des films de Joe Dante tué par Arnold dans The Terminator) en oncle grognon, et Thomas Haden Church (Sideways) en ouvrier lâche, forment un groupe dysfonctionnel dont les interactions pétillent d’humour noir et de tensions raciales subtiles, renforçant la dynamique de survie.

Visuellement, Dickerson joue sur les contrastes : ombres profondes dans les couloirs, néons criards au motel, et un sang vert fluo qui éclabousse les écrans pour marquer les démons – un choix stylisé qui évoque les comics et évite le réalisme gore. Les effets pratiques, supervisés par Todd Masters et son équipe, privilégient le latex et les animatroniques aux CGI naissants de l’époque, offrant un rendu viscéral et tangible : décapitations juteuses, yeux arrachés, transformations hideuses qui font mouche. Les démons, designs anguleux avec griffes et crocs, sont fonctionnels dans les bagarres, mélangeant kung-fu et horreur comme dans un Evil Dead low-budget. Les scènes d’action débordent de créativité gore – une punchline littérale où un poing traverse un crâne – en phase avec l’esprit décomplexé de la franchise, un festival d’effets old-school qui tient encore la route en 2025.

La bande sonore, composée par David Newman (The Sandlot), mixe thèmes orchestraux menaçants et riffs rock pour alterner tension et ironie, tandis que les bruitages – grognements gutturaux des goules, impacts humides – amplifient l’immersion. Les dialogues, truffés de piques humoristiques (« You’re all going to die down here » livré avec un clin d’œil), culminent dans les tirades de Zane, qui font rire autant qu’elles terrifient.

Conclusion : En fin de compte, Tales from the Crypt: Demon Knight réussit son pari d’adaptation en distillant l’essence cryptienne dans un format ciné explosif, tout en s’imposant comme un film d’horreur comique efficace et sous-estimé. Une comédie d’horreur qui mérite une redécouverte pour son énergie contagieuse – parfait pour une soirée Halloween entre amis,Recommandé sans hésiter aux fans de série B gore et d’humour noir !

Ma Note : B+

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