
Dans le panthéon des thrillers d’action des années 1990, Au Revoir à Jamais (1996) se distingue comme un film sous-estimé, un cocktail explosif d’humour noir, de cascades spectaculaires et d’une héroïne inoubliable. Réalisé par Renny Harlin (Die Hard 2, Cliffhanger) et écrit par Shane Black (L’Arme fatale, The Nice Guys), ce long-métrage transforme une banlieusarde amnésique en une tueuse impitoyable, le tout sur fond de complot gouvernemental. Malgré un échec au box-office – il a rapporté 89 millions de dollars pour un budget de 65 millions – le film a acquis un statut culte grâce à son énergie contagieuse, ses dialogues ciselés et la performance électrique de Geena Davis (Thelma & Louise).
Le projet naît dans les années 1990, une époque où les scénaristes sont les véritables rois d’Hollywood. En 1994, Shane Black, alors au sommet de sa gloire, vend le scénario d’Au Revoir à Jamais pour la somme record de 4 millions de dollars. Ce mélange de thriller d’espionnage et de buddy movie séduit Renny Harlin, qui décide de le réaliser avec sa compagne de l’époque, Geena Davis, dans le rôle principal.Produit par New Line Cinema avec un budget conséquent de 65 millions de dollars, le film avait pour ambition de lancer une franchise d’action féminine, un genre encore largement dominé par les hommes. Si ce pari ne réussit pas au box-office américain, il s’impose avec le temps comme une œuvre culte.
Au Revoir à Jamais s’inscrit dans la lignée des films d’action nerveux des années 80 et 90, héritant du style de John McTiernan (Predator, Die Hard). On y retrouve le rythme effréné, les explosions, les punchlines et les méchants caricaturaux. Mais le film puise aussi dans le thriller paranoïaque, avec ses agents secrets et ses manipulations gouvernementales. Le personnage de Samantha Caine, une institutrice amnésique qui découvre qu’elle était autrefois une tueuse d’élite, préfigure des héroïnes comme celles de la série Alias ou de La Mémoire dans la peau. Le film joue habilement sur cette dualité entre la vie domestique et la violence extrême, créant ainsi une tension dramatique unique. C’est aussi une brillante variation sur les archétypes chers à Shane Black : le tandem improbable (une tueuse amnésique et un détective loquace), le traumatisme enfoui et le héros cabossé mais résilient. Le film est une démonstration du talent de Black pour mêler action, comédie et un cynisme mordant, tout en explorant les thématiques de l’identité et de la rédemption.
Renny Harlin, connu pour son style spectaculaire, ne déçoit pas. Sa mise en scène est énergique, parfois excessive, mais toujours lisible. Il multiplie les plans larges, les ralentis stylisés et les effets pyrotechniques. Chaque scène d’action est un morceau de bravoure qui frôle l’outrance, ce qui fait tout le charme du film. Pour Renny Harlin, ce film marque la fin d’un cycle. Malgré ses qualités, l’échec commercial mettra un frein à sa carrière. De son côté, Shane Black verra sa cote chuter avant de revenir en force en 2005 avec Kiss Kiss Bang Bang. Quant à Geena Davis, sa tentative de briser les stéréotypes n’aura pas l’impact espéré sur sa carrière.
La performance de Geena Davis est impressionnante, passant de la douceur à la brutalité avec une aisance remarquable. Elle incarne une héroïne crédible et humaine. Samuel L. Jackson, en détective privé désabusé, est irrésistible. Son humour et son sens du timing font merveille, et sa complicité avec Davis est l’un des grands atouts du film. Le duo qu’ils forment est tout simplement génial. Les seconds rôles sont tout aussi solides, notamment Craig Bierko, parfait en méchant sadique, et Brian Cox, excellent dans le rôle d’un mentor ambigu. Chacun contribue à l’efficacité de l’ensemble.
L’esthétique du film est très soignée. La direction artistique joue sur les contrastes entre la petite ville enneigée de Samantha et les lieux urbains de son passé. Cette opposition visuelle reflète la dualité du personnage. Les costumes, signés Michael Kaplan, accompagnent l’évolution de l’héroïne, passant d’une robe de Noël à une tenue de combat, symbolisant la renaissance de Charly Baltimore. La photographie de Guillermo Navarro (Le Labyrinthe de Pan) est élégante, jouant avec les ombres et les reflets pour créer une ambiance de thriller. Les scènes nocturnes sont particulièrement réussies, avec une palette de bleus et de gris qui accentue la tension. Le montage, signé William Goldenberg (Argo, Heat), est précis et dynamique, alternant habilement scènes d’action et moments d’introspection sans aucun temps mort. La musique d’Alan Silvestri (Retour vers le futur) accompagne parfaitement le film, avec un thème principal à la fois mélancolique et épique qui souligne la complexité de l’héroïne.
Conclusion :Au Revoir à Jamais est une pépite où Renny Harlin orchestre un ballet d’action débridé et Geena Davis réinvente l’héroïne badass. Sous ses airs de chaos festif, ce thriller distille un féminisme audacieux, mêlant l’esthétique pop des années 90 à un suspense hitchcockien. C’est un délice rétro à savourer entre deux explosions et un rictus narquois.