PLANET TERROR (2007)

Si Death Proof de Tarantino était le versant bavard et fétichiste du projet Grindhouse, Planet Terror de Robert Rodriguez en est le versant explosif, jubilatoire et volontairement « Z ». C’est un film qui embrasse le chaos avec une générosité rare. Planet Terror est la moitié opposée et complémentaire de Death Proof. Là où Tarantino jouait la carte du dialogue et de la tension étirée, Robert Rodriguez opte pour l’excès pur, le gore décomplexé et l’énergie débridée d’un film d’exploitation des années 80. Sorti en 2007 dans le double programme Grindhouse, le film assume pleinement son statut de série B délirante et ne s’en excuse jamais. Dès les premières minutes, Rodriguez nous plonge dans une esthétique volontairement « sale » et ressuscite les films de zombies et de mutants des années 80 (type L’Avion de l’Apocalypse). Rayures numériques, couleurs saturées et la célèbre « bobine manquante » qui coupe une scène en plein milieu pour accélérer l’intrigue : tout est fait pour recréer l’expérience d’une vieille copie usée jusqu’à la corde. La bande originale, composée par Rodriguez lui-même, pastiche avec bonheur les synthétiseurs de John Carpenter (et quelques notes de Brad Fiedel pour Terminator) et enveloppe le film d’une ambiance poisseuse et rétro parfaitement assumée.

Le scénario est d’une simplicité jouissive : un virus militaire (le DC2) s’échappe et transforme la population en zombies purulents. Dans ce chaos, on suit Cherry Darling (Rose McGowan), une strip-teaseuse qui perd une jambe lors d’une attaque et se la fait remplacer par un fusil d’assaut AR-15. Ce détail absurde devient rapidement l’image iconique du film et résume parfaitement son esprit : ici, la logique narrative passe largement après le plaisir visuel et le sens du spectacle. Rodriguez met en scène avec un dynamisme de bande dessinée. La caméra est constamment en mouvement, les angles sont souvent iconiques, et les effets spéciaux privilégient le visqueux et l’organique. Les corps se décomposent, les membres se détachent, le sang gicle : tout est exagéré pour provoquer à la fois le dégoût et le rire. L’action ne s’arrête presque jamais, ponctuée d’explosions massives et de fusillades interminables. Rose McGowan incarne avec conviction une héroïne qui passe progressivement de la vulnérabilité à une puissance vengeresse. Comme dans Death Proof, les femmes finissent par prendre le contrôle. Cherry Darling ne survit pas seulement à l’apocalypse, elle le domine. Freddy Rodríguez apporte un flegme cool à El Wray, le héros mystérieux au passé trouble avec un flegme parfait, parodiant les figures solitaires à la Snake Plissken. Autour d’eux, Jeff Fahey et Josh Brolin apportent une épaisseur inattendue à des personnages de restaurateur et de médecin sociopathe., tandis que les caméos de Bruce Willis, Quentin Tarantino et Tom Savini renforcent le côté « film entre potes » et clin d’œil aux fans du genre. Au-delà du déluge de gore cartoonesque, Planet Terror porte une dimension plus mélancolique. Au-delà du sang, le film est une critique amoureuse de la consommation du cinéma. En simulant l’usure de la pellicule, Rodriguez interroge notre rapport à l’objet film à l’ère du numérique. Il rend hommage avec tendresse à ces séries B crades et mal aimées qu’il regardait adolescent, à une époque où le cinéma était plus physique, plus imparfait, et donc plus vivant. Le virus et le complot militaire renvoient aussi à la paranoïa classique des années post-Vietnam, mais tout est traité avec une ironie corrosive et un second degré permanent. Planet Terror n’est pas un film cynique : derrière les litres de sang et les membres qui volent, il reste une histoire de survivants attachants qui refusent de se laisser dévorer par le chaos.

Conclusion : Est-ce un grand film ? Non. Est-ce un pur exercice de style nostalgique ? Pas complètement. Planet Terror réussit à exister par lui-même grâce à son énergie communicative, son inventivité visuelle constante et son refus total de se prendre au sérieux. C’est un film généreux, bruyant, vulgaire et étrangement joyeux, qui assume sans complexe son statut de série B décomplexée. Dans le cadre du projet Grindhouse, il forme avec Death Proof un diptyque fascinant : deux approches radicalement différentes d’un même amour pour le cinéma populaire et dévergondé des années 70-80.

Ma Note : B

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