MORTAL KOMBAT II (2026)

Le premier film de 2021 avait été accueilli tièdement mais avait rapporté suffisamment pour convaincre Warner Bros. de lancer une suite. Les discussions entre le producteur Todd Garner, le scénariste Jeremy Slater et le réalisateur Simon McQuoid avaient commencé immédiatement, avec une idée claire : corriger les erreurs du premier opus, notamment l’introduction du protagoniste original Cole Young, largement critiqué. Le studio donne donc son feu vert en 2022 pour un soft reboot centré sur Johnny Cage, personnage culte réclamé par les fans depuis des années. Sur le papier, l’idée semblait solide. Dans les faits, elle ne sauve rien. Le tournage aux Village Roadshow Studios, sur la Gold Coast australienne, est perturbé par les grèves SAG-AFTRA de 2023, provoquant un arrêt brutal en pleine production. Le film en porte les cicatrices. Le montage de Stuart Levy, donne l’impression d’un assemblage précipité, où les scènes s’enchaînent sans respiration, comme si l’objectif était de remplir un quota de combats plutôt que de raconter une histoire. Le rythme est à la fois trop rapide et étrangement pâteux incapable de créer la moindre tension dramatique. Le scénario est un chaos permanent. L’intrigue, confuse et bâclée, accumule clichés et d’artifices inutiles. Les enjeux sont dilués, les résurrections constantes de personnages annihilent tout suspense, et les dialogues semblent écrits pour cocher des cases de fan service plutôt que pour construire un récit cohérent. Le film veut tout faire en même temps, introduire trop de personnages, préparer trop de suites, revisiter trop de niveaux cultes du jeu vidéo. Résultat : rien n’existe vraiment. Les arcs narratifs sont expédiés, les motivations floues, et l’ensemble ressemble à une succession de cinématiques mal reliées.

La mise en scène de Simon McQuoid est l’un des aspects les plus problématiques. Le réalisateur revendique une inspiration directe des graphismes 8-bit et 16-bit des bornes d’arcade et de la Sega Genesis. L’intention nostalgique aurait pu être charmante, mais elle se traduit par un look cheap, artificiel, qui rappelle davantage les productions saturées de CGI du début des années 2010 que l’esthétique rétro des jeux originaux. Les décors de Yohei Taneda, censés mêler esthétique asiatique traditionnelle et science-fiction cyberpunk, ressemblent souvent à des environnements numériques inachevés. Les niveaux cultes comme The Pit ou Blue Portal, censés être des moments de bravoure visuelle, ont l’apparence de fonds verts mal intégrés, noyés dans une palette saturée de pourpre, de vert acide et de bleu électrique. La photographie de Stephen F. Windon, collaborateur régulier de James Wan ne fait que souligner la pauvreté des environnements numériques. Le film abandonne le beige terne du premier opus pour une saturation agressive qui finit par fatiguer l’œil. Rien ne semble réel, rien ne semble tangible. Même les combats, pourtant cœur de la franchise, souffrent de cette artificialité. Ils sont nombreux, brutaux, mais répétitifs, génériques, interchangeables. Trop de fights tuent le fight. L’overkill devient lassant, et la chorégraphie, malgré quelques rares fulgurances, manque d’identité.

Le casting, pléthorique, est l’un des grands échecs du film. Avec autant de personnages à gérer, de Jax à Sonya, de Liu Kang à Kung Lao, le montage parallèle devient vite alambiqué. Le film n’a pas le temps de faire exister tout le monde. Les rôles secondaires sont sous-exploités, parfois expédiés en quelques scènes. Même des acteurs expérimentés comme Hiroyuki Sanada (Scorpion) et Tadanobu Asano (Raiden), censés apporter une gravité martiale, semblent perdus, consternés, comme s’ils ne savaient plus dans quel film ils jouent ou qu’il le savaient trop bien ! Le seul point semi-réussi est Karl Urban dans le rôle de Johnny Cage. Urban s’amuse, glisse des références à sa carrière passée, notamment au Seigneur des Anneaux, et brouille la frontière entre l’acteur et le personnage. Il incarne un acteur d’action sur le déclin, cynique, conscient de son image, et cette dimension méta-textuelle apporte un peu de fraîcheur. Mais même lui ne peut sauver un film qui ne lui donne rien à jouer en dehors de quelques punchlines et d’un cynisme hollywoodien qui finit par tourner à vide.

Le ton général du film oscille entre fan service campy et humour forcé. Le résultat est un objet qui semble fait uniquement pour les fans hardcore, sans souci d’accessibilité ou de cohérence. Certains moments se veulent kitsch, mais sans ironie assumée. D’autres tentent d’être sérieux, mais sans cœur ni émotion. Le film ne trouve jamais son identité. Il n’est ni assez con pour être fun, ni assez sérieux pour être prenant. Mortal Kombat II est un film sans enjeux émotionnels, sans substance, sans vision. Une suite qui, au lieu de corriger les erreurs du premier opus, les amplifie. Une production coûteuse qui ressemble à un jeu vidéo mal animé. Un blockbuster qui se prend les pieds dans sa propre nostalgie. Et surtout, un film qui confirme que la franchise Mortal Kombat au cinéma reste prisonnière d’un paradoxe : vouloir plaire aux fans tout en oubliant de faire du cinéma.

Conclusion : Mortal Kombat II réussit l’exploit regrettable d’être aussi mauvais que Annihilation en 1997. On pensait impossible de retomber à ce niveau de nanar près de trente ans plus tard, mais le film y parvient avec une aisance presque déconcertante. Scénario incohérent, décors factices, CGI dépassés, personnages sans âme, tout concourt à donner l’impression d’un blockbuster de 110 millions de dollars qui ressemble à une production direct-to-video des années 2010. Impressionnant, mais pas dans le bon sens.

Ma Note : D

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.