RIDDICK (2013)

Le troisième volet des aventures du Furyen : Riddick est une œuvre brute qui privilégie la sueur et le sang aux palais baroques du volet précédent. Sorti en 2013, ce film marque un tournant radical, délaissant l’opéra spatial pour un retour bienvenu aux racines crasseuses de la science-fiction d’horreur. L’existence même de Riddick, relève presque du miracle industriel. Après l’accueil tiède et l’échec commercial relatif de l’épique Aprés The Chronicles of Riddick ( Les Chroniques de Riddick ) en 2004, la franchise semblait condamnée au néant par les grands studios. Pourtant, l’attachement viscéral de Vin Diesel à ce personnage — qu’il considère comme son rôle le plus iconique, bien au-delà de Dominic Toretto — l’a poussé à des extrémités financières impensables pour une star de son calibre. Pour récupérer les droits de la franchise auprès d’Universal, Diesel a accepté de faire un caméo gratuit dans Fast & Furious: Tokyo Drift. Plus incroyable encore, pour boucler le budget de ce troisième opus devenu indépendant, l’acteur a dû hypothéquer sa maison et engager la quasi-totalité de ses économies personnelles. Il a déclaré avec une franchise désarmante qu’en cas d’échec, il se serait littéralement retrouvé à la rue. Ce sentiment d’urgence et de « tout pour le tout » transpire dans chaque image du film : c’est une série B généreuse, réalisée avec une économie de moyens qui a obligé David Twohy et Vin Diesel à être plus créatifs pour livrer une œuvre de meilleure qualité.Le film de David Twohy se structure de manière audacieuse, presque expérimentale pour un divertissement de genre. On peut diviser l’expérience en trois segments distincts, d’une efficacité inégale mais toujours cohérente. Là première demi-heure est le point fort incontestable du film. Quasi muette, elle suit Riddick, laissé pour mort sur une planète brûlée, tentant de soigner ses blessures (une jambe cassée remise en place avec une ingéniosité barbare) et d’apprivoiser un environnement hostile. C’est du survival SF bad-ass pur sucre. Ce segment évoque le cinéma de survie où la narration visuelle prime. On y voit un regain d’identité : Riddick redevient un animal, un prédateur qui doit réapprendre les bases de la survie brute. La transition avec la suite est habile. Bien que le film abandonne le worldbuilding massif du volet précédent pour un minimalisme assumé, Riddick prend le soin de faire le lien avec la fin des Chroniques. Les fans du second volet sont agréablement surpris de voir que Diesel n’a pas oublié la mythologie (les Necromongers, Vaako) malgré le changement de ton. Cependant, après ce prologue magistral, le film bascule dans une structure plus conventionnelle de chasseurs de primes, avant de finir sur une dernière partie qui sent bon le « monster feature » à la Pitch Black. Si cette répétition peut être vue comme un manque d’ambition, elle assure une cohérence interne qui ravira les puristes.

Le film ne cache pas ses influences. Il s’inscrit dans la lignée directe du survival horror minimaliste des années 70 et 80. On y retrouve l’ADN de Mad Max pour son côté désertique et désespéré, mais aussi l’ombre de First Blood ( Rambo ) dans la manière dont le protagoniste utilise le terrain pour piéger ses poursuivants. La mise en scène de David Twohy aborde cette histoire avec une efficacité redoutable. Travaillant avec un budget réduit, il utilise la narration visuelle pour compenser le manque de décors variés. La planète hostile, avec ses couleurs saturées de jaune et de chrome, devient un piège mortel dont la cohérence interne est exemplaire. Les créatures, bien que numériques, possèdent une menace tangible grâce à une intégration soignée dans le décor et une gestion du suspense « à l’ancienne ». Vin Diesel prouve une fois de plus qu’il est né pour ce rôle. Son charisme animal et sa voix caverneuse suffisent à remplir l’écran. Il apporte une profondeur mélancolique à ce guerrier trahi. Jordi Mollà une gueule familière du cinéma de genre contemporain, en chef des mercenaires sadiques et incompétents, apporte une touche de vulgarité et de menace instable, essentielle pour rendre la « justice » de Riddick satisfaisante. Katee Sackhoff connue pour Battlestar Galactica, apporte une authenticité au groupe. Sa performance contribue à la dureté du ton, évitant les clichés des personnages féminins passifs dans la SF. Le personnage incarné par Matt Nable lie le film à Pitch Black, apportant une tension dramatique liée au passé de la franchise, ancrant le récit dans une continuité émotionnelle bienvenue. Le montage de Tracy Adams joue un rôle pivot, il parvient à équilibrer le rythme contemplatif de la première partie avec l’action frénétique de la fin. Si le milieu du film souffre parfois de longueurs lors des joutes verbales entre mercenaires, le montage final lors de l’assaut des créatures nocturnes redonne au film son énergie de survival. La bande-son de Graeme Revell enrichit considérablement l’expérience. Revell, déjà compositeur sur les précédents volets, utilise des sonorités industrielles et des cordes oppressantes qui soulignent l’aspect sauvage de la planète. La musique ne cherche pas l’héroïsme, mais renforce le sentiment de solitude de Riddick face à une nature qui veut sa mort. Après l’expansionnisme des The Chronicles of Riddick ce retour au survival horror minimaliste est apprécié car il redonne à David Twohy le contrôle total sur son atmosphère. C’est une œuvre qui ne cherche pas à gagner de nouveaux convertis, mais qui offre aux fidèles exactement ce qu’ils attendent. Certes, le film est bridé par un scénario limité et une ambition purement nostalgique. Il est honnête dans ses limites, même s’il est incapable de les dépasser. Mais est-ce vraiment un défaut ? Pour une franchise que tout le monde croyait morte, ce regain d’identité, simple mais efficace, est une victoire en soi.

Conclusion : Riddick est un film qui fonctionne très bien pour les fans, et tant pis s’il n’attire pas de nouveaux publics. C’est un plaisir de genre assumé, un retour aux bases qui rappelle pourquoi nous avons aimé ce personnage il y a vingt ans. La première demi-heure survivaliste suffit à relativiser le reste du film, qui demeure honorable. En sauvant la franchise par ses propres moyens, Vin Diesel a livré une œuvre sincère, sombre et brutale. Riddick ne révolutionne pas la science-fiction, mais il la pratique avec une ferveur et une efficacité qui forcent le respect. C’est le triomphe de la persévérance sur le cynisme de l’industrie, une série B de haute volée qui n’aspire qu’à divertir et à honorer sa propre mythologie.

Ma Note : B

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