WOLFMAN (2025)

Wolf Man de Leigh Whannell arrive avec une promesse alléchante : une relecture moderne du mythe du loup-garou, imprégnée de body horror et d’une introspection familiale qui rappelle les meilleurs moments de The Fly. Sur le papier, ça sonne comme une évolution naturelle pour le réalisateur après les succès de Upgrade et surtout The Invisible Man, où il avait su transformer un classique Universal en un thriller psychologique percutant et actuel. Mais en salle, le résultat est une déception sournoise, un film qui démarre avec de bonnes intentions et quelques idées solides, mais qui s’essouffle rapidement, plombé par un rythme languissant, un scénario qui patine et un creature-design qui rate complètement sa cible. Quinze ans après le remake de 2010 avec Benicio del Toro, on espérait une bête féroce et innovante ; on se retrouve avec un animal domestiqué, trop prudent pour mordre vraiment. C’est frustrant, parce que Whannell montre des éclairs de talent, mais il ne retrouve jamais l’efficacité tranchante ni la profondeur thématique qui faisaient la force de ses œuvres précédentes. Le parcours de développement de Wolf Man est un vrai rollercoaster hollywoodien, marqué par des changements de cap qui expliquent peut-être pourquoi le film semble parfois hésiter sur sa direction. L’idée germe dès 2014, quand Ryan Gosling s’attache au projet comme producteur et potentiel lead, cherchant à réinventer le loup-garou dans une veine contemporaine, loin des clichés gothiques. Universal et Blumhouse visent une relance des Monsters après l’échec du Dark Universe, et en 2021, Derek Cianfrance – connu pour ses drames intimes comme Blue Valentine – est annoncé à la réalisation. Mais en décembre 2023, tout bascule : des problèmes d’agenda font partir Gosling et Cianfrance, laissant le projet en suspens. C’est là que Whannell reprend les rênes, réécrivant le script avec sa femme Corbett Tuck pour en faire un huis clos familial infecté par l’horreur. Le tournage démarre en février 2024 en Nouvelle-Zélande, profitant des paysages isolés pour coller au thème de confinement. Avec un budget modeste de 25 millions, le film sort en janvier 2025, mais les reshoots post grève et la pression d’un calendrier serré se sentent dans le produit final – un montage haché qui peine à fluidifier ses ambitions.

Les inspirations pour la création viennent directement de l’expérience personnelle de Whannell pendant la pandémie COVID-19, une période d’isolement qui infuse le récit d’une angoisse réelle sur la maladie et la perte de contrôle. Il raconte avoir écrit le premier draft en 2020, versant ses peurs d’une contagion inévitable et de l’impuissance parentale dans l’histoire de Blake, un père qui se transforme lentement en monstre. C’est une approche qui fait écho aux thèmes de parentalité défaillante et de mariage en crise, avec des clins d’œil à des maladies dégénératives comme l’ALS ou le Parkinson – une idée qui donne au film une teinte tragique, mais qui reste souvent en surface. Whannell voulait éviter les transformations spectaculaires pour une dégénérescence progressive, comme un corps qui trahit son propriétaire, inspirée par la réalité brute plutôt que par le folklore traditionnel. Les influences du projet sont un mélange intrigant, mais qui ne fusionne pas toujours harmonieusement. Whannell puise ouvertement dans The Fly de David Cronenberg pour le body horror : la transformation n’est pas un flash spectaculaire, mais une lente décomposition physique et mentale, un hommage clair à la tragédie de Seth Brundle. On sent aussi l’ombre de The Shining dans la dynamique familiale isolée, avec des échos de Shelley Duvall en mère terrifiée face à un mari qui sombre. Pour le design, il cite Heath Ledger en Joker dans The Dark Knight – une réinvention iconique qui évite les caricatures pour un look singulier et perturbant. Le cinéma de John Carpenter plane sur l’ambiance, avec des touches de The Thing dans les effets pratiques et la paranoïa infectieuse. Malheureusement, ces références restent souvent superficielles : le film veut être un drame psychologique comme Prisoners , mais il manque de la tension viscérale qui rendait Invisible Man si captivant. La mise en scène de Whannell aborde la narration visuelle avec une ambition louable, mais qui trébuche sur son exécution. Il opte pour un style immersif, centré sur des changements de perspective – des POV du loup qui montrent une vision animale, avec des couleurs désaturées, des insectes CGI et des veines pulsantes pour illustrer la mutation sensorielle. C’est la meilleure idée du film, inspirée par des recherches sur la vue et l’ouïe des loups, qui crée des moments d’angoisse palpable, comme si le spectateur glissait dans la peau de la bête. Le directeur de la photo Stefan Duscio (collaborateur habituel de Whannell) joue avec la lumière pour signaler les changements : des tons froids et sombres qui rendent les nuits oppressantes, filmés en digital pour pousser les ombres à l’extrême. Les transformations sont pratiques, avec des prothèses par Arjen Tuiten – os qui craquent, peau qui se déchire – évitant le CGI lourd pour un réalisme gore. Des plans dynamiques alliant mouvements de gue et steadicam comme dans la séquence de la serre ajoutent du punch, mais le rythme lent, confiné à une ferme isolée, finit par étouffer le tout.

Les interprétations sont mitigées, avec des performances qui luttent contre un script qui les sous-développe. Christopher Abbott en Blake porte le film sur ses épaules, capturant la descente physique et émotionnelle d’un père déchiré – sa rage contenue et ses convulsions sont crédibles, mais le rôle reste trop unidimensionnel pour qu’il brille vraiment. Matilda Firth en Ginger apporte une innocence touchante, mais ses dialogues précoces sonnent faux et freinent l’empathie. Sam Jaeger en père absent est fonctionnel, sans plus. Heureusement, Julia Garner en Charlotte échappe au naufrage : malgré un personnage esquissé à gros traits – une femme forte piégée dans un mariage en crise – elle infuse une vulnérabilité nuancée et une détermination farouche qui élève chaque scène. Son regard hanté, ses choix désespérés pour protéger sa fille, transforment ce qui pourrait être un rôle cliché en un pilier émotionnel. Garner navigue les twists avec une intensité subtile, rappelant pourquoi elle excelle dans des rôles complexes ; c’est elle qui sauve le film, injectant une humanité qui manque ailleurs. La conception artistique est l’un des aspects les plus décevants, malgré des choix visuels audacieux. L’esthétique opte pour une palette désaturée, presque monochrome, avec des tons sépia et des éclats de rouge sang pour les attaques – un hommage aux classiques en noir et blanc, mais qui rend le tout trop sombre et indistinct. Les décors, tournés en Nouvelle-Zélande, capturent l’isolement : une ferme rustique aux intérieurs labyrinthiques, une grange oppressante, des landes brumeuses qui jugent les personnages comme une nature impitoyable. Mais le creature-design est un ratage flagrant : au lieu d’un loup-garou féroce, on a une créature humanoïde chauve, avec peu de fourrure, des doigts osseux et un look « malade » inspiré de maladies dégénératives. C’est censé évoquer la tragédie d’un corps qui se décompose, mais ça tombe à plat – trop humanoïde pour terrifier, trop bizarre pour émouvoir. Les prothèses de Tuiten sont techniquement impressionnantes, mais le design est assez ridicule et plombe l’horreur, transformant ce qui devrait être iconique en un monstre oubliable.

Conclusion : Wolf Man est une déception qui frustre plus qu’elle effraie. Avec ses bonnes intentions – explorer la parentalité comme une malédiction, la transformation comme une métaphore de la maladie – et quelques idées fortes comme la relecture body horror à la The Fly, le film avait du potentiel pour rugir. Mais Whannell ne retrouve pas la magie de Upgrade ou Invisible Man : le rythme traîne, les thèmes restent en surface, et ce creature-design raté achève de le plomber.

Ma Note : C

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