PSYCHO-KILLER (2026)

Il y a quelque chose de presque fascinant dans le naufrage de Psycho Killer. Le film semblait pourtant disposer d’atouts sérieux : une ouverture prometteuse, une ambiance de thriller horrifique à l’ancienne et une Georgina Campbell toujours aussi convaincante. Surtout, le projet réunissait une équipe intrigante : Andrew Kevin Walker au scénario, la plume derrière Se7en et 8mm, de retour au genre qui l’a couronné , Roy Lee (Weapons, Barbarian) à la production, figure incontournable du cinéma de genre, et Gavin Polone à la réalisation, producteur chevronné associé aussi bien à Zombieland qu’à Panic Room, Curb Your Enthusiasm ou Gilmore Girls. Autant dire que la déception est à la hauteur de telles promesses.

Car très vite, le récit s’enfonce dans un invraisemblable salmigondis scénaristique. Cette traque à travers les États-Unis ne respecte même pas les rudiments du procedural : le tueur traverse le pays en toute impunité au volant d’une voiture parfaitement identifiable, les investigations policières relèvent de la pure improvisation et les coïncidences facilitent artificiellement chaque avancée. Une séquence de décryptage, notamment, se contente de montrer les protagonistes manipuler des lettres sans jamais exposer leur raisonnement. Quant à la continuité narrative, elle semble facultative : projetée à travers la fenêtre d’un motel, Jane réapparaît quelques instants plus tard en pleine enquête, sans la moindre séquelle.

Le plus désolant reste de retrouver le nom de Walker associé à pareil ersatz de Se7en, sorte de mauvais DTV des années 1990 copiant son chef-d’œuvre. Le scénariste livre un thriller qui emprunte superficiellement à son propre héritage serial killer énigmatique, meurtres ritualisés, symbolique religieuse, obsession pour les marges sordides issues de 8mm sans jamais retrouver la précision de construction qui faisait sa force. Là où David Fincher faisait de chaque indice une pièce d’une architecture rigoureuse, Psycho Killer accumule les pentagrammes, les mutilations et les réseaux satanistes sans leur donner de véritable intelligence dramatique. Le film convoque l’imagerie de la Satanic Panic américaine des années 1980 et 1990 comme un simple réservoir de clichés destinés à signifier le Mal, plutôt qu’à bâtir un univers. Le problème dépasse cette exploitation paresseuse du folklore occultiste : Psycho Killer accumule les ingrédients (tueur, enquête, mythologie, massacre, twist) sans jamais savoir quoi en faire. La mécanique policière devient une source permanente d’incrédulité, Une séquence de décryptage en donne une illustration presque caricaturale : des lettres sont présentées à l’écran, mais le raisonnement permettant de parvenir à la solution reste parfaitement opaque. Ailleurs, Jane est projetée à travers la fenêtre d’une chambre de motel et réapparaît ensuite comme si cet incident n’avait jamais eu la moindre conséquence. Même la traque du criminel semble obéir à une géographie fantaisiste : le tueur traverse le pays en multipliant les exactions, mais conserve une voiture suffisamment reconnaissable pour que l’on s’étonne de ne pas voir les investigations progresser plus efficacement. Le plan du meurtrier, aux ambitions apocalyptiques, s’effondre sous la pauvreté des moyens scénaristiques. Si le retournement final possède une certaine saveur, cette révélation arrive bien trop tard pour offrir une cohérence rétrospective à l’ensemble.

La responsabilité de Gavin Polone mérite également d’être interrogée. Si sa solide expérience de producteur lui permet d’aligner une équipe compétente et d’assurer une certaine enveloppe visuelle, son passage à la réalisation trahit une absence de maîtrise du rythme et de la tension. Les scènes s’enchaînent sans montée en puissance, hésitant constamment entre le sérieux du polar criminel, les outrances du slasher et les extravagances de la série B conspirationniste. Un massacre à la hache au milieu d’une orgie sataniste , censé constituer un morceau de bravoure , se révèle ainsi laborieux et soporifique. Parasitée par des effets numériques d’une artificialité désarmante, cette violence graphique paraît simplement plaquée sur le récit. Pourtant, il serait injuste de nier les quelques qualités formelles du métrage. Les paysages hivernaux et les autoroutes enneigées composent un décor de désolation qui évoque par instants Fargo. Le travail du directeur de la photographie Magnus Nordenhof Jønck (Her Private Hell) et du chef décorateur Roger Fires (Violent Night) apporte une vraie cohérence chromatique, notamment dans cette progression du rouge qui gagne le cadre à mesure que Jane se rapproche de sa proie. Côté distribution, l’implication de producteurs aguerris comme Roy Lee ou Arnon Milchan rend le gâchis d’autant plus surprenant. Si James Preston Rogers impose une silhouette massive et menaçante (malgré un look de fan de death metal un peu simpliste), c’est surtout Georgina Campbell (Barbarian) qui sauve les meubles. Elle apporte au personnage de Jane une gravité précieuse, maintenant un minimum d’intérêt alors même que le scénario la condamne à des décisions indéfendables. Quant à Malcolm McDowell, il semble simplement venu toucher son chèque…

Il reste donc quelques images, une atmosphère hivernale parfois réussie, un tueur qui en impose physiquement et un retournement final suffisamment inattendu pour arracher un sourire. Le début laisse même espérer un thriller horrifique à l’ancienne, avant que le récit ne se désagrège progressivement. C’est peut-être ce qui rend Psycho Killer si frustrant : le film contient presque tous les ingrédients d’un divertissement malsain et généreux, mais ne parvient jamais à les transformer en véritable proposition de cinéma. À force de vouloir embrasser le serial killer movie, le slasher, le satanisme et la conspiration apocalyptique, il finit par ne maîtriser aucun de ces registres.

Conclusion : Mais quel gâchis ! Il y avait peut-être un bon film enfoui dans cette matière, à condition que quelqu’un ait pris la peine de relire le scénario une seule fois. On ressort de accident industriel parfois amusant, souvent consternant, sincèrement déçu par ce qu’il aurait pu être. Un bien mauvais cauchemar pour le scénariste de Se7en.

Ma Note : D

Votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.